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Par Driss Bennani
Sahara. Une rencontre pour la forme ?
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Yassine Mansouri
(AIC PRESS)
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New York abrite les 18 et 19 juin une nouvelle session de négociations entre le Maroc et le Polisario. La dernière rencontre entre les deux parties remonte à plus de 15 ans. Depuis, rien ou presque na changé.
Le secrétaire général de lONU aura au moins réussi son pari : réunir Marocains et représentants du Polisario autour dune même table avant la fin du mois de juin. Il aura ainsi quelque chose à présenter au Conseil de sécurité lors de sa prochaine réunion, histoire de sauver la face, ironise un observateur sahraoui. Rappelez-vous : dans sa |
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résolution 1754, le Conseil de sécurité des Nations Unies a, pour la première fois, expressément exigé de Ban Ki-Moon la réalisation davancées notables dans le dossier du Sahara avant juillet 2007. En forçant un peu la main aux différentes parties du conflit, il a finalement eu le minimum souhaitable, explique notre observateur. Et sauf surprise de dernière minute, les délégations officielles dépêchées par le Maroc et le Polisario se retrouveront à Long Island (à quelques kilomètres de New York) les 18 et 19 juin, sous la houlette du Hollandais Peter Van Valsum, représentant personnel de Ban Ki-Moon pour le Sahara occidental. Il sagira alors des premières négociations officielles Maroc-Polisario sous le règne de Mohammed VI, après un désert de plus de 15 ans.
Débuts décourageants
Il y a quelques mois pourtant, rien ne laissait présager un dénouement aussi honorable. Alors quil devait se rendre au Maroc, en Algérie et à Tindouf, Peter Van Valsum avait tout simplement annulé son déplacement dans la région sur recommandation des responsables de la Minurso. Les deux parties ne sont pas encore disposées à collaborer pleinement avec lONU, avaient-ils déclaré en substance. Lémissaire de Ban Ki-Moon sétait alors contenté dune rencontre à caractère purement technique avec
Miguel Angel Moratinos, chef de la diplomatie espagnole. Faux départ ? Pas vraiment, puisque les contacts entre lONU et les différentes parties impliquées dans le conflit ne se sont jamais arrêtés. Il nest pas toujours nécessaire que le représentant personnel de lONU se déplace personnellement : il existe des canaux parallèles tout aussi efficaces, explique un professeur de relations internationales à Rabat. Mohamed Yassine Mansouri, patron de la DGED et présenté comme le technicien en chef du dossier, a dailleurs longuement séjourné aux Etats-Unis en vue de préparer ce premier round des négociations prévues les 18 et 19 juin. Il y aurait rencontré des professionnels américains du renseignement et se serait enquis personnellement du cadre ou se dérouleront les négociations.
Du côté du Polisario, le secrétariat général du Front sest également réuni pour décider de la composition de la délégation qui mènera les discussions de Long Island. Une liste quasi définitive a même été publiée une semaine avant le début des négociations. Elle comporte les noms de vieux loups de la politique sahraouie. Tous ou presque sont nés sous le drapeau espagnol (soit avant 1974) et ont participé aux différents rounds de négociation entre le Maroc de Hassan II et le Polisario. On y retrouve un certain Mahfoud Ali Beiba, présenté comme un redoutable diplomate et un fin politicien. Il sera épaulé par dautres poids lourds, comme Ahmed Boukhari, représentant de la RASD aux Nations Unies, Brahim Ghali, ancien guerrier et représentant du Front en Espagne et Mohamed Khadad, actuel conseiller politique de Mohamed Abdelaziz et ancien représentant de la RASD à Alger.
