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Par Fahd Iraqi
Bouznika Bay. Capri
ce de puissants
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Derrière limage idyllique dun
havre de paix, Bouznika Bay cache
un projet à la gestion calamiteuse.
(AIC PRESS)
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Parcelles vendues aux rabais aux hauts cadres dAttijariwafa, procès à la chaîne, avantages accordés par lEtat
le projet balnéaire de Bouznika Bay affiche tous les symptômes dune gestion calamiteuse. Enquête.
Capri et Bouznika Bay. La société immobilière et son projet ont longtemps défrayé la chronique, pour avoir été au cur de lun des nombreux scandales Basri. Et pour cause : le tour de table de Capri constituait une improbable alliance entre fonds publics, conglomérat royal et fortune privée de lancien ministre de lIntérieur. Le fils de ce |
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dernier, Hicham Basri, sest associé avec la CDG, lONA et surtout la BCM (ancêtre dAttijariwafa) pour créer cette structure. Laffaire est pour le moins juteuse puisquen 1996, lentreprise se paie un terrain public de 141 hectares sur la plage de Bouznika. Le prix dérisoire de 25 dirhams lhectare est alors justifié par le projet touristique et résidentiel, promis par lentreprise de promotion immobilière.
Après la chute du puissant vizir, en novembre 1999, la BCM prend en main la gestion de la société, jusque-là sous lemprise du fils Basri. Le divorce avec ce dernier est consommé après un long feuilleton juridique, qui se solde par un arrangement à lamiable en 2001 : Hicham Basri revend ses parts pour la bagatelle de 10 millions de dollars, excusez du peu ! Cette reprise par la banque paraît raisonnable. La BCM avait ouvert le robinet du financement alors que les garanties sont des plus légères : la caution personnelle de Hicham Basri et lhypothèque sur lensemble immobilier couvraient seulement 10% des 800 millions de dirhams que devait coûter le projet. Une largesse injustifiée, si lon tient compte de lassise financière de Capri, dont le capital social ne dépasse pas, à lépoque, les 2 millions de dirhams. Quant au projet, il prenait, durant les premières années, les allures dune simple opération de spéculation immobilière. Même les hauts cadres de la banque se servaient dans les parcelles de Bouznika Bay à des prix promotionnels. Des contrats de vente, datés de 1998, lèvent le voile sur des conditions de paiement avantageuses, accordées à Ali Iben Mansour, alors n°2 de la banque, ou encore à Mohamed El Kettani, actuel directeur général dAttijariwa. Le terrain est cédé à 1,4 million de DH, subdivisés comme suit : 600 000 dirhams qui ne passent pas entre les mains du notaire, et quatre traites de 200 000 dirhams étalées sur deux ans. Des facilités de paiement bien généreuses de la part dune société qui accumule pertes et dettes.
La gabegie continue
Néanmoins, même en tournant définitivement la page Basri, la gabegie Capri semble continuer. Mais cette fois-ci, on y met tout de même les formes. En 2002, Mohamed El Kettani reprend de nouveau la présidence de la société immobilière. Prime de cette promotion : une nouvelle villa pour 1,6 million de dirhams, après avoir revendu sa première parcelle. À sa décharge, le nouveau président satèle au redressement de lentreprise. La banque couvre davantage son risque en augmentant son hypothèque sur le terrain à hauteur de 185 millions de dirhams. Elle rachète aussi lensemble du capital pour le renflouer à hauteur de 124 millions de dirhams. Même le chantier de construction semble bien avancer selon le calendrier prévu. En 2003, la banque organise même des visites sur site pour annoncer que la moitié des 533 villas est vendue et que le tiers des 1315 appartements est construit. Les managers montrent quils font tout pour sauver les meubles : Depuis 1997, Capri accumule les pertes. Nous espérons seulement atteindre léquilibre et couvrir nos charges, déclarait Mohamed El Kettani à lépoque. Pourtant, la BCM, devenue entre-temps le champion national Attijariwafa, va une nouvelle fois profiter des largesses de lEtat. En mai 2004, alors que le délai prévu initialement pour la réalisation du projet arrive à échéance, Capri va profiter dune prolongation de
quatre ans ! LEtat ne juge pas utile de faire jouer la clause résolutoire, qui lui aurait permis de récupérer le projet. Mieux encore, il va jusquà accorder à Capri 106 hectares supplémentaires pour lextension de Bouznika Bay. Pourtant, la société continue simplement de vendre à la découpe. Le projet dune marina est alors annoncé en grande pompe en 2004
en parallèle avec la revente de près de 12 hectares à la société Cité du Lac. Une transaction réalisée de manière hâtive, comme le montrent plusieurs éléments. Dabord, le compromis de vente est signé alors que la situation du foncier nest même pas assainie. Dautre part, la société qui achète est à peine en cours de constitution. Le pacte dactionnaires scellant sa création (une année plus tard !) entre des associés espagnols et marocains naugure rien de bon. En effet, ce pacte prévoit que le terrain est payé par les deux partenaires, à hauteur de leurs parts respectives, alors que lintégralité des travaux devait être financée par les actionnaires espagnols. Le deal, pour le moins inhabituel, est donc de nature à engendrer des blocages.
