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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Taïa fait débat

Notre dernier dossier de couverture, dédié à l’écrivain Abdellah Taïa, nous a valu un courrier abondant. Les extraits les plus parlants.

Bravo, M. Taïa

Bravo pour votre dossier de couverture consacré à l’écrivain marocain Abdellah Taïa (TelQuel n° 277). Je tiens, à travers vos colonnes, à dire à Abdellah Taïa, dont j'ai récemment découvert les livres, à quel point j’admire son écriture forte et émouvante. Dans ses écrits, Taïa aborde diverses thématiques qui me tiennent à coeur, comme l'identité individuelle, l'origine sociale, le refoulement et l’oubli. Ses mots sont comme une lumière qui aide à la compréhension du moi. Il est, en plus, un dévoilement du corps et de l'esprit, qui est parvenu a anéantir le mépris et les barrières de la société. Le mérite de Abdellah Taïa ne se limite pas à son statut de premier Marocain à avoir assumé publiquement son homosexualité, mais aussi à sa façon poétique d’écrire et son style débordant d’humanité. M. Taïa, qui compte parmi les plus belles plumes marocaines, n’a jamais renié sa culture marocaine, toujours présente dans sa manière d’écrire. Il a gardé des liens étroits avec son pays, chose qu’il a bien illustrée dans son article intitulé “Il faut sauver la jeunesse marocaine” (publié sur TelQuel et Le Monde), consacré aux derniers événements terroristes qui ont secoué Casablanca. Encore une fois, chapeau bas à Abdellah Taïa, auteur talentueux et courageux, qui a su braver les hypocrisies.

Idir Ouguindi, Casablanca.

De tout cœur avec Abdellah

Je voudrais apporter mon témoignage de soutien à Abdellah Taïa pour le courage dont il a fait preuve pour annoncer publiquement son homosexualité. Il y aurait tant de choses à dire et à écrire, mais je me limiterai à ceci : l’homosexualité n’est pas un choix. Ce qui l’est, c’est de la vivre ouvertement ou pas. Un ami danois, rencontré lors d’une Gay Pride à Amsterdam, me disait “Being gay is nothing more than having red hair (Être homosexuel, c’est aussi grave que d’avoir les cheveux roux)”. Je n’ai pas pu lui dire qu’à ce jour, au Maroc, l’homosexualité est toujours punie pénalement, comme un crime. Il aurait pensé que j’atterrissais d’un vol direct en provenance du Moyen-Âge et cela m’aurait été insupportable. Cher Abdellah, dans tes moments de solitude, pense à ces milliers de personnes qui te sont inconnues, mais qui sont de tout cœur avec toi.

Samir, Casablanca.

Juste un mec normal

Je suis un Français de 40 ans et je vis à Casablanca depuis pas mal de temps. Je travaille plutôt beaucoup, je suis un mec normal, je paie mes impôts au Maroc, je suis un mec normal, j’ai choisi de vivre ici car je m'y sens bien, j'aime les gens, la culture de ce pays, même ses traditions. Je suis un mec normal, mes amis sont Marocains, Français, Espagnols, je suis un citoyen du monde, je suis un mec normal. Eh oui, il y a des Marocains gays, qui sont des écrivains, mais aussi des hommes politiques, des serveurs, des coiffeurs, des chômeurs et même des croyants. Cela n’a rien à voir avec le milieu social d'origine, ils sont tous des mecs normaux. Moi, je n'ai pas besoin ou envie de le crier sur les toits, ni besoin que mon entourage le sache. C'est mon choix personnel. Je n'ai pas choisi d'être homosexuel, mais j’ai choisi de le taire. Alors, je m'adresse à vous, mes frères Marocains et à tous les autres d'ailleurs, acceptez la diversité humaine, cela fait partie de la vie, n'en déplaise aux extrémistes de tout poil. Ne déversez pas votre haine sur des personnes, juste parce qu’elles sont différentes. Abdellah a choisi de franchir le pas, de briser le tabou, à travers une plume de qualité. En cela, il se libère, mais il aide aussi ses concitoyens à accepter l'autre. Je ne peux que lui tirer ma révérence en signe de grand respect. Et je ne suis certainement pas le seul. Moi, je reste un mec normal.

A.S. Casablanca.

Il a dit tout haut…

Excusez-moi de vous dire que, pour quelqu'un qui assume son homosexualité, vous avez complètement raté votre photo de couverture. Personnellement, je vois un Abdellah Taïa très timide et bien réservé. Avoir un esprit ouvert et apprendre à accepter la différence de l'autre, c'est bien, mais apprendre que mon fils est homosexuel, honnêtement, cela serait difficile à gérer pour moi. Je vomirais mes tripes rien que d'y penser ! Tout ce que je dirais à cet écrivain, c'est bravo ! Parce qu'il a osé dire publiquement ce que bien d'autres taisent.

Shems, Agadir.

Droit de réponse

Dans le numéro 277 du magazine TelQuel, j’ai découvert avec un grand regret que M. Karim Boukhari m’accuse d’avoir appelé à brûler et à piétiner l’écrivain Abdellah Taïa, ce qui relève de l’incitation au meurtre. Je tiens à clamer ici mon innocence de cette dangereuse accusation.

Rachid Nini, directeur du quotidien Al Massae.

“Brûler” ou “griller” quelqu’un, au sens figuré, signifie le discréditer, le mettre au ban de la société. S’agissant des homosexuels en général et de Abdellah Taïa en particulier, c’est ce que M. Nini préconise ouvertement dans ses chroniques, notamment celle du 7 novembre 2006. Quant au mot “piétiner”, je ne l’ai pas utilisé dans mon article.

K.B

 
 
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