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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri

États-Unis / Russie. Des airs de Guerre froide

Entre Vladimir Poutine et George
W. Bush, les relations sont de
plus en plus tendues.
(AFP)

Ennemi juré de Bouteflika, libéré en 2006 après 2 ans de prison, le journaliste algérien revient sur la situation dans son pays, les relations avec le Maroc et son expérience carcérale.


Le ton n’a cessé de monter entre les Etats-Unis et la Russie, alors que le président George W. Bush est en tournée en Europe, à l’occasion du sommet du G8, qui a eu lieu du mercredi au vendredi à Heiligendamm, en Allemagne. En cause : le projet américain d’installer un bouclier antimissile sur le Vieux Continent. Washington veut placer dix missiles intercepteurs en Pologne et un radar ultra-perfectionné en République
tchèque. Problème : le président russe, Vladimir Poutine, ne l’entend pas de cette oreille. Il pense que son pays est à portée des tirs yankees, malgré les propos rassurants de Bush. Ce dernier a affirmé que l’initiative ne cible pas la Russie, mais vise à se protéger d’Etats “voyous” comme l’Iran. Peine perdue : Poutine a ravivé le spectre de la Guerre froide, en menaçant de pointer de nouveaux missiles vers l’Europe si ce bouclier antimissile est opérationnel. “Si le potentiel nucléaire américain s’étend sur le territoire européen, nous devrons prendre de nouvelles cibles en Europe”, a déclaré le chef de l’Etat russe à plusieurs médias occidentaux.

Le président russe dénonce ce projet qui va transformer l’Europe en “poudrière” et qui “consacre l’impérialisme américain”. Il est persuadé que la défense dont se prévaut Washington est une offensive contre la Russie en Eurasie. D’après Poutine, “lorsque le système antimissile sera installé, il fonctionnera en liaison avec le dispositif nucléaire des Etats-Unis. Pour la première fois de l’Histoire, il y aura donc en Europe des éléments d’un système nucléaire américain. Cela change fondamentalement l’équilibre du système international”. Quinze ans après l’effondrement de l’Union soviétique, Moscou voit d’un très mauvais œil l’extension de l’OTAN vers l’Est et la multiplication des bases américaines à ses portes, de la Roumanie au Kirghistan. En réaction, Poutine affirme que ses militaires vont “définir les cibles en Europe (…) et choisir entre missiles balistiques et missiles de croisière”. “Cela risque de relancer une course aux armements, mais nous n’en serions pas responsables”, a-t-il argumenté. Stephen Hadley, conseiller à la Maison Blanche, a estimé que les critiques du président russe n’arrangeaient en rien les relations américano-russes, déjà tendues. Les réactions en Europe sont restées discrètes, illustrant l’inquiétude sur l’évolution de ce différend tenace entre les deux pays. “Relations compliquées”, reconnaît laconiquement G.W. Bush.

Mensonge américain ?
Pour Jacques Sapir, spécialiste de la Russie et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), l’argument américain ne résiste pas à l’analyse. “Avancer que le bouclier antimissile est dirigé contre des Etats comme l’Iran ou la Corée du Nord est absurde. L’Iran n’a pas de missile qui puisse atteindre l’Europe et la Corée du Nord est plus préoccupée par le Japon que par l’Europe”, nous explique Jacques Sapir. “De plus, si les missiles américains visaient vraiment l’Iran, il faudrait qu’ils soient installés en Egypte, en Turquie ou en Italie. Si le bouclier antimissile se trouve en République tchèque et en Pologne, c’est pour surveiller la Russie et son armement”. Ce sont les Etats-Unis qui apparaissent comme l’agresseur de la Russie et non l’inverse, comme l’écrit une partie de la presse occidentale. Certes, les dix missiles intercepteurs américains ne sont armés d’aucune charge nucléaire, et utilisent une technique qui détruit le missile adverse par énergie cinétique. Mais ce système de défense se combine avec un système d’attaque. Le radar de contrôle installé en République tchèque serait relié aux radars des Fylingdales (Angleterre), Vardo (Norvège) et Thulé (Groënland), qui font partie des systèmes d’alerte avancée des forces stratégiques américaines.

De plus, souligne Jacques Sapir, “les Américains ont voulu prouver que l’Europe était désunie. Angela Merkel est opposée à ces missiles, alors que Nicolas Sarkozy veut avoir un discours “franc” avec Poutine. Les Etats-Unis ont fait la démonstration que la politique extérieure de l’Europe des 27 était inexistante”.

