Code de la presse. La carotte et le bâton
Sahara. Le temps des négociations
AMDH. Le retour de la matraque
Argent et politique. Les liaisons dangereuses
Patrimoine. À la Mémoire de Casablanca
Tourisme. Talassemtane, le paradis oublié
Institution. À quoi sert la Banque Mondiale ?
Palestine. Le point de non retour
Textile. La fièvre Fast fashion
Portrait. Le bluesman de Chellah
Mode. La nouvelle vague
N° 279
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Larabi Jaïdi
(membre du comité central de l’USFP et président de la fondation Abderrahim Bouabid)

Chronique.
Argent et politique. Les liaisons dangereuses

Mounir Majidi
(TNIOUNI / NICHANE)

Mounir Majidi, PDG du holding royal Siger et secrétaire particulier du roi, a donc bénéficié indûment d’un terrain des Habous à Taroudant – terrain qu’il a payé au 90ème de la valeur du marché. Universitaire et homme de gauche, Larabi Jaïdi revient sur cette lamentable affaire.


L’“affaire” Majidi continue de défrayer la chronique. À juste titre. Un comportement en marge de la légalité, accompli dans l’exercice d’une fonction publique, on aimerait ne plus voir ça. On pensait qu’avec le nouveau règne, l’usage à titre privé des biens publics, et toutes les
déviances de ce type, seraient bannis. Mais voilà que le détenteur d'une autorité – et non des moindres – utilise sa proximité avec le Pouvoir pour détourner une règle à son profit. Plus que l'abus de pouvoir, on est là dans une situation irrégulière, voire délictueuse. Sans compter les luttes politiques et les règlements de compte à l'intérieur du sérail, qui s’ajoutent au tableau.

En fait, cette “affaire” est caractéristique d'un certain type de rapport entre pouvoir politique et pouvoir économique dans l'accès aux ressources. Une pratique “néo-patrimoniale” qui a longtemps fonctionné du temps du roi défunt. Elle tendait à considérer le secteur public comme un ensemble de titres de faveurs accordés aux serviteurs du trône, en tant que biens propres, en échange de leur fidélité. Des membres du sérail bénéficiaient de multiples avantages, de facilités, d'accès préférentiel aux circuits de financement ou au patrimoine foncier de l'Etat, et usaient de leur proximité avec le Pouvoir pour faire fructifier leur patrimoine personnel. Ces comportements tendent à se reproduire, et c’est regrettable.

Au-delà de “l’affaire”, aussi grave soit-elle, c’est un mode de fonctionnement du système politique qui est mis en cause. Cette affaire est la conséquence d'une déficience de contrôle, dans un système opaque où chacun est supposé obéir aux ordres, et où les responsables se sentent d’autant plus solidaires qu’ils jouissent d’une impunité collective. Cette affaire accrédite l'idée que les cercles d'influence gravitant autour de la monarchie n'agissent pas toujours dans l'esprit du changement. C'est à travers le circuit traditionnel du “Makhzen” que se formalise et s'exerce le pouvoir réel. Dans cette logique, le gouvernement et les corps élus sont réduits au rang de rouages d’une “machinerie institutionnelle” sans véritable emprise sur la gestion des affaires publiques – alors que le lieu de pouvoir réel est concentré dans des cercles d’influence parallèles, gravitant autour du Palais royal. Non seulement ces pratiques, qui perpétuent la “société de Cour”, affaiblissent les rapports entre le gouvernement et le pouvoir royal, mais elles reproduisent un système bâti sur le clientélisme et le néo-patrimonialisme – autrement dit, l'usage des relations politiques comme moyen d’accès aux ressources. Au-delà du loyalisme qui leur est naturellement demandé, ce système imprègne les comportements individuels des décideurs d’une certaine servitude. Voire d’une servitude certaine. Vu qu’il contrôle l’accès aux postes de responsabilité, ce système imprègne, plus généralement, le comportement des élites, et régule leur processus de formation et de renouvellement. Ce type de gestion discrédite le pouvoir politique auprès des autres acteurs de la vie économique et sociale. Il porte atteinte à la conception même de la démocratie. Vers quelle modernité politique risquons-nous d'aller si ses fondements institutionnels sont ainsi fragilisés ? C'est la consolidation de la monarchie constitutionnelle qui risque d’en pâtir. Autrement dit, notre avenir à tous.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés