Cause toujours...
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Quand la presse montre la lune, le Makhzen menace de couper le doigt.
La théorie du complot refait surface. Ça faisait longtemps
Parce que le mensuel Economie & Entreprises, les hebdomadaires TelQuel et le Journal et le quotidien Al Ahdath Al Maghribiya ont publié, à quelques jours dintervalle, des dossiers mettant en cause le gestionnaire des affaires du roi (et son secrétaire particulier) Mounir Majidi, lartillerie est ressortie des placards. Accusés de collusion, des responsables de ces journaux ont reçu, par des canaux plus ou moins détournés, des messages faussement amicaux les prévenant quils sont dans le collimateur de M. Majidi et de ses amis.
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Al Ahdath avait dabord sorti laffaire explosive de ce terrain des Habous de Taroudant, cédé par lEtat à M. Majidi au 90ème (!!) de sa valeur réelle. Un authentique scandale. Economies & Entreprises, ensuite, a révélé la présumée raison secrète du limogeage de Khalid Oudghiri, ex-PDG dAttijariwafa bank, première banque privée du royaume et joyau de la couronne. Pour résumer, Oudghiri se serait plaint à Fouad Ali El Himma de lamateurisme et de la tendance à la vendetta personnelle qui caractérisent la gestion des affaires royales. De son côté, TelQuel a dressé la liste des (nombreux) écarts de gestion de M. Majidi et de ses amis, qualifiant leurs méthodes de puériles un adjectif qui a fait sursauter en haut lieu mais qui, au vu de notre enquête accablante, est plutôt charitable. Le Journal hebdomadaire, enfin, a enquêté sur laffaire des Habous, sest interrogé sur le limogeage injustifié de Oudghiri, a creusé la rumeur grandissante de délit dinitié qui aurait profité aux gestionnaires des affaires royales et a regretté, à lunisson de ses confrères, que les méthodes du premier cercle économique soient empreintes de clientélisme et dabus de pouvoir. Ce qui justifie la contiguïté de tous ces dossiers ? Lactualité, évidemment. Laffaire des Habous est un scoop (joli, en passant nos compliments à Al Ahdath) et le limogeage de Oudghiri, dont les performances restent incontestées à ce jour, était un évènement suffisamment énorme pour que des journalistes cherchent à le creuser. Il est même étonnant que seuls quatre journaux aient fait leurs Unes là-dessus
Mais de tout cela, les serviteurs de M. Majidi nont retenu quune chose : la présumée campagne de déstabilisation qui frapperait leur parrain. Avec une question en trame de fond : Qui est derrière ?. La réponse, messieurs, est dune cristalline évidence : M. Majidi lui-même. Car enfin, nous navons rien inventé de tout ce que nous avons publié et aucun de nous na dailleurs reçu, à ce jour, de démenti ni de mise au point. Oui, cent fois oui, les affaires royales sont gérées en dépit de toute rationalité économique et cest impardonnable, sachant quelles totalisent 8% du PIB. Sans parler du fait quil est anormal que le roi fasse des affaires, parce que la tentation de labus de pouvoir est trop forte. Cest ce que nous dénonçons et en le faisant, nous sommes parfaitement dans notre rôle. Hélas, quand la presse montre la lune, les responsables se focalisent sur le doigt, menaçant de le couper. Si Mohammed VI lit la presse de son pays (cest a priori la moindre des choses) il devrait sommer son secrétaire particulier de sexpliquer sur ce dont on laccuse ; et sil ne donne pas dexplications convaincantes, il devrait le sanctionner. Mais connaissant le Makhzen, le fait que la presse accuse Majidi est plutôt une bonne raison pour
le conforter dans son poste. Parce que ce ne sont certainement pas quelques misérables journaux qui vont dicter sa conduite à Sa Majesté. Même sils ont raison
Cest paradoxalement grâce à Sa Majesté, et au climat démocratique quelle a favorisé depuis son accession au trône, que ces mêmes journaux osent dénoncer les turpitudes des hommes de pouvoir. Mais comme dit le proverbe, la dictature, cest ferme ta gueule. La démocratie, cest cause toujours. |