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Par Fahd Iraqi
Saga. La fabuleuse histoire de Benson Shoes
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La fabrication de chaussures
à langlaise nécessite un
processus complexe, faisant
appel à des talents quasi
artisanaux.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Un procédé de fabrication anglais, un nom qui sonne british
et pourtant, elle est bien marocaine. Benson Shoes est la seule franchise du royaume à sexporter en Europe. Lhistoire dune PME familiale, devenue enseigne internationale.
Bien loin du magasin chic du Boulevard dAnfa, à lautre bout de Casablanca, latelier ne paie pas de mine. Les cartons emballés devant la porte sont le seul signe que la fabrique continue de tourner. Au 1er étage, le patron laisse toujours la porte ouverte, sans doute pour ne pas sétouffer au milieu de lagréable odeur de cuir qui règne. Sur les |
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étagères, des chaussures de toutes formes et tailles : la dernière collection, même pas encore commercialisée, côtoie les Rangers classique, marque de fabrique de la maison. Sur la table basse, sencombrent échantillons de matières et moules, dans un désordre digne dune échoppe de cordonnier où se retrouve aisément ce quadra installé derrière son laptop. Cest laîné des fils Benamour. Cest lui, le créateur de Benson Shoes (Ben pour Benamour, son pour fils), la marque marocaine de chaussures, qui connaît un succès fou. Lobjectif était de trouver un nom de marque qui sonne anglais. Le jeu de mot était alors plus que tentant, explique Mohamed Benamour.
Bottier de père en fils
Et pour cause, Benamour est un bottier, fils de bottier. Dans cette même fabrique, le père produit des chaussures militaires depuis 1963. Pendant de longues décennies, la société vit des seules commandes de larmée. Rangers, chaussures dofficier ou de sous-officier (brodequins ou solébas pour les intimes) sont les seuls modèles de la maison, où tout est fait à la main. En 1991, Mohamed Benamour, qui vient de finir ses études en France, revient prêter main-forte au patriarche. Première décision : sortir de cette dépendance vis-à-vis dun unique client. Avoir larmée comme seul client est contraignant. Sil nous arrivait le malheur de perdre un appel doffres, cest le chômage technique pendant plusieurs mois, explique le jeune manager. La première piste explorée est la diversification de la gamme. La société lance des chaussures de trekking. Et Mohamed use ses semelles à sillonner les salons internationaux pour placer ses quelques modèles. Jusquau jour où il fait une rencontre décisive, de celles qui changent un destin. En discutant avec un exposant, il ma expliqué que le procédé utilisé pour la fabrication des chaussures militaires est quasiment le même pour la fabrication des chaussures anglaises, le fameux Goodyear welted, explique-t-il. Cest le déclic : Mohamed décide de se mettre à la fabrication des chaussures anglaises, une première au Maroc. Cest un système de montage avec une double couture, qui rend la chaussure bien plus solide. Ce système nécessite 180 à 220 opérations pour un cycle de 24 heures, au lieu de 50 à 80 tâches pour un processus de fabrication normal, réalisé en 3 heures, détaille le cordonnier diplômé en commerce. Une poignée de millions de dirhams est alors injectée dans léquipement et les ouvriers se reconvertissent en véritables artisans british. Lentreprise apprend très vite : les premières commandes étrangères commencent à tomber. La marque des fils Benamour, Benson Shoes, est désormais née.
