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Par Cerise Maréchaud
Musique. Vox Populi
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Hacène au violon, Stanko aux
machines, les MC Dias et HK
et Jeoffrey à laccordéon.
(PIB)
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Beats hip hop et air de musette, accent du Nord et accords de raï, Le Ministère des Affaires Populaires, porte-parole de la France anti-Sarko, a mené au Maroc sa campagne festive et trouble-fête. Rencontre.
Les courées les pavés les terrils et lcrachin - Le chicon la grisaille le brouillard et la Jenlain. Tel est le monde de MAP. Impossible de confondre avec la respectable agence de presse nationale : ces gars-là ne font pas dans la langue de bois. Hybride musical phénoménal, Ministère des Affaires Populaires brandit un hip hop inclassable, mariant |
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valse musette et beats new-yorkais, accent chti et accords maghrébins.
Né il y a quatre ans sur le pavé froid de Roubaix, capitale de limmigration textile plantée au nord de la France, MAP sort des tripes de cinq chto gars, comme on dit là-bas. Dias, HK, Jeoffrey, Hacène et Stanko. Certains sont des bronzés, dautres, moins, mais tous ont vu leurs parents pointer à lusine. Lampes frontales, bleus de travail, béret au crâne : à chaque concert, ils fendent la foule lun derrière lautre sur un souffle daccordéon. Comme un coup de pied dans la fourmilière de lascenseur social, les ministres de MAP grimpent sur scène comme autrefois leurs grands-pères descendaient au charbon.
Révélation du Printemps de Bourges 2006, après à peine deux ans de scène, MAP est bien plus quun trip entre potes. Cest tout un projet, explique Dias, lun de ses deux MC, dans sa loge improvisée de lécole Molière, où le groupe joue son premier concert marocain. Un triptyque qui lui ressemble, fouillant ses racines entre le Nord, la cité et le bled, pour en puiser sens identitaire, ferveur festive et sève militante.
Dans la famille, on me disait toujours de fermer ma gueule, car je nétais pas chez moi, se rappelle Dias, qui chante aujourdhui tout haut ce quil fallait penser tout bas. Révolté par le silence sur lhéritage colonial français, Dias en tire indirectement la fierté davoir appris à vivre dans un pays, en sachant que notre France à nous a pillé, colonisé, asservi, davoir su ce qui nétait pas dans les livres décole, dont aucune ligne ne célèbre le débarquement de nos arrières grands-pères. Fier dune citoyenneté finalement lucide et volontariste.
Balle populaire
Restent de vraies questions : comment être fils dimmigré algérien et chti français du Nord ? La culture ny est pas si déterminante, mais il y a un vrai patrimoine de limmigration ouvrière, la mine, les syndicats, une culture de lengagement, poursuit Dias, dont le monologue identitaire Lillo, où le MAP puise son vocable et son ton, est largument quil dégaine pour rassembler ses troupes. Javais besoin de lillustrer musicalement, explique le MC.
Premier à sengager, HK, le cousin avec qui il avait monté, ados, le groupe de rap Juste Cause, amateur mais déjà très engagé (le maxi sintitulait La dette de lOccident), jusquà ce que chacun ait envie de mener sa barque. Avec lenvie de souvrir au maximum, rappelle Dias, qui monte une rencontre entre un groupe de hip hop et un orchestre symphonique. Démangé par lenvie de bosser avec des instruments, de faire de la scène, Dias en appelle à Hacène et Jeoffrey.
Le premier est violoniste et guitariste, nourri de gammes arabo-andalouses et orientales, formé aux rythmes des mariages et baptêmes comme auprès du grand chef dorchestre algérien Bou Djemia Merzak ; le second, héritier du savoir-faire de son grand-père et diplômé du Conservatoire de jazz de Tourcoing, est le seul accordéoniste qui écoutait du hip hop. Cinquième élément du quintet, Stanko Fat, déjà aux machines de Juste Cause, reprend son poste au Ministère.