Côté marocain, la délégation officielle sera conduite par Chakib Benmoussa, ministre de lIntérieur et devrait compter, sauf surprise, les membres de la Dream team qui a fait la promotion du plan dautonomie. Ce sont aujourdhui les seuls à connaître le dossier sur le bout des doigts. En plus, ils peuvent parler et sengager au nom du roi, commente un haut cadre au ministère des Affaires étrangères. Le trio Fassi Fihri Mansouri - El Himma sera, selon plusieurs sources, accompagné par quelques techniciens. Il sagira certainement de cadres sahraouis haut placés, qui se contenteront dassister aux négociations sans y prendre part directement, croit savoir un responsable à la Wilaya de Laâyoune, qui poursuit : le Polisario a déjà fait savoir quil naccepterait pas la présence de négociateurs sahraouis au premier rang de la délégation marocaine. En les désignant comme observateurs ou conseillers techniques, le Maroc voudrait prouver sa bonne foi jusquau bout. Car au final, cest tout lenjeu de ce premier round de négociations officielles. Aucune des deux parties ne veut passer pour celle qui entrave ou bloque le dialogue, ajoute-t-il. Et, surtout, lune comme lautre sait pertinemment quaucune grande décision ne sortira des rencontres de Long Island.
La forme en attendant le fond
Les précédentes négociations sont là pour le rappeler : les premières rencontres sont généralement consacrées à létude des questions dordre technique et logistique. Selon toute vraisemblance, Van Valsum se réunira, dans une première étape, séparément avec les différentes protagonistes. Ce nest quaprès que Marocains et représentants du Front peuvent envisager de se mettre autour dune même table, confie un journaliste qui a couvert les négociations de Houston. Du coup, il y a de grandes chances que ce premier rendez-vous serve uniquement à définir un code de conduite, qui trace les grandes lignes des rencontres suivantes. Ce qui pousse Réda Taoujni, président de lAssociation Sahara marocain, à considérer que le Maroc et le Polisarion se prêtent, dans une première étape, à une nécessaire hypocrisie diplomatique, qui permet à la communauté internationale despérer une solution du conflit. Problème : aucune des deux parties ne semble prête à faire de concessions. Dans leurs différentes déclarations, les responsables algériens et ceux de la RASD ont, tout au long de ces derniers mois, répété leur rejet du plan dautonomie marocain et leur attachement à la solution référendaire. Le Maroc lui, nenvisage pas de négociations qui remettent en question sa souveraineté sur le territoire et espère imposer le plan dautonomie comme base de négociation. Bref, nous voilà déjà face à une impasse. Je me demande quel genre de concessions le Maroc a-t-il prévu pour ces négociations. Que peut-il bien offrir au-delà de lautonomie élargie ? Il ne reste plus que lindépendance après, se demande un acteur associatif et lobbyiste sahraoui. Une nouvelle page souvre dans le conflit saharien. Mais elle ne se fermera pas de sitôt. |
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Zoom. Les négociations civiles
Dans différents rapports, les secrétaires généraux de lONU qui se sont relayés sur le dossier ont toujours appelé à louverture dun dialogue entre la société civile des deux parties. Des rencontres civiles qui accompagneraient les négociations officielles, et qui permettraient de jeter les ponts entre les peuples des deux camps. Une première rencontre de ce genre était justement prévue les 18 et 19 juin à Séville. Reportée à la dernière minute, elle se tiendra finalement la semaine prochaine et rassemblera des journalistes, des politiciens et des acteurs associatifs en provenance du Maroc, du Polisario, dEspagne et dAlgérie. Cette entrevue est organisée par un réseau dONG établies en Espagne et qui sintéressent au conflit du Sahara. Linitiative a pour but de faire rencontrer des intellectuels et des leaders dopinion des deux bords, en présence de participants espagnols et algériens. Lidée est de faire entendre dautres voix que celles des politiciens car, après tout, le conflit politique est dabord une affaire de peuples et de volonté de vie commune, explique un membre du comité dorganisation. Évidemment, aucune décision politique ne peut être prise lors de ces rencontres, mais une chose est sûre : les échanges y seront plus francs et moins méfiants quà Long Island. |
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