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N° 276
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB demande à la Fédération d’arrêter de faire n’importe quoi, n’importe comment.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Vous connaissez désormais la recette de Zakaria Boualem qui, avouons-le, n’a rien de bien compliqué : repérer dans sa vie quotidienne une information débile, ironiser à l’envi, si possible enrober le tout dans une prose surprenante. Et finir par une formule de politesse, “et merci”, en espérant que la bonne éducation de notre héros viendra compenser la pauvreté du propos. Au final, on se retrouve avec une page qui soulève bien plus de questions qu’elle ne propose de réponses. Et bien, c’est avec une fierté non dissimulée que je vous annonce que Zakaria Boualem, cette semaine, va vous proposer une réponse, une vraie, et à une question importante en plus. Voici donc - par ordre d’apparition à l’écran - la question puis la réponse, puisque toute tentative d’originalité dans l’ordre de présentation de ces deux éléments n’aboutirait qu’à alourdir inutilement la démonstration.

Voici la question : comment se fait-il que le championnat national de football, et par extension le football national, soit à l’agonie ? Malgré l’extraordinaire popularité de ce sport, malgré le vivier infini de joueurs de quartiers, de gamins obsédés, malgré la capacité des Marocains à se mobiliser pour le ballon rond… Comment est-on arrivé à un désastre aussi complet que celui que constitue notre GNF1 - un désastre qui commence par son nom, d’ailleurs ?

La réponse nous est fournie par la Fédération elle-même. Le 23 Mai
2007, la Fédération royale marocaine de football a décidé, en son âme et conscience, de programmer le match WAC-Tanger à 21 heures. ça n’a l’air de rien écrit comme ça, mais il faut savoir que c’est précisément la date et l’heure de la finale de la Champions League Liverpool-Milan AC. On a donc sommé les fans casablancais de football de choisir entre Kaka, Gerrard, Maldini, Xavi Alonso et Seedorf d’un côté et… Sekkat, Louissi, Arrafi, Bistara de l’autre. Précisons au passage que pour avoir le nom des deux derniers joueurs – en l’occurrence les Tangérois – j’ai dû appeler des journalistes très haut placés, puisque l’Ittihad de Tanger n’a pas jugé bon de proposer à ses fans un site Internet qui fonctionne. On me signale que le site existe, mais qu’il a été rendu introuvable pour se protéger du mauvais oeil. C’est très bien, et d’ailleurs en seconde division, le risque sera moindre. Ils sont 250 héros à s’être rendus au Complexe Mohammed V, laissant dans les caisses une noble recette de 5000 dirhams, qui ne couvre même pas les frais d’arbitrage. Ce chiffre ridicule constitue la seule chose logique de cette chronique.

Voilà pourquoi notre football est à l’agonie. Zakaria Boualem ne veut même pas savoir comment on en est arrivé à cette décision. Il veut juste signaler à la Fédération, qui programme quasiment ses matches au jour le jour, que la finale 2008 et sans doute celle de 2009 de la Champions League sont déjà planifiées, donc ça serait cool de les éviter pour un match du Raja, et merci. Et tant qu’à faire, ça serait aussi sympathique d’arrêter de faire n’importe quoi, n’importe comment. Parce qu’il ne fait aucun doute que nos responsables sont capables de trouver toute une série d’explications pour cette décision saugrenue. Ils sont même capables de vous démontrer que c’était là la seule option, à cause des multiples contraintes de sécurité, de trafic, d’utilisation du Complexe, de température, d’éclairage, d’Irak ou d’élections législatives. Zakaria Boualem ne veut pas entendre ces arguments. Il sait qu’à force d’essayer de comprendre l’incompréhensible, on finit par justifier l’injustifiable, et on finit aussitôt par devenir un acteur du délire généralisé. Il veut juste que ça s’arrête net, et qu’à défaut d’organiser notre football, la Fédération ne détruise pas notre passion. D’où me vient l’impression que Zakaria Boualem en demande trop ?

 
 
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