Scandaleux !
Maintenant, si on est victime de deux injustices consécutives, on va en prison !
Slaa ou slaam 3laa rassoul Allah ! Le projet de nouveau Code de la presse est enfin prêt (lire larticle de Karim Boukhari, p. 6), et sera présenté en Conseil de gouvernement incessamment. Nen retenons pour linstant que le préambule qui en résume (cest écrit comme ça) les importantes améliorations. La principale : seulement 4 articles (au lieu de 26 précédemment) prévoient des peines de prison pour les journalistes. Moins du quart !! Nous sommes donc priés dapplaudir,
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voire dembrasser la main de M. Benabdellah en signe de reconnaissance. Désolé, mais cest hors de question.
Déjà, il ny a pas 4 articles qui envoient en prison, mais 5 : les 66, 67, 69, 72 et 100. Si larticle 67 est bien inspiré (il sanctionne lincitation à la haine raciale ou religieuse) et que le 69 est discutable (il punit lébranlement du moral des armées, même en temps de paix), les trois autres sont proprement scandaleux. Le 66 reconduit la formule éculée de latteinte au respect dû au roi. En quoi consiste ce respect, exactement ? Si on écrit que le roi a commis une grosse erreur de jugement, voire sest carrément planté sur telle ou telle réforme politique, lui manque-t-on de respect ? Ce sera au juge den décider. Vous imaginez un juge donner raison à un journaliste, contre un procureur qui laccuse de manquer de respect au roi ? Soyons sérieux
Le 72, lui, punit de prison lexposition sur la voie publique de publications contraires à la moralité et aux murs publiques. Selon quels critères ? Ceux qui veulent que lEtat marocain, de par sa Constitution, soit musulman ? Très bien, mais jusquà quel point ? Si demain, sous la pression des islamistes (on a vu ce que ça peut donner, par exemple dans laffaire des blagues sataniques de Nichane), une photo de femme en décolleté ou en maillot de bain dans un journal fait lobjet dun procès pour atteinte aux murs publiques, que décidera le juge ? Imaginez-vous quil aura laudace de donner raison au journal, créant ainsi une jurisprudence que les islamistes stigmatiseront aussitôt comme contraire à la Constitution (non sans logique, dailleurs) ? De qui se moque-t-on ? Enfin, larticle 100 est le nec plus ultra, la cerise sur le gâteau empoisonné quest ce projet de loi. Il prévoit demprisonner, tenez-vous bien, quiconque, condamné auparavant pour un délit à une peine damende, commet le même délit dans un délai dun an suivant sa condamnation. Les motifs de procès conduisant à des amendes sont nombreux et variés, dans ce projet de loi comme dans la loi en cours. Et la justice marocaine a la fâcheuse habitude, forgée par 40 ans dautocratie, de toujours donner tort aux journalistes face aux plaignants, aussi absurdes soient les motifs de poursuite (les cas se comptent par centaines) et déjà ça, cest un motif de révolte. Maintenant, si on est victime de deux injustices consécutives, on va en prison ! Et même si on est vraiment coupable, depuis quand deux amendes consécutives envoient-elles en prison, pour délit décriture de surcroît ? Cest scandaleux, ignominieux, honteux.
Je le dis le plus calmement du monde : ce projet de loi est une grossière arnaque. Entre le raisonnable et le déraisonnable, il ny a pas de demi-mesure. Entre la liberté dexpression et lemprisonnement pour délit dexpression, il ny a pas de compromis à trouver. Soit on veut la démocratie, soit on ne la veut pas. Les auteurs de ces articles (un pool formé du Cabinet royal, des ministères de lIntérieur, de la Communication, de la Justice, et du Secrétariat général du gouvernement) ne la veulent pas. Le plus agaçant, cest que non seulement ils nont pas le cran de ladmettre, mais quen plus, ils prétendent nous convaincre de leur bonne foi. A défaut dêtre démocrates, Messieurs, ayez au moins le courage de vos opinions
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