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Par Youssef Aït Akdim
Maghreb. Le coût de la désunion
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Benali, Kadhafi, Hassan II, Benjedid
et Ould Taya, le jour de la naissance
officielle de lUnion du Maghreb
Arabe. Une naissance officielle,
mais toujours cantonnée
à son stade théorique.
(MOHAMED MARADJI)
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Un document de la Banque mondiale relance le débat sur le coût de léchec de lUnion du Maghreb Arabe, en posant une évidence économique : les pays du Maghreb nont pas le choix, sils veulent rattraper leur retard de développement.
Un minimum de 350 millions de dollars ! Cest à ce chiffre que la Commission économique pour lAfrique des Nations Unies évalue les gains annuels qui pourraient être tirés dune union économique entre pays du Maghreb élargi (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Egypte). Dans la même veine, une autre estimation revient souvent, reprise par |
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le gouvernement tunisien : léchec de lintégration régionale des économies du Maghreb leur coûte chaque année un point de croissance en moyenne. Un rapport de la Banque mondiale, intitulé Y a-t-il une nouvelle vision pour lintégration économique au Maghreb ?, paru en novembre 2006, tente de trouver des réponses au paradoxe de la faible intégration des économies marocaine, algérienne et tunisienne, alors que la libéralisation des échanges sy est poursuivie à un rythme soutenu depuis les accords de Marrakech. Cette étude, si elle exclut la Mauritanie et la Libye, en raison de labsence de données statistiques pertinentes, offre des comparaisons parfois surprenantes et dresse des scénarios pour le futur, qui devraient interpeller les dirigeants politiques.
Statu quo dommageable
Le Maghreb semble aujourdhui remplir les conditions dun futur économique plus prospère, en accumulant les bons points : les grands indicateurs macroéconomiques se sont appréciés dans les trois pays, la proximité avec lEurope et les premiers progrès en matière de réformes ont soutenu les investissements étrangers et le niveau de richesse par habitant a bien augmenté depuis les années 90. Toutefois, les économistes considèrent quune croissance plus soutenue est nécessaire à un réel décollage économique.
LAlgérie, le Maroc et la Tunisie, sils maintenaient leur rythme de croissance actuel (4 à 5% de croissance du PIB nominal ces cinq dernières années), mettraient plus de vingt ans pour atteindre le niveau de revenu par tête des pays les moins riches de lOCDE, comme la Pologne. Surtout, le statu quo serait la pire des solutions pour le futur économique de la région. La part des échanges entre pays du Maghreb dans le total du commerce de ces pays reste très faible comparé à la même part au sein dautres blocs régionaux. Pire, le commerce intra-zone a même fortement baissé depuis 1990 (2% du total du commerce de marchandises) pour atteindre 1,2% en 2004. Par ailleurs, les exportations (hydrocarbures exclues) continuent de contribuer de manière marginale au revenu national des trois pays. Enfin, les investissements directs étrangers (IDE) vers ces pays sont évincés par la concurrence des pays dEurope centrale et orientale, qui ont capté une partie des investissements, notamment européens. Sur ce plan, la Tunisie reste le plus grand bénéficiaire, eu égard à sa taille, des IDE : en 2004, ils se sont montés à plus de 78% du PIB.
Le traité de Marrakech, conclu entre lAlgérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie le 17 février 1989, prévoyait linstauration dun espace dintégration économique et la mise en place de politiques communes dans tous les domaines. De simples vux pieux, qui ne connaissent pas lombre dune concrétisation.
Lobjectif détablir un marché commun à lhorizon 2000 na pas été atteint, ni celui de lunion douanière, prévu pour 1995. Entre-temps, les pays ont multiplié les accords de libre-échange bilatéraux avec des pays tiers, dont la Turquie, la Chine, la Jordanie, les Etats-Unis et, bien sûr, avec lUnion Européenne. Cest dans le cadre de laccord de coopération avec celle-ci que les ministres des Affaires étrangères du Maroc, de la Tunisie, de lEgypte et de la Jordanie ont entamé, en mai 2001, à Agadir, des discussions sur la création dune zone de libre-échange.
