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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Patrimoine. À la Mémoire de Casablanca
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Construites dans les années 20, les
Arènes de Casablanca accueillaient
concerts et corridas. Elles furent
détruites en 1972.
(TANJI)
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Depuis sa création, Casa Mémoire fait de la préservation du patrimoine de la ville blanche son leitmotiv. Et malgré le manque de moyens et un engagement hésitant des autorités publiques, lassociation a réussi quelques jolis succès.
Les Casaouis peuvent crier victoire. Le bras de fer opposant depuis des années leur ville au propriétaire de lhôtel Lincoln a finalement trouvé une issue favorable. Il y a deux semaines, Driss Jettou a tranché, en ordonnant une expropriation pure et simple de ce bâtiment datant du début du siècle dernier. Derrière cette décision, unanimement saluée, |
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se trouve une association dévouée corps et âme à la sauvegarde du patrimoine architectural casaoui.
SOS patrimoine
Ils ont été les premiers à se battre pour le Lincoln, et cest leur acharnement qui a finalement payé, confirme le collectionneur casablancais Mohamed Tangi. Ils, ce sont les membres de Casa Mémoire, association créée en 1994 par une poignée darchitectes amoureux de la ville blanche, rassemblés autour de Jacqueline Aluchon (architecte française installée de longue date au Maroc) et dont le leitmotiv est simple : militer pour la sauvegarde des rares vestiges de lâge dor urbanistique de Casablanca. Durant les années 70 et 80, un grand pan du patrimoine de notre ville a été sauvagement rasé, explique Tangi. Quelques individus essayaient tant bien que mal de sy opposer, mais sans grands résultats. Alors, au lieu de rester chacun dans son coin à prêcher dans le désert, ils ont décidé de fédérer leurs voix pour mieux les faire entendre. Au fil des années, lassociation finit par développer une méthode éprouvée : chaque fois quun bâtiment historique est menacé deffondrement ou de destruction, ses membres montent au créneau : On sactive très rapidement pour alerter les responsables et lopinion publique sur lurgence de la situation. En même temps, nous entamons auprès du ministère de la Culture les procédures nécessaires pour placer le bâtiment sur la liste des monuments inscrits au patrimoine national, explique le président de Casa Mémoire, Abderrahim Kassou, architecte et urbaniste de profession. Une méthode qui a montré ses preuves : en collaboration avec lOrdre des architectes, lassociation a pu, nous dit-on, sauver pas moins dune cinquantaine de bâtiments historiques. Un tableau de chasse flatteur qui a fait de Casa Mémoire une référence en la matière, qui nhésite pas à faire bénéficier dautres villes de son expertise en lobbying. Actuellement, nous nous penchons sur le cas du casino de Mohammedia, souffle le président de lassociation.
À Casablanca, la Communauté urbaine va jusquà demander conseil à lassociation, chaque fois quelle reçoit une demande daménagement ou de destruction dun bâtiment historique. Mais ce nest pas une constante. Il y a des fois où ils tiennent compte de notre opinion, et dautres où ils lignorent totalement, regrette Abderrahim Kassou. Dernière illustration : le cas de limmeuble Honegger, sis au Boulevard Zerktouni. Lédifice, qui date de 1952, a été détruit en 2006, malgré lavis défavorable prononcé. Dautre part, ajoute un membre de lassociation, cest toujours très délicat démettre des recommandations négatives, dautant que les porteurs de ces projets sont des confrères, parfois des amis.
