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N° 279
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

“Je vis dans un stress permanent”

Antécédents
Mohamed Faiz
Propriétaire du cyber de Sidi Moumen
(explosion du 11 mars 2007)
(AIC PRESS)

1979. Naissance à Casablanca.
1996. Baccalauréat en sciences mathématiques.
1999. Diplôme en économie industrielle de l’Université de Padoue, Italie.
2004. Ouvre un cybercafé à Sidi Moumen.
2007. Abdelfattah Raydi actionne sa charge explosive dans son cybercafé.

Smyet bak ?
Hajjaj Faïz.

Smyet mok ?
Touria Abassi.

Nimirou d’la carte ?
Je crois que ce n’est pas la peine.

Vous êtes le propriétaire du cybercafé de Sidi Moumen où a eu lieu l’explosion du 11 mars 2007. Vous n’avez pas l’air d’être aussi terrorisé que vous le déclariez dans la presse…
Ne vous fiez pas aux apparences. Je parais peut-être moins terrorisé, parce que je me suis habitué à ma nouvelle vie. Je suis beaucoup plus prudent qu’auparavant, je me déplace rarement seul. Je vis dans un stress permanent et intenable.

L’histoire de l’explosion est maintenant derrière vous. De quoi avez-vous peur exactement ?
Je vous rappellerai une histoire qui est bizarrement passée sous silence. Celle du chauffeur de taxi qui avait arrêté un terroriste du 16 mai avant que ce dernier n’actionne sa charge. Savez-vous qu’un individu a récemment essayé de le poignarder à l’aide d’un tournevis sur la terrasse d’un café au centre-ville ? J’ai peur qu’un fou ne décide de venger Abdelfattah Raydi. Vous le dites vous-mêmes dans la presse : nous avons affaire à des gens qui ne sont pas encadrés, qui agissent de manière autonome. Dans le quartier, j’ai à plusieurs reprises entendu dire que j’ai eu tort d’avoir empêché ces gars d’aller jusqu’au bout de leurs projets. Vous savez, les Marocains ne sont pas tous contre le terrorisme.

Finalement, vous regrettez d’être le propriétaire de cybercafé le plus connu du royaume ?
Vu ce que j’ai enduré à cause de cette “célébrité”, oui, je le regrette. Je vivais tranquillement avec ma famille, j’avais un revenu respectable et une activité florissante grâce à la vente et la maintenance de matériel informatique. Aujourd’hui, quand ma mère tarde au marché du coin, j’angoisse dans mon coin en attendant son retour. J’étais également interprète “free lance” à la Chambre de commerce italienne. Depuis l’attentat du 11 mars, la Chambre n’a plus fait appel à mes services. J’ai même dû rompre avec ma fiancée, qui ne supportait pas de lire toutes les informations erronées qui étaient publiées dans la presse au sujet de ma vie privée.

Pourquoi vous ne rouvrez pas votre cyber ? Vous avez bien reçu un don royal pour cela ?
Non, le don royal n’a rien à voir avec les promesses que m’ont faites le ministre de l’Intérieur et le gouverneur de Sidi Bernoussi, à propos de mes dédommagements. Les responsables de la préfecture sont d’ailleurs bien conscients que le cybercafé ne pourra plus jamais reprendre une activité normale. Les parents interdiront à leurs enfants de fréquenter un lieu aujourd’hui maudit.

Vous dites que vous avez été abandonné. À quoi vous attendiez-vous de plus qu’une lettre et un don royaux ?
Je voudrais d’abord préciser une chose : je n’ai jamais compté sur personne pour faire ma vie. J’ai monté mon projet petit à petit sans demander l’aide de personne. Récemment, j’ai proposé une solution aux responsables de la préfecture : me permettre d’acquérir à un prix symbolique un petit lot de terrain pour que j’y monte un projet avec le don que j’ai reçu de Sa Majesté. On m’a répondu que la préfecture en était incapable, alors que des centaines d’hectares sont distribués ici et là à quelques responsables influents. À la date d’aujourd’hui, l’Etat m’a dédommagé à hauteur de 31 000 DH, que j’ai utilisés pour réparer ma voiture. C’est tout.

Au fait, vous avez viré Raydi parce qu'il tapait trop fort sur le clavier ou parce qu'il surfait sur des sites jihadistes ?
D’abord, parce qu’il tapait trop fort sur le clavier. Il a demandé à plusieurs reprises de changer de poste. À chaque fois, il choisissait un coin en retrait, assez loin des regards. Finalement, grâce à un logiciel de contrôle dont je dispose, j’ai pu constater qu’il surfait sur des sites interdits. La suite, tout le monde la connaît.

C’est vrai que des policiers vous rendaient visite pour vous sensibiliser au danger de ces sites Internet ?
Non, mais des responsables de l’époque m’avaient conseillé de faire des déclarations dans ce sens. Mais le logiciel de contrôle est une initiative personnelle, qui me permettait de bloquer certains sites pornographiques, jihadistes ou empêcher des manipulations qui endommageaient le système.

 
 
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