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Par Youssef Aït Akdim
Portrait. Lhistorien de la colonisation
Adversaire du rôle positif de la colonisation, lhistorien français Claude Liauzu est mort. Inquiet de lingérence politique dans la recherche scientifique, il navait cessé de mettre en garde contre les manipulations de lHistoire.
Un des grands spécialistes français de lhistoire coloniale est mort le 23 mai dernier. Claude Liauzu sétait fait connaître du grand public, il y a quelques années, lorsquil avait pris la tête de la mobilisation contre la loi du 23 février 2005, prônant lenseignement du rôle positif de la colonisation. Alerté alors par une de ses thésardes, il avait réussi à |
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mobiliser plus dun millier de ses collègues, pour demander et obtenir sous la pression de lopinion le retrait par le président Jacques Chirac des dispositions les plus controversées de cette loi, et notamment larticle 4 du texte. Ce dernier voulait que les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à lhistoire et aux sacrifices des combattants de larmée française, issus de ces territoires, la place éminente à laquelle ils ont droit.
Guerre des mémoires
Derrière ce texte de loi, Claude Liauzu dénonce lactivisme des associations de rapatriés, rejoints par une droite majoritairement complaisante, et dont une partie au moins est nostalgique de la colonisation. Larticle 3 de la loi créant une Fondation pour la mémoire de la guerre dAlgérie sera maintenu malgré la mobilisation. Jamais la colonisation, un demi-siècle après les guerres d'Indochine et d'Algérie, jamais l'esclavage, cent cinquante ans après la deuxième abolition , n'ont occupé une telle place dans la vie publique, commentera-t-il. Ce sera lun des motifs de la création du Comité de vigilance face aux usages publics de lHistoire, que Liauzu fonde avec Gérard Noiriel et de nombreux universitaires. Il sinquiète de la guerre des mémoires qui couve en France autour de la colonisation, guerre favorisée par lintervention du législateur qui multiplie les lois mémorielles partielles, partiales mais parfois un mal nécessaire, comme la loi Taubira de 2001 portant reconnaissance par la France de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité.
Lhistorien était conscient que la mémoire, le souvenir et la commémoration dévénements passés se sont imposés comme des enjeux politiques incontournables, quil sagisse de la Deuxième guerre mondiale ou de la Guerre dAlgérie. Mais il mettait en garde contre la tentation du populisme, des simplifications et des mélanges douteux. Son dernier coup de gueule fut pour dénoncer lannonce, par le candidat Nicolas Sarkozy, aujourdhui président, de la création dun ministère associant immigration et identité nationale. Avec des centaines dhistoriens et duniversitaires, il écrivait : Nous ne pouvons accepter quune campagne présidentielle se joue sur de prétendues oppositions entre immigration et identité nationale. (...) Plus que toute autre, la société française sest construite à travers les immigrations, comme un creuset intégrant la pluralité, senrichissant delle. (...) Chaque fois quon a prétendu poser les problèmes sociaux en fonction de lobsession de la pureté des origines, cela a abouti à de graves crises, à un recul de la démocratie.
Le bon vieux temps
Professeur à luniversité de Paris VII, spécialiste reconnu de lhistoire de la colonisation, Claude Liauzu était né le 24 avril 1940 à Casablanca. Pendant dix ans, il a enseigné en Tunisie comme coopérant avec sa femme Josette, également historienne. Dans sa jeunesse, il a milité au sein du Parti communiste français et sest engagé pour lindépendance de lAlgérie. Il a coordonné plusieurs ouvrages, dont Colonisation. Droit dinventaire (Armand Colin, Paris, 2004) et récemment un Dictionnaire de la colonisation française (Larousse, 2007). Dans la préface de ce dernier, lauteur se refusait de penser à la place du lecteur, à l'opposé de beaucoup d'ouvrages se réclamant d'un anticolonialisme dans l'air du temps mais anachronique et bien peu éclairant, ou bien d'un culte nostalgique du bon vieux temps des colonies. Tout un programme. |
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