Sahara. Une rencontre pour la forme ?
Élections. Mission : observateur
Audiovisuel. La guéguerre des temps d'antenne
Reportage. La caverne des objets trouvés
Société. Sur les traces de Maddie
Salima Naji. La mémoire des pierres
Maghreb. Le coût de la désunion
Proche-Orient. Pas de répit pour le Liban
Bouznika Bay. Capri...ce de puissants
Abdelaziz Stati. Le Bad Boy du chaâbi
Musique. Vox Populi
N° 278
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri
(Correspondante au Moyen-Orient)

Proche-Orient. Pas de répit pour le Liban

Des milliers de Palestiniens
ont fui les camps depuis le
début des affrontements.
(AFP)

Après le conflit entre Israël et le Hezbollah l'été dernier, le Liban est aujourd'hui confronté aux combats intérieurs les plus meurtriers depuis la fin de la guerre civile il y a 17 ans.


Ce sont les pires combats intérieurs que le Liban ait connus depuis la fin de la guerre civile en 1990. Près de 130 personnes (dont 61 militaires et 50 islamistes) sont déjà mortes depuis le début, le 20 mai, des affrontements entre un groupuscule palestinien et l'armée libanaise. Depuis le camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, Fatah Al-Islam, accusé d'être lié à Al Qaïda,
continue de résister aux assauts de l'armée. Cette dernière n'a cessé de pilonner le camp et a lancé le 11 juin une opération commando depuis la mer, détruisant la maison du chef du groupe, Chaker al Absi. Les Palestiniens continuent de fuir les combats : le 12 juin, environ 200 d'entre eux sont sortis du camp, où se trouvent désormais un peu moins de 3000 civils, soit le huitième de la population initiale de Nahr al Bared. Et il n’y a pas de signe visible d'une fin prochaine du face-à-face entre militaires et membres de Fatah Al-Islam.

Un groupuscule proche d'Al Qaïda ?
C'est à Nahr al Bared, où vivent 22 000 réfugiés palestiniens, que s'est retranché Al-Islam. Le groupe extrémiste, qui a annoncé sa création le 26 novembre 2006, reconnaît des affinités idéologiques avec Al Qaïda, tout en niant tout lien organisationnel avec le réseau. Son installation dans ce camp avait suscité un regain de tension dans le secteur et l'inquiétude des autorités libanaises, impuissantes à contrer une telle présence.

Car, en vertu d'accords passés avec les Palestiniens, l'armée n'est pas autorisée à pénétrer dans les camps palestiniens du Liban. La création du groupe avait aussi suscité une polémique parmi les réfugiés palestiniens et au sein de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP), pour qui la majorité des membres du groupe ne sont pas Palestiniens. Les derniers évènements ont en effet révélé que de nombreux jihadistes arabes avaient trouvé refuge dans les camps. Après avoir combattu en Irak, ils se tournent aujourd’hui vers d'autres fronts, ce qui risque de donner des cauchemars aux services de sécurité de plusieurs pays. “Il s'agit d'une nouvelle espèce de jihadistes, plus endurcis, mieux entraînés, davantage déterminés à combattre jusqu'à la mort. Pour les affronter, il va falloir employer de nouvelles méthodes, de nouveaux outils”, affirme à l’AFP l'analyste militaire libanais Elias Hanna. “Quiconque pense pouvoir être épargné par ce phénomène enfouit sa tête dans le sable”, avertit le général Achraf Rifi, chef des Forces de sécurité intérieures (FSI) libanaises. Les affrontements ont en outre braqué les projecteurs sur les conditions de vie dans les camps palestiniens.

Des zones de non-droit
Nahr al-Bared, comme les 11 autres camps de réfugiés palestiniens au Liban, échappe à tout contrôle des autorités libanaises. Zones de non-droit, les camps sont devenus de véritables villes. Selon l'ONU, environ 400 000 Palestiniens vivent au Liban, dont la moitié s'entasse, dans des conditions misérables, dans les camps. La survie des réfugiés repose pour l'essentiel sur l'aide fournie par l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), qui a cependant réduit ses budgets au fil des ans, sur les versements irréguliers de l'OLP et l'aide des islamistes du Hamas. Près de 60% des habitants des camps vivent sous le seuil de pauvreté – les réfugiés palestiniens sont exclus au Liban d'une liste de dizaines de métiers. La misère est devenue un terrain fertile pour l'extrémisme islamiste.

Officiellement, les camps sont contrôlés par les formations politico-militaires palestiniennes, en particulier le Fatah du président Mahmoud Abbas. Mais depuis quelques années, des groupuscules salafistes accusés d'être liés à Al Qaïda et aux services de renseignement syriens s'y sont infiltrés, en particulier à Aïn Héloué, avec l'arrivée du Jound al Cham (Les soldats du Levant), qui compterait une cinquantaine de membres. De quoi inquiéter les Palestiniens, dont la situation est plus que précaire, et les Libanais, que hante la crainte d'une nouvelle guerre civile. Car c'est d'un camp palestinien, certes dans des circonstances différentes, qu'est partie la première, celle qui a déchiré le pays de 1975 à 1990.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés