Zakaria Boualem apprend quil sagit dun différend entre un khaddar et un moul détail.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem gît présentement à Sidi Maârouf, chez son pote Farid, qui la invité à dîner. Cela fait déjà six mois que lami du Boualem sest installé dans un petit appartement de la nouvelle banlieue casablancaise, un logis de bonne facture et dont la principale qualité se trouve résumée dans ce chiffre : 1500 dirhams par mois. Il est 21 heures 30 en horaire local lorsque le paisible quartier se trouve secoué par lirruption brutale dune trentaine dindividus plutôt énervés et muni darmes blanches. Zakaria Boualem, qui suit le début démeute depuis le balcon de Farid, se renseigne et apprend quà lorigine du problème, il y a un différend entre un khaddar et un moul détail, c'est-à-dire un commerçant végétal et un commercial Régie des Tabacs non homologué iso 9001. Laltercation, qui a eu lieu quelques heures plus tôt, sest terminée par une volée dinsultes et le khaddar est revenu à la charge laver son honneur. Il est arrivé avec ses copains et ses copains sont arrivés avec des
euh
Comment appeler ça ? Des couteaux ? Non, plus grands
Des épées ou des sabres, plutôt. Des trucs qui rappellent les Croisades, un peu recourbés avec des trous dedans, sans doute pour des raisons daérodynamisme. On veut bien croire quil sagit dun outil de travail classique pour un khaddar mais sincèrement, on a du mal à les imaginer égorger des navets avec pareil glaive. Les copains du khaddar sont nombreux, une trentaine, tous très motivés. Ceux de moul détail sont trois, ce qui prouve que cet homme manque sans doute de qualités. Il va payer très cher son manque de popularité. Les trois se réfugient chez eux et larmée verte fait le siège |
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devant sa porte. Ils bombardent limmeuble, fracassent les vitres, menacent les riverains et détruisent les véhicules présents dans la rue, des fois que lun dentre eux appartienne à moul détail. Cette action violente, qui trahit une connaissance imparfaite de léconomie marocaine, énerve un peu les habitants du quartier, qui nosent pas bouger, de peur de subir le même sort que le navet dont il a été question plus haut. Alors ils appellent la police. Ils font le 15, le 12, le 19
et ça ne répond jamais. Cest comme sils appelaient une téléboutique, en fait
Ils finissent par réveiller un brave policier qui leur demande aussitôt sil y a du sang. Cet homme, par cette simple question, réduit en poussière des années de recherche médicale et scientifique. Il a réduit la complexe science du diagnostic à cette simple interrogation : ouachkayn eddemm ?. Il ne lui a pas traversé lesprit que peut-être, il serait judicieux dintervenir avant que le fameux demm ne fasse son apparition, ni même que les choses peuvent être graves, même sans demm. Les policiers arrivent vers 23 heures, après sêtre assurés que tout sétait calmé. Entre-temps, les assiégés ont regagné le toit de leur immeuble et ont balancé quelques meubles sur les têtes des kheddara. Cest un spectacle affreux qui se conclut par linterpellation de léquipe Régie des Tabacs, puisque la brigade volante végétale a rapidement décampé.
Zakaria Boualem na pas attendu la police. Affolé, il a décidé de rentrer chez lui vers 22 heures. Sur le chemin du retour, il a fait une halte devant un vendeur de DVD et il est tombé sur trois policiers qui faisaient eux aussi leurs emplettes culturelles. Ils sont en uniformes, même sils ont pris le soin denlever leur cravate sans doute pour signifier quils sont en vacances. Il les prévient du bordel qui se déroule à quelques pas de là. Réponse de la police : cest pas notre problème, cest un truc qui concerne la Jamaâ. Il est inutile de préciser que cette réponse a plongé notre héros dans la plus profonde perplexité.
Voilà, il ny a rien à ajouter, si ce nest que lun des policier a acheté Braveheart pour le regarder chez lui le soir, tranquillement. |