Chaussure polyglotte
Après le procédé, les promoteurs de Benson commencent à maîtriser le circuit dapprovisionnement. Même le cuir, produit théoriquement en abondance au Maroc, vient de létranger. Les tanneries marocaines ont fait le choix de se positionner dans le moyen de gamme, confie le fils Benamour. Nous sommes allés chercher les bonnes matières là où on pouvait les trouver. Résultat, une paire de Benson, cest du cuir français, des talons italiens et des doublures hollandaises
le tout assemblé par des mains marocaines à la manière anglaise. Bref, un produit polyglotte qui se positionne correctement sur le marché international, dautant que son producteur se révèle compétitif par sa flexibilité. Nous sommes peut-être le seul producteur international à pouvoir exporter directement même de petites quantités. Nous avons décidé de servir même les petits détaillants. Nos marges sont serrées sur ce genre daffaire, mais cela nous a permis dimposer progressivement notre marque. Aujourdhui la sous-traitance représente 50% seulement de nos ventes à lexport, explique Mohamed Benamour. La stratégie se révèle payante : Benson compte deux magasins franchisés en Belgique, exporte vers lAllemagne, lItalie, la France, la Suède et certains pays africains. Dailleurs, la liste se rallonge de jour en jour. Je viens de recevoir, ce matin, un bon de commande en provenance de Tokyo, explique Mohamed Benamour.
Une belgha estampillée Benson
Au Maroc aussi, la marque est arrivée à imposer ses produits, avec un prix deux fois inférieur à celui des autres marques de chaussures anglaises. Une politique agressive de prix
qui handicape la distribution. Le point de vente ouvert ce week-end, à Marrakech, est le 2ème point de vente au royaume après celui de Casablanca (qui a lui-même remplacé les deux magasins antérieurs). Entre-temps, il y a eu la tentative ratée du magasin de Rabat, fermé rapidement en raison de difficultés de gestion. Les promoteurs restent dailleurs conscients de la réalité du marché. Le réseau ne peut se développer quà travers un système de franchise, encore compliqué à développer au Maroc. Le système réussit à létranger, car les marges sont plus importantes pour les franchisés. Aucun franchisé marocain naccepterait nos niveaux de marges locales, explique Mohamed Benamour. La société attend donc lexonération douanière totale sur les matières premières, pour pouvoir intéresser davantage déventuels partenaires marocains. La baisse progressive des droits de douane a déjà permis à la société de réduire ses coûts de production et de grignoter quelques points de marge.
En attendant léchéance 2010, la société mise sur la variété des produits. Benson ose même bousculer laustérité des chaussures britishement correctes. Des coupes, des couleurs et des motifs inspirés de stylistes espagnols ou italiens viennent composer avec les modèles anglais classiques les deux collections annuelles de la marque. Nos clients européens avaient hésité dans un premier temps à acheter ces modèles. Ils ont fini par être convaincus par la réaction du marché, explique Benamour. Ne sarrêtant pas en si bon chemin, Benson a même tenté lexpérience dune belgha estampillée de la marque. Nous lavons testée récemment, et ça commence à prendre. Nous envisageons de relancer la production très prochainement, explique Mohamed Benamour. Une belgha Benson pourrait donc faire fureur au salon international de Düsseldorf, la Mecque des professionnels de la chaussure. Le pied, pour un bottier marocain
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Stratégie. Filière africaine, rêve européen
Benson est lune des premières marques marocaines à se positionner sur le marché africain. Un magasin franchisé de la marque a ouvert ses portes à Abidjan, capitale de Côte dIvoire, dès 2005. La société exporte également vers dautres pays comme le Bénin ou le Congo. Ce nest pas seulement une spécificité des Méditerranéens, mais de tous les Africains. Dès quon touche son premier salaire correct, on pense à se payer une paire de chaussures anglaises, explique Mohamed Benamour. À lentendre, la société semble mettre le paquet pour attirer une clientèle détudiants africains établis au Maroc ou encore de nouer des partenariats avec des revendeurs. Il ny a pas une soirée africaine que nous ne sponsorisons pas. Les consignes sont même données pour que ces clients soient choyés chez nous, ajoute-t-il. Et ces derniers le lui rendent bien. Une de leurs passions : profiter de latelier patinage et glaçage, qui permet de vernir sa paire de chaussures en cuir brut dans la couleur de son choix, même dans les coloris les plus exotiques. Mais la véritable ambition de la société, cest de se renforcer en Europe. La marque espère ouvrir deux magasins propres dans des capitales européennes dans moins dun an. Et si on arrive à avoir dix magasins en Europe qui travaillent exclusivement sur notre marque, on arrête immédiatement la sous-traitance, promet le fils Benamour. |
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