Bénéfices attendus de lUnion
Cette insistance à réussir là où lUMA a échoué peut surprendre. Pourtant, pas besoin de chercher longtemps pour déceler les avantages dune redynamisation de lintégration régionale des économies du Mahreb. Parmi les bénéfices attendus, le plus évident est bien évidemment la création dun effet déchelle. La libéralisation du commerce des marchandises entre les trois pays créerait un marché de 75 millions de consommateurs, atteignant une taille critique pour réaliser des économies déchelle et attirer davantage dinvestisseurs étrangers. Et dans le contexte des relations avec lUnion Européenne, le rapport soutient quune intégration des économies de ces trois pays serait complémentaire avec celle engagée avec le partenaire européen.
Première surprise de létude des données économiques du Maghreb, en apparence (seulement) contradictoire avec le constat du faible niveau dintégration économique : le potentiel de commerce de marchandises entre les trois pays est assez maigre. En fait, daprès le rapport de la Banque mondiale, les trois Etats maghrébins échangent déjà trop
si lon prend en compte la faible diversification de leurs exportations ou la petite taille de leurs marchés. Le point critique de lexpansion du commerce dans la région ne dépend pas seulement de la politique commerciale au sens daccords de libre-échange, mais aussi et surtout de ce que les économistes de Washington appellent pudiquement le climat de linvestissement.
Ce terme générique regroupe à la fois le poids des réglementations encadrant les activités commerciales, les coûts de transaction comme les démarches auprès des administrations (douanes, autorisations durbanisme), les dépenses de fonctionnent (coût de laccès à lélectricité ou aux télécommunications), ou encore les possibilités de financement. Sur ce point, si les réformes entreprises se sont accélérées ces dernières années, linsuffisance des infrastructures et le retard pris dans plusieurs activités du secteur des services sont encore avancés par les investisseurs étrangers et locaux comme des raisons de la faible attractivité de la région.
Approfondir ou étendre ?
Lintégration régionale ou la libéralisation des échanges ne peuvent favoriser la croissance quen fonction de la structure des économies et de lintérêt des nations à ouvrir leurs économies. Aucun pays ne sengagerait dans cette voie sans en calculer les risques et en choisissant la stratégie la plus adaptée. Dans le cas du Maghreb, plusieurs options sont envisageables. Une simple intégration régionale entre Etats maghrébins naurait quun effet symbolique sur le revenu national de chaque pays, à peine supérieur à la situation de statu quo. Cest une conséquence logique du faible potentiel de commerce de marchandises entre les trois pays.
À première vue, une intégration élargie avec lUnion Européenne paraît comme une option plus judicieuse. Laccès aux marchés européens permettrait en effet aux économies du Maghreb, signataires daccords bilatéraux avec LUE, de faire croître leur PIB par habitant au rythme annuel moyen de 15%, entre 2005 et 2015. Toutefois, si les trois pays décidaient de former ensemble un bloc régional intégré à lUnion européenne, les bénéfices seraient bien supérieurs. Suivant ce scénario, le PIB par habitant dans la région augmenterait de 22% en moyenne (+27% en Algérie, +22% au Maroc, +16% en Tunisie). Un tel résultat sexplique par limpact positif de laccès des exportations aux marchés européens, dont le volume doublerait en moins dune dizaine dannées.
En fait, la solution optimale consisterait à engager, de manière simultanée, des réformes soutenues pour améliorer efficacement le climat des affaires tout en libéralisant le commerce avec les pays voisins, tant au Maghreb quavec lUnion Européenne. Car cest en approfondissant la dynamique de libéralisation des échanges et en améliorant les services aux entreprises que la région pourra attirer un flux régulier dIDE.
Dans ce domaine, le Maroc a réalisé dimportantes avancées, notamment en ce qui concerne la réforme des secteurs financiers et le développement dinfrastructures, ce qui lui permet datteindre un niveau global daccomplissement de réformes structurelles équivalent à celui de la Tunisie. Une combinaison des trois facteurs reste cependant souhaitable pour atteindre un niveau de croissance capable de répondre aux problèmes des pays du Maghreb (chômage de masse, notamment chez les jeunes, retard en matière dinvestissements étrangers, etc.) : une libéralisation des échanges dans la région, préalable à un arrimage économique à lUnion Européenne, menée de front avec une mise à niveau du secteur tertiaire et de réformes du climat des affaires. Mais les trois pays en sont encore loin aujourdhui et leurs citoyens remplissent de plus en plus leur panier de produits Made in China. |
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