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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

Sahara. Le temps des négociations

(AFP)

Le Maroc et le Polisario se sont finalement rencontrés à New York les 18 et 19 juin. Pendant près de 48 heures, les deux délégations se sont mises autour de la même table. Sans véritables résultats.


Peter Van Walsum, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, a finalement dû se contenter d’un communiqué, somme toute banal, pour clore le premier round des négociations entre le Maroc et le Polisario (tenu les 18 et 19 juin à Manhasset, dans la banlieue de New York). Trois petits paragraphes qui
reprennent une littérature onusienne désormais consommée et une seule phrase, accrochée en bas dudit communiqué, qui mérite d’être relevée : “Les parties ont convenu que le processus de négociations se poursuivra à Manhasset pendant la deuxième semaine d'août 2007”. Les premières négociations officielles sous Mohammed VI se soldent donc par un match nul, en attendant les prolongations. Ce qui arrange tout le monde finalement. “La délégation marocaine, dont les membres n’ont jamais participé à des négociations antérieures avec le Polisario, ont pu découvrir l’atmosphère où se déroulent des pourparlers de ce genre. Quant aux dirigeants du Polisario, ils ont, pour la première fois, rencontré la jeune garde du roi Mohammed VI, analyse un observateur sahraoui, membre du Corcas. Surtout, le secrétaire général de l’ONU a réussi son pari : réunir les deux parties du conflit avant le 30 juin 2007. Mieux : il les a même convaincues de se revoir dans moins de deux mois. Cela veut dire que ce premier round n’est peut-être pas une réussite, mais pas un échec non plus”.

Point de départ à Manhasset
Les choses sérieuses commencent le lundi 18 juin, peu avant 11 heures. Les différentes délégations invitées à prendre part aux négociations franchissent, l’une après l’autre, l’imposant portail métallique de Green Tree, une luxueuse propriété dans la banlieue résidentielle de New York, qui a déjà abrité des négociations entre le Nigeria et le Cameroun. La délégation du Polisario est la première à arriver, suivie peu de temps après par la “dream team” de Mohammed VI. Les responsables marocains semblent décontractés. Chakib Benmoussa, ministre de l’Intérieur et chef de la délégation, baisse même la vitre de sa luxueuse limousine et pose, tout sourire, devant les quelques journalistes agglutinés devant l’entrée de la propriété. Les six membres de la délégation officielle sont accompagnés de deux conseillers techniques : Maouelainin Ben Khallihenna, secrétaire général du Corcas, et Mohamed Saleh Tamek, wali de la région Oued Eddahab - Lagouira. D’autres personnalités, formant ce qui s’apparente à un cabinet technique, ont également fait le déplacement à New York. On parle notamment de hauts fonctionnaires sahraouis comme Rachid Douihi ou Omar Hadrami, mais aussi de responsables (assez inattendus) comme Ilias El Omary et Abdelkader Chaoui, numéro deux de l’ambassade du Maroc à Madrid et signataire, il y a quelques semaines, d’une tribune sur le projet marocain d’autonomie sur les colonnes d’El Pais.

Peu après le coup de midi, les portes de Green Tree se referment. En tout, les différentes délégations devront passer 48 heures ensemble. Elles partageront les mêmes repas et résideront dans des pavillons voisins “pour augmenter leurs chances de se rencontrer et de se parler dans un cadre convivial”, a notamment expliqué la porte-parole du secrétaire général de l’ONU.

Le premier jour ne verra pas de rebondissements spectaculaires. Les deux parties ont exposé leurs projets - diamétralement opposés - pour la résolution du conflit, et se sont quittées en fin de journée sans parvenir à un quelconque résultat. Dans la soirée, Brahim Ghali, membre de la délégation du Polisario, sort de sa réserve et confie à l’agence de presse du Polisario qu’il a constaté “un manque de volonté et de sérieux de la part de la délégation marocaine”. Qu’est-ce à dire ? Selon plusieurs observateurs en contact avec les équipes techniques à New York, “ce genre de déclarations est une manière de fuir la pression internationale. Plusieurs puissances mondiales auraient tenté de faire pression sur la délégation du Polisario pour accepter de discuter l’offre marocaine d’autonomie. À plusieurs reprises, la délégation du Front aurait même menacé de se retirer de la salle des négociations”.

