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Par Nadia Lamlili
Élections. Mission : observateur
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La présence dobservateurs lors
des élections de 2002 a été émaillée dincidents.
(AFP)
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Un collectif associatif suivra les élections de septembre prochain pour sassurer de leur transparence. Mais si le ministère de lIntérieur a donné sa bénédiction, les ONG sont toujours dans lattente dun texte réglementant leur intervention.
Le bataillon des observateurs électoraux mobilise ses troupes. Il sapprête à lancer une opération de grande envergure pour septembre prochain. Pas moins de 3000 observateurs seront déployés dans tous les bureaux de vote, assure Kamal Lahbib, coordinateur du mouvement, qui porte désormais le nom de Collectif associatif pour |
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lobservation des élections. Mission : suivre sur le terrain les opérations de vote, aussi bien à lintérieur quà lextérieur des bureaux, là où le commerce des voix bat son plein. Près de 217 associations ont rejoint cet observatoire qui compte suivre le processus électoral de bout en bout, depuis lélaboration des lois électorales jusquà lannonce des résultats. En a-t-il les moyens ? Nous avons obtenu la promesse du premier ministre lui-même douvrir les portes des bureaux aux observateurs nationaux et internationaux, assure Kamal Lahbib.
La question de lengagement effectif du gouvernement a toute son importance, puisquelle était lune des raisons derrière léchec dune expérience similaire au cours des législatives de 2002. Il y a cinq ans, le mouvement associatif, piloté par Transparency Maroc, avait pourtant bien obtenu le feu vert du gouvernement pour mener ses investigations en toute transparence. Mais sur le terrain, cétait une autre histoire. Plusieurs observateurs ont été interdits daccès aux bureaux, les durées des visites étaient limitées et, surtout, elles navaient pas concerné la phase déterminante du vote : le dépouillement des voix. Et pour ne rien arranger, le financement de lopération, mal goupillé, a débouché sur une véritable cacophonie.
Les leçons du passé
Depuis les dernières législatives, le mouvement associatif semble avoir retenu les leçons de ses échecs. Pour contourner les carences en matière de financement, il a sollicité lUnion Européenne qui lui a accordé 2,4 millions de DH, soit 80% du budget que nécessitera toute lopération. Le reste (500 000 DH) sera supporté par Oxfam, ONG internationale. Cet argent couvrira les dépenses de formation dune quarantaine de formateurs, qui devront à leur tour coacher les 3000 observateurs nationaux au moyen dun guide, conçu selon les standards internationaux. Enfin, ces observateurs seront payés pour quils assurent au mieux leur mission.
Ce recours à des fonds européens, au détriment des aides américaines, relève dune position de principe, traduisant une méfiance (pour ne pas dire défiance) à légard de la politique étrangère de lAdministration Bush. Un revers pour le National Democratic Institute (NDI), le bras associatif de la coopération américaine, qui avait financé une partie de lactivité du collectif associatif en 2002.
Mais au-delà du financement, cest bien lengagement gouvernemental qui devra être formalisé. Il y a deux semaines, Chakib Benmoussa, ministre de lIntérieur, avait assuré aux partis politiques lintention de son département douvrir les portes des bureaux de vote aux observateurs nationaux et internationaux. De quels observateurs sagira-t-il ? Et quelles seront les modalités de leur intervention ? Ce sera au Conseil consultatif des droits de lhomme (CCDH) de trancher. Cette institution, qui ressemble de plus en plus à un cabinet de consulting de lEtat, jouera le rôle dinterface entre le gouvernement et les observateurs potentiels. Mais, jusquà aujourdhui, le Conseil na pas été saisi officiellement pour cette mission précise. À deux mois et demi des échéances électorales, aura-t-il le temps délaborer un texte prêt à lemploi ?
Daprès lun des participants à la réunion des partis politiques avec le ministère de lIntérieur, le rôle imparti au CCDH est clair : émettre un cahier des charges pour les candidats observateurs. Un cahier des charges qui agira comme un filtre préliminaire, particulièrement utile si plusieurs ONG décident de se présenter séparément aux bureaux de vote. Le Maroc ne peut pas refuser la présence dobservateurs lors des élections, mais comme dans tout Etat de droit, leur présence doit être étroitement réglementée, assure une source de lUSFP.
Un vide juridique
Réglementée ? Cest trop dire. Le rôle du CCDH ne comblera pas le vide juridique en la matière. Car il nexiste aucune loi régissant la présence dobservateurs indépendants dans les bureaux de vote, comme cest le cas pour les observateurs des partis politiques ou le personnel administratif. Du coup, rien ne pourra, en principe, empêcher les autorités locales de refouler des observateurs trop encombrants. Le débat sur lobservation externe se résume ainsi à une question de bonne volonté.
Cest pour cette raison dailleurs que Transparency Maroc a choisi de ne pas faire partie de lObservatoire de 2007. Lassociation, échaudée par ses déboires lors des élections de 2002, explique son désistement par le manque de moyens logistiques et humains, tout en égratignant au passage le flou entourant lengagement de lEtat. Notre participation serait inutile en labsence dun cadre juridique réglementant cette observation une fois pour toutes, estime Azzedine Akesbi, son secrétaire général.
Cette part dincertitude que comportent les déclarations dintention gouvernementales et même partisanes a visiblement poussé le collectif associatif à envisager des moyens de pression détournés, mais aux retombées certaines. À la fin de chaque phase dobservation (période pré-électorale, au moment des élections et après lannonce des résultats), le collectif élaborera des rapports quil compte dévoiler à loccasion de conférences de presse. Une épée de Damoclès sur la tête de lEtat et des partis politiques ? Dans un langage plus diplomatique, cette initiative est plutôt une manière de pousser ces derniers à se rattraper en cas dinfractions avérées. Mais le collectif nira pas jusquà dévoiler des noms. Ce qui lintéresse, ce sont les infractions. En revanche, il donnera suffisamment déléments pour identifier le lieu, le fonctionnaire ou le candidat fraudeur et son parti.
Lors des législatives de 2002, les noms nont pas été cités non plus. Mais les résultats ont révélé de graves dysfonctionnements : 11% des observateurs ont certifié avoir été témoins dopérations dachat de voix et 24% ont noté lutilisation des biens publics au profit de certains candidats. Et ce nest que la partie visible de liceberg, puisquà cause des restrictions à leur participation, les observateurs nont pas tout vu. En septembre, ils ouvriront grands les yeux. |
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ONG. Union et dissenssions
En optant pour un collectif, le monde associatif espère mettre toutes les chances de son côté pour rallier le gouvernement à sa cause. Le conseil national de lObservatoire, initié par le forum Aternatives, est constitué entre autres de lOMDH, de lAMDH, de lAssociation démocratique des femmes du Maroc (ADFM), de lObservatoire marocain des prisons et du Collectif modernité et démocratie. Cependant, son harmonie nest quapparente. Une concurrence acharnée le mine de lintérieur. LAssociation de défense des biens publics, pilotée par lavocat Tarik Sbaï, fait cavalier seul. Elle a mis en place son propre observatoire, composé de 103 personnes, et lui a attribué comme mission de dénoncer toute utilisation injustifiée des moyens publics lors des élections. Et bien quelle ninterfère pas avec les missions du Collectif associatif pour lobservation des élections, elle reste peu du goût de ses membres. Cette association est trop politisée pour pouvoir mener une observation objective, fustige un membre du collectif. Réponse de Tarik Sbaï : Beaucoup de nos membres sont politisés mais, en matière associative, nous mettons nos sensibilités de côté. |
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