Cela na pas raté : lannée dernière, alors que les premières livraisons devaient être effectuées, la presse se fait lécho dun litige entre les partenaires du projet Cité du Lac. Depuis, la situation semble débloquée, puisque début 2007, lacte de vente définitif du terrain est officiellement signé. Pourquoi alors Capri sest-elle empressée de vendre ce terrain alors que les prix nont fait que flamber ces dernières années ? Quel est le manque à gagner de la société-mère sur cette opération ? Quid des projets touristiques promis et qui ne sont toujours pas sortis de terre ? Interpellé sur le cas Capri, Mohamed El Kettani, président de la société, est resté malheureusement injoignable.
Pourtant, Capri a constitué un lourd fardeau financier pour Attijariwafa bank. La banque a dû supporter, pendant de longues années, les pertes abyssales de la société (134 millions de dirhams en 2004), en plus dune provision à hauteur de 50 millions de dirhams. Même en dégageant des bénéfices lannée dernière, Capri reste à des niveaux de rentabilité peu reluisants pour un projet immobilier lancé depuis dix ans. Un point noir dans la quête de performance, toujours prônée par le champion national. |
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Largesses. Encore Majidi !
Même le secrétaire particulier du roi, Mounir Majidi, sest payé une parcelle à Bouznika Bay. Ce terrain de 935 m2, dit Sakhr 16, a toute une histoire. En 1998 déjà, Capri la vendu à Ali Iben Mansour, haut dirigeant de la BCM à lépoque, pour 1,4 million de dirhams. Lacheteur sengageait à construire ce lot dans un délai de deux ans. Un engagement qui ne sera jamais respecté, puisque trois ans plus tard, Iben Mansour rétrocède la parcelle à Capri pour la somme de 2,6 millions de dirhams. Le terrain restera dailleurs non bâti, jusquà son acquisition par Mounir Majidi en 2004. Contrairement aux contrats conclus avec les grands pontes dAttijariwafa, le montant payé par Majidi passe dans sa globalité par la comptabilité du notaire. Ce qui laisse penser que le secrétaire particulier du roi est vraiment passé à la caisse. Même le prix au mètre carré semble à première vue correct : 2200 dirhams le mètre, alors que le prix public à lépoque oscillait entre 2000 et 3000 dirhams. Néanmoins, Mounir Majidi ne payera ce prix que sur les deux tiers de la superficie : 235 m2 sont considérés comme une zone de sécurité, et lui sont donc gracieusement accordés. Le prix total de la transaction ne dépasse donc pas le 1,5 million de dirhams, soit une perte sèche de 700 000 dirhams pour Capri, si lon tient compte du prix auquel la société a repris le terrain à Iben Mansour. Mieux encore, Majidi achète cette parcelle alors quelle fait lobjet dune hypothèque au profit de lEtat (Service du timbre et de lenregistrement précisément). Et cest évidemment la société Capri qui sempresse dassainir la situation, en réglant près de 100 000 dirhams. Rien nest trop cher pour plaire au patron des affaires royales. |
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