En quête d’ennemi
Pourquoi une telle méfiance vis-à-vis de la Russie ? Toujours selon Jacques Sapir, un ensemble de facteurs explique l’attitude de Washington. “D’abord, les Etats-Unis ont perdu leur influence dans le monde et par rapport à la Russie depuis 1998. Ensuite, les guerres d’Irak et d’Afghanistan qui ont mis à mal la cohérence de la politique extérieure américaine. Les Etats-Unis n’ont plus d’ennemi aujourd’hui et ils en recherchent un. Enfin, cette Russie qui recouvre sa souveraineté est un obstacle à l’hégémonie américaine”. Depuis quelques années, les relations entre les deux pays sont tumultueuses. “La Russie a rejoint l’Allemagne et la France pour constituer un front du refus contre la guerre en Irak en 2003. Elle a organisé également avec la Chine et l’Iran une sorte d’OTAN local pour contrôler les biens et les richesses de la région et lutter contre le terrorisme. Les Américains apprécient mal cette alternative au système de l’ASEAN qu’ils contrôlent”, poursuit Jacques Sapir. “De surcroît, en cherchant l’affrontement avec la Russie, les Américains obligent les Européens à s’aligner sur leur politique”.

Et le périple européen de G. W. Bush n’arrange pas les choses. Le président américain s’est rendu en Pologne et en République tchèque, deux pays de l’ancien camp soviétique. Il est aussi attendu dimanche en Albanie, en pleine querelle avec la Russie sur le statut du Kosovo. Mardi, Bush a davantage irrité Moscou en parlant de “la difficulté à promouvoir la démocratie dans de grands pays (…) comme la Russie et la Chine”.

En vérité, les Etats-Unis paraissent bien isolés. “On a le sentiment que Washington s’est lancé dans une série d’opérations menées unilatéralement et de manière agressive. Au lendemain du 11-Septembre, ils avaient refusé la main tendue des Russes. Aujourd’hui, pour combattre l’isolement croissant et la perte de légitimité dont ils souffrent au niveau international, ils font monter en épingle certains dossiers”, analyse Jacques Sapir.

Brouillés avec Moscou, les Etats-Unis embarrassent aussi leurs autres partenaires du G8 avec leur attitude sur la question du climat. Bush a rejeté le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre. Et au nom des intérêts économique, il continue de refuser toute limite contraignante aux émissions. Depuis, le chef de l’Etat a mis de l’eau dans son vin. Washington propose une conférence des quinze pays les plus pollueurs de la planète, qui se mettraient d’accord sur des objectifs “souhaitables”, mais non contraignants, de réduction des émissions nocives, “adaptées à leur économie et leur situation politique”. Beaucoup en Europe doutent de cette bonne volonté.



Histoire. Un conflit larvé

Le terme “Guerre froide” renvoie à la longue période qui va de la fin de la Deuxième guerre mondiale jusqu’à la chute du Mur de Berlin (1989). C’est le conflit larvé, marqué par une rivalité et un affrontement exacerbés, qui n’ont pour autant jamais mené à une guerre directe entre les deux camps.
L’Ouest, dirigé par les Etats-Unis, rassemblait la plupart des pays d’Europe occidentale, le Canada, l’Australie et le Japon, des pays se caractérisant par une économie de marché et une démocratie libérale. L’OTAN constituait le bras militaire de ce camp en Europe. L’Est, dirigé par l’URSS, était composé de la majorité des pays d’Europe de l’Est, la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam et Cuba. Le Pacte de Varsovie était l’axe militaire de ce bloc. Ces pays se distinguaient par une économie planifiée et un système politique à parti unique. La Guerre froide se caractérisait par un affrontement idéologique entre les deux camps, par des guerres régionales et ponctuelles, ainsi que par une course aux armements, atomiques en particulier. Parmi les événements marquants de cet affrontement : la guerre de Corée (1950-1953), la crise de Suez (1956), l’érection du Mur de Berlin (1961), la crise de Cuba (1962), la guerre du Vietnam (1957-1975) et l’invasion de l’Afghanistan (1979).
Un ensemble de pays, parmi lesquels l’Inde, la Yougoslavie, l’Egypte, ont voulu se distinguer des deux camps en formant le Mouvement des non-alignés.

 
 
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