Dès la première scène, sans flonflons ni drapeaux, la balle populaire va droit au cur du public. Cétait un petit festival qui nous a signé les yeux fermés, sans aucune maquette, raconte Dias. MAP bûche dur pendant six mois, enchaîne les dates sur Lille et Roubaix jusquau premier concert parisien, en décembre 2005, en première partie des Blaireaux. PIAS, maison de disque plutôt rock électro (rassemblant Miossec, Le Peuple de lHerbe, Franz Ferdinand et Vitalic), les signe dans la foulée et installera plus tard le premier album Debout là ddans (Booster Prod / PIAS, 2006) dans les bacs rock français.
Cest sûr, on ne passe pas inaperçus, lance la troupe plutôt amusée de mettre son grain de sel exotique dans les festivals rock. Du karma festif, ils en ont à revendre. Si leur nom sonne comme une petite provocation envers les politiques, les poètes de lasphalte du MAP se réclament dune musique de prolo, proche des gens. Le mot populaire allait de soi. Notre musique est un vecteur de rencontres, de partage, tout le monde y a droit, assure Dias. Ce nest pas si évident, poursuit le MC, ces moments de loisir sont devenus un luxe pour certains. Faire la fête, donner de lespoir, si ça ce nest pas un vrai positionnement politique !.
Mi-labrador, mi-pitbull
Sur scène, MAP fait monter la fièvre, répandant en sautillant une énergie contagieuse, à mesure que Dias et HK postillonnent leurs syllabes dans une gouaille inimitable, délicieusement disgracieuse. Mais sous la bouffonnerie, limpertinence résonne. Festif mais trouble-fête, mi-labrador mi-pitbull, le quintet tragicomique de MAP balance des claques aussi cinglantes queuphorisantes à la face dune France qui peut rougir de honte.
Militantisme chevillé aux accords, le MAP dope ses textes aux slogans de manifs et injonctions à laction. On veut provoquer un retournement de pensée à la hauteur de celui qui a banni mai 68 et débouté mai 81, espère le groupe. Références musicales, politiques et citoyennes se mêlent dans les couloirs du MAP, où saffichent les portraits dAznav et Coluche, Bob Marley et lAbbé Pierre, IAM et Gainsbarre, Assassins et Renaud. Très proches de NTM, suite logique de Brel et Brassens en tant que voix de la nouvelle lutte des classes, le second degré en plus. Les maux dénoncés sont aussi très début de siècle : sans-papiers, immigration jetable, musique standardisée, intégrisme, gauche caviar, héritage colonial
Sans surprise, cest sur Sarkozy que se déverse avec le plus dinspiration leur chargeur de rimes rempli de balles en téflon. Celui dans la bouche duquel les idées de Le Pen paraissent républicaines, à cause de qui la droite décomplexée flirte avec une extrême droite banalisée, assène MAP, sétranglant devant un extrait vidéo dun JT belge, où le nouveau président français saffiche, apparemment éméché et pathétique, à une conférence de presse du G8. Une scène que les médias français se sont bien gardé de relayer, en vertu dune alliance politico-médiatique qui népargne pas la scène musicale engagée. Des bronzés qui font du chti à une heure de grande écoute, cest pas demain la veille, en somme. Pas assez lisse, ni formaté, ironise le groupe. Moins ça fait réfléchir, mieux cest.
Quimporte. MAP ne court pas après les plateaux télé. Toujours est-il que les dates en Vendée et en Franche Comté, prévues cet été, ont été annulées. Il nous ont préféré un autre artiste, laisse planer HK. Quà cela ne tienne, le MAP trace au rythme dun emploi du temps de
ministre. Après Casa, Rabat, Meknès et Tanger, les cinq chtos joueront leur rap insolite et insolent à Ramallah et à Tel Aviv, puis enchaîneront les concerts dans lHexagone entre petites salles et gros festivals. Autour dun poulet au citron, ça débat sec sur les dates de la tournée en Algérie, cette terre des pères et mères que certains, comme HK, nont foulée quune fois dans leur vie. Sans oublier le prochain album, la boulimie artistique de chacun, et lenvie de revenir au Maroc, pourquoi pas avec Axiom, frère darme lillois dorigine casablancaise. De quoi donner envie de se mêler de leurs affaires
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