Opération sensibilisation
Sauver quelques bâtiments ici et là, cest bien, mais il faut avant toute chose travailler en amont. Abderrahim Kassou fait allusion au travail de sensibilisation et dinformation, primordial aux yeux de lassociation. Nous souhaitons partager notre amour pour cette ville, explique ce dernier avec un brin de romantisme. Mais notre première finalité est de toucher les Casablancais, les convaincre de limportance de préserver ce patrimoine et cette mémoire collective qui sont laffaire de tous. Cest dans cet esprit que Casa Mémoire va à la rencontre du public, en organisant conférences et expositions dans des écoles, des centres culturels et des galeries dart. Petite originalité, lassociation propose également des visites guidées dans le centre-ville, des excursions, semble-t-il, très prisées. Ces trois heures de balade sont loccasion pour les participants de découvrir leur ville avec un nouveau regard, argumente Abderrahim Kassou. Les gens passent par là tous les jours, en voiture ou à pied, sans se douter un seul instant que leur ville regorge dun patrimoine aussi riche. Tellement riche quil attire lattention de spécialistes et damateurs du monde entier. Il ne faut pas sétonner que Casablanca soit étudiée dans les plus grandes écoles darchitecture. Cest une ville pavée de trésors architecturaux, souligne, pas peu fier, le président de lassociation. Justement, il y a quelques semaines, une centaine détudiants suisses et une trentaine de Hollandais, spécialisés en architecture, ont fait le déplacement pour faire connaissance de visu avec la ville. Et ce nest que lorsque des étrangers sont dans les parages que nos autorités sortent de leur léthargie, déplore-t-il.
Casa Mémoire se penche également sur la recherche scientifique, en multipliant les séminaires et les conférences, tant au Maroc quà létranger , parce que pour préserver notre patrimoine, il faudrait avant tout commencer par mieux le connaître et le comprendre.
Projets ambitieux
Aujourdhui, lassociation veut relever un autre défi : inciter le gouvernement à demander linscription de Casablanca au patrimoine mondial. Cela pourrait apporter énormément à la ville. Cette distinction ferait en sorte quon cesse de la voir uniquement comme la capitale économique du royaume, argumente Abderrahim Kassou. Cest bien de construire une marina, dinvestir dans des industries, mais nous avons dautres atouts, notamment culturels, à développer en matière de tourisme, poursuit-il. Joignant le geste à la parole, Casa Mémoire est en train détablir une carte détaillée de Casablanca, répertoriant une centaine de ses bâtiments historiques, et qui pourrait faire lobjet dune diffusion auprès de touristes locaux et étrangers.
On laura compris, lassociation déborde de projets
dont la réalisation reste cependant handicapée par le manque de moyens. Dépourvue de toute aide publique (hormis le prêt occasionnel de locaux pour des conférences ou des expositions), Casa Mémoire ne peut compter que sur ses membres, 100% bénévoles. Et toutes les bonnes volontés du monde sont parfois insuffisantes pour aller au bout de certaines ambitions. À titre dexemple, pour monter le dossier dinscription au patrimoine mondial, nous aurions besoin dembaucher deux personnes à plein temps pendant six mois, explique le président de lassociation. Nous sommes loin davoir les ressources financières pour le faire. Mais nous ne baisserons pas les bras pour autant. Car quand on aime, on ne compte pas. |
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Hôtel Lincoln. Et maintenant ?
Lexpropriation est une belle victoire, mais le plus dur reste à faire. Le collectionneur et vice-président de Casa Mémoire, Mohamed Tangi, ne croit pas si bien dire, tant il est urgent de se pencher sur la réhabilitation de la bâtisse, construite en 1916, et qui risque de sécrouler à tout moment.
Reste à savoir ce que la Ville de Casablanca, désormais son nouveau propriétaire, compte en faire. Sera-t-il transformé en hôtel de prestige ou en galerie commerciale, comme la laissé entendre la presse récemment ? Ou répondra-t-on favorablement à la demande de Kathy Krieger, la propriétaire américaine du Ricks Café, qui avait proposé en avril 2005 de le transformer en centre de musique, proposant gratuitement concerts, formations et ateliers denregistrement aux jeunes du quartier
à linstar du Lincoln Center de New York ? Pour financer une telle opération, Kathy Krieger comptait lancer un appel doffres international et recourir à des sponsors privés. Mais son projet ne recevra aucune réponse, le contentieux avec le propriétaire bloquant toute initiative. Aujourdhui que lexpropriation est prononcée, du côté du Conseil de la ville, aucun scénario ne semble être privilégié. |
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