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Propos recueillis par
Abdeslam Kadiri (correspondant en France)
Interview.
Mohamed Benchicou. Les sociétés arabes sont en avance sur leurs régimes
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Le culte du martyr pour
la cause palestinienne fait
ici partie du quotidien.
(DR)
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Ennemi juré de Bouteflika, libéré en 2006 après 2 ans de prison, le journaliste algérien revient sur la situation dans son pays, les relations avec le Maroc et son expérience carcérale.
Quelle lecture faites-vous du faible taux de participation (35,67 %) aux législatives algériennes du 17 mai dernier ?
Cest un divorce entre la société et le régime. Le fossé sélargit. Cest la plus grande gifle jamais reçue par le Pouvoir depuis lindépendance en 1962. Par cette abstention, la société exprime un message clair aux dirigeants : Votre politique ne nous intéresse pas, elle a échoué. Elle |
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ne nous a rien amené. Vos élections ne servent quà reproduire le système et non pas à faire place à une génération nouvelle délus qui comprennent nos aspirations. Cest une situation de blocage total. Ce qui est révélateur, cest que le régime naccepte pas de recevoir ce message. Il ny a quà voir la réaction des officiels qui se satisfont du scrutin. Tant que le Pouvoir refusera dadmettre quune ouverture démocratique est nécessaire, le risque dun changement par une explosion populaire demeure intact.
Quont voulu sanctionner les Algériens ?
Les Algériens ont voulu sanctionner labsence totale de démocratie, leur mise à lécart de la vie de la nation, lincompétence du Pouvoir. Le pays vit dans une pauvreté absolue, le chômage fait des ravages, la paupérisation saccroît malgré les recettes des hydrocarbures. On a surtout voulu sanctionner la longévité de ce système archaïque, usé, dépassé par le monde qui lentoure. Les Algériens veulent souvrir sur le nouveau monde, lOccident, aborder les nouvelles technologies. Seule une démocratisation du système peut amener à cela. Malheureusement, avec le prochain référendum sur la révision de la Constitution, cest le pire des scénarii qui se profile.
Quelles sont, selon vous, les urgences auxquelles doit sattaquer le pays ?
Depuis dix ans, tout est statique. Cest limmobilisme. Notre priorité, cest linvestissement productif : créer lemploi. Lécole forme des armées entières de diplômés inaptes à travailler. Lenseignement est de qualité moyenne, déphasé au niveau des connaissances. Il nous faut apprendre la démocratie avec une participation du citoyen dans le débat public. Ce qui est primordial, cest la rupture avec lintégrisme islamiste avec lequel le Pouvoir semble vouloir cohabiter.
À ce titre, comment analysez-vous les attentats qui ont frappé lAlgérie et le Maroc en mars dernier ?
Nous sommes face à un danger que nous avons voulu sous-estimer : cest linternationalisation du terrorisme. Al Qaïda sest réellement implantée au Maghreb. Nous navons pas affaire, comme le prétendent nos autorités, à un phénomène local avec des égarés, mais bien à un phénomène piloté par une tête internationale. Ce nest pas fortuit quAl Qaïda frappe le Maghreb. Elle a avancé dans sa structuration et est en mesure dattaquer avec de nouvelles méthodes.
La solution, en plus de laction sécuritaire, serait déliminer la matrice doù se régénère lislamisme : lécole qui endoctrine les jeunes. Et continuer doeuvrer pour une démocratisation de la société. Cest à la population de bloquer cette résurgence. Cest la dictature qui fait avancer lislamisme. Il faut sinspirer de lEspagne : libérer les gens et les énergies
Mais je crains que nos sociétés ne soient pas prêtes à le faire.
Les relations entre lAlgérie et le Maroc ont toujours été fraîches. Pensez-vous que votre pays sera un jour favorable au projet dautonomie du Sahara proposé par le Maroc ?
Il ne sert à rien de saccrocher à de faux prétextes. Laffaire du Sahara nous interpelle tous. Est-ce que le projet dautonomie du Sahara est une bonne chose ? Oui, si la population le veut. Non, si elle le rejette. Je vais vous faire une confidence. Je connais bien la capacité de nuisance du Pouvoir algérien pour vous dire que, sil sy était vraiment impliqué, laffaire aurait été réglée depuis longtemps en faveur du Maroc. Non. Nous sommes en face dun vrai problème de fond, celui de la volonté sahraouie, et il faut le traiter en tant que tel.
La presse indépendante a-t-elle aidé lAlgérie à se développer ou à entretenir ses antagonismes ?
La presse privée a accompagné un mouvement de changement démocratique. Il y a une nouvelle génération depuis 15 ans, qui a été éduquée avec des idées de liberté. Bouteflika naime pas cette presse. Il a dit : Jai laissé lAlgérie de Franco pour trouver celle de la Reine dAngleterre. Cette presse a été fragilisée, mais elle tient bon car ses racines sont profondes. Elle doit cependant trancher la question : quel avenir pour le pays ? Elle a fait le constat que, tant que le projet islamiste subsiste, nous vivrons dans une crise sociale, morale et individuelle. Il faut quelle rejette ce projet et quelle le dise franchement. Personnellement, je suis pour une séparation de la religion et de lEtat. La religion doit relever du privé, du cur, de la piété. Ce choix na pas encore été fait.
La presse privée na-t-elle pas été recadrée par le Pouvoir ?
La presse a reçu beaucoup de coups entre 2003 et 2006. Sept journalistes ont été emprisonnés, 23 condamnés, jai été emprisonné deux ans
Er Ray et mon journal, Le Matin, ont été suspendus. Mais la guerre menée contre cette presse est perdue à cause de la pression internationale. De plus, la naissance dune presse privée en Algérie na pas été octroyée par le régime. Elle a été arrachée par la population. Cest lenfant des revendications populaires, des émeutes doctobre 1988. On ne pourra plus revenir en arrière.
Estimez-vous que la presse algérienne, et plus largement arabe, va plus vite que ses régimes, voire que la rue arabe ?
Vous faites référence à Al Jazeera, nest-ce pas ? Ce sont des professionnels, libres, qui secouent nos régimes grabataires et hermétiques. On leur reproche souvent daller trop loin. Mais en fait, ce sont les sociétés des pays arabes qui sont en avance sur leurs régimes ! Elles ont un siècle davance sur ce que prétendent leurs gouvernants !
Sur un plan personnel, quavez-vous fait depuis votre libération en juin 2006 ?
Dun point de vue personnel, je me suis concentré sur deux choses. Je me suis dabord soigné, car jai quitté la prison avec une grosse maladie. Ensuite, jai décidé de rester avec ma famille et mes enfants. Jai ouvert un blog (benchicou.unblog.fr), je viens surtout de finir mon livre, Les geôles dAlger. Jy parle de la prison, de lAlgérie et de Bouteflika. Jai aussi tenu une chronique dans le journal algérien Le Soir. Ce journal a reçu des pressions depuis peu et ma chronique a été suspendue. Mais ils ne marrêteront jamais !
Que prévoyez-vous de faire dans les prochains mois ?
Je rentre définitivement en Algérie ce samedi même. Je nai plus rien à faire en France. Jirai bientôt en Afrique du Sud, à linvitation de lassociation mondiale des journaux, pour lancer une convention internationale pour la reparution du Matin. La bataille continue. |
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Bio-express.
Mohamed Benchicou est né en 1952 à Miliana (ouest de lAlgérie). Il est licencié en sciences économiques de lUniversité dAlger. Il a longtemps travaillé au sein du quotidien El Moujahid. En 1989, il relance Alger Républicain. Il fonde, en 1991, le quotidien algérien indépendant Le Matin. Benchicou construit sa notoriété sur sa liberté de ton et ses écrits irrévérencieux. En février 2004, il publie en Algérie et en France un livre dénonçant la corruption du régime, intitulé Bouteflika, une imposture algérienne. Il est aussitôt incarcéré à la prison dEl Harrach à Alger en juin 2004, officiellement pour une affaire de bons de caisse. Il purge une peine de deux ans et est libéré en juin 2006. Pour autant, la parution de son journal, Le Matin, reste toujours suspendue par les autorités algériennes. Mohamed Benchicou est marié et père de trois enfants. |
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