Circulez, y a rien à voir !
En tout, les membres des délégations algériennes et mauritaniennes, présents en tant qu’observateurs, n’ont été consultés qu’une fois par Peter Van Walsum, lundi dans la matinée. Deux jours durant, les deux délégations sont donc simplement restées à la disposition des Nations Unies, dans un pavillon voisin. “Le fait qu’on n’ait pas fait appel à elles signifie clairement que les négociations n’ont pas encore abordé les détails du conflit. Normalement, les représentants des pays frontaliers n’interviennent que sur des questions susceptibles de les intéresser en tant que voisins immédiats”, explique un professeur de droit international. La journée de mardi s’écoule donc tranquillement à Manhasset. Rien, pas même des bruits de couloir, ne filtre à l’extérieur de la salle des négociations. Cette fois sera-t-elle la bonne ? Arriveront-ils à se mettre d’accord sur quelque chose ? En fin de matinée, une dépêche de l’AFP apporte un bout de réponse en affirmant que “le Maroc et le Polisario sont sur le point de boucler leur rencontre sans avancée”. Les deux délégations auraient effectivement passé tout l’après-midi du mardi à essayer de se mettre d’accord sur la formulation du communiqué final. Peter Van Walsum a, quant à lui, pesé de tout son poids pour obtenir une nouvelle date de ses interlocuteurs. “Vu qu’aucune des deux parties ne veut passer pour celle qui bloque le dialogue, elles ont dû accepter l’invitation de Van Walsum sans réserve”, explique un cadre aux Affaires étrangères. Finalement, le communiqué n’a même pas fixé de date précise pour le deuxième round de négociations, se contentant de l’annoncer pour la seconde semaine du mois d’août. Surtout, il n’a même pas annoncé d’ordre du jour pour cette nouvelle rencontre. Le feuilleton de l’été ne fait que commencer !



Histoire. Des rencontres à la pelle

Il n’existe pas d’histoire officielle concernant les rencontres entre le Maroc et le Polisario. Les deux parties du plus vieux conflit africain se sont rencontrées à plusieurs reprises et dans différents contextes. Florilège des dates les plus marquantes.
• Bamako, 1978. Grâce à la médiation du président Traoré, la capitale malienne abrite la première rencontre entre le Maroc et le Polisario. Elle sera cependant rapidement interrompue à cause du décès du président algérien Houari Boumediène. 
• Lisbonne, 1982. Rencontre entre un haut responsable sécuritaire marocain (Driss Basri, très probablement) et Al Bachir Mustapha Essayed, alors numéro deux du Front Polisario.
• Alger, 1983. Une délégation marocaine de haut niveau se déplace en Algérie. Le conseiller Ahmed Réda Guedira, le ministre des Affaires étrangères M’hammed Boucetta et Driss Basri rencontrent Al Bachir Mustapha Essayed, présenté comme l’homme du dialogue par excellence.
• Alger, 1989. Nouvelle rencontre en Algérie, grâce à la médiation du président Chadli Ben Jdid, quelques mois avant la signature du traité de création de l’Union du Maghreb Arabe.
• Marrakech, 1989. Hassan II reçoit, pour la première fois, des dirigeants du Front Polisario dont Al Bachir Mustapha Essayed, Brahim Ghali et Al Mahfoud Ali Beiba. Les deux derniers sont à la tête de l’actuelle délégation de Manhasset.
• Laâyoune, 1993. Une première dans l’histoire du conflit saha-rien : des Sahraouis des deux bords se retrouvent directement à Laâyoune, et plus précisément à l’hôtel Parador, aménagé spécialement pour accueillir le roi Hassan II lors de sa toute première visite au Sahara. La délégation du Polisario était une nouvelle fois dirigée par Al Bachir Mustapha Essayed.
• Tanger, 1996. Une délégation du Polisario rencontre, pour la première fois, le prince héritier Sidi Mohammed en présence de Driss Basri. Ils se retrouveront à nouveau à Rabat.
• Houston, 1997. Rencontre tenue sous l’égide des Nations Unies et pour presque la première fois, Maroc et Polisario arrivent à un résultat concret. C’est à Houston que les deux parties se sont en effet mises d’accord sur les procédures du référendum et l’instauration de mesures de confiance.
• Genève, Berlin, Londres, 2000. Tenue de réunions techniques pour mettre en place les mesures de confiance (dont les visites familiales). Les rencontres se faisaient surtout au niveau des représentants des deux parties auprès de la Minurso.

 
 
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