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Par Abdeslam Kadiri
(avec agences)
Institution. À quoi sert la Banque Mondiale ?
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La salle où se réunit le conseil dadministration de la Banque
Mondiale, qui décide de lavenir
économique de nombreux pays.
(AFP)
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Décrédibilisée, critiquée, la Banque mondiale traverse la plus grave crise de son histoire. Les Africains sinterrogent sur son utilité, les Européens sur sa survie
Linstitution ne serait-elle quun instrument de la perpétuation de lhégémonie américaine ?
À quoi sert la Banque Mondiale ? La question se pose aujourdhui avec insistance. Si, à sa création, lorganisation bénéficiait de quelque prestige, elle est aujourdhui de plus en plus décriée, accusée par ses détracteurs dêtre une structure lourde, corrompue et à la botte des |
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Américains. La récente démission de son président, Paul Wolfowitz, traduit les tourments que connaît létablissement.
Paradoxalement, ce départ a été vécu globalement comme une bonne nouvelle, susceptible de redonner, autant que possible, des couleurs à la Banque. Considéré comme lartisan de la guerre en Irak, Wolfowitz na jamais enthousiasmé les pays du Tiers-Monde. LAfrique, à qui la Banque demandait dêtre exemplaire sur sa gestion financière, le craignait. Wolfowitz avait imposé, dans un souci de bonne gouvernance, des procédures très mal vécues par les pays en voie de développement. Dailleurs, les ONG et même le personnel de la Banque se sont réjouis de sa démission. Pour autant, la BM aura-t-elle le courage de se remettre en question ?
Née dans la douleur
Créée en 1945 à Bretton Woods (New Hampshire, Etats-Unis), linstitution a dabord porté ses efforts sur la reconstruction de lEurope daprès-guerre et du Japon, dont les besoins en infrastructures sont gigantesques. En 1947, elle a accordé à la France son premier prêt (250 millions de dollars). Dès les années 1950, la Banque Mondiale se tourne vers les pays en voie de développement puis, à la chute du mur de Berlin (1989), vers les pays de lEst. Aujourdhui, la Banque élargit ses activités à la lutte contre la pauvreté. Elle lie désormais ses prêts à bas taux à des politiques dajustement structurels, qui vont de la lutte contre la corruption au maintien de léquilibre budgétaire. George W. Bush ira jusquà proposer à la BM, à travers la fameuse commission Meltzer, de faire des dons aux pays les plus pauvres plutôt que des prêts. Au niveau de la politique internationale, linstitution a aussi son mot à dire. Elle collabore avec ses partenaires et pays clients pour faire face à des situations dextrême urgence : conflit en Bosnie, aide à lAsie du Sud-est, au Kosovo, au Timor-est
Au fil des années, cet organisme basé à Washington, sest internationalisé. Ses effectifs étaient autrefois homogènes, composés pour lessentiel dingénieurs et danalystes financiers basés à New York. Aujourdhui, ils sont un peu partout dans le monde et leur champ de spécialisation sest nettement élargi (économie, politique publique, politiques et questions sectorielles, sciences sociales). Actuellement, 40% des employés de la Banque travaillent dans les bureaux de représentation ouverts par linstitution dans les pays membres.
La dette, nerf de la guerre
Mais que reproche-t-on à la BM ? Ses détracteurs, parmi lesquels le Prix Nobel déconomie, Joseph Stieglitz, et laltermondialiste Eric Toussaint, fondateur du Comité pour lannulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), laccusent davoir creusé lendettement des pays en voie de développement et dobéir aux ordres de lOncle Sam.
Jusquà la fin des années 70, les banques privées, la Banque Mondiale et les pays du Nord avaient des excédents de liquidités. Ils ont prêté beaucoup dargent à des taux dintérêt plutôt bas. Pour les pays du Sud, il était intéressant de sendetter, dautant que leurs revenus dexportation croissaient. Lobjectif de la BM était stratégique : favoriser le développement de certains pays du Tiers-monde, alliés aux puissances occidentales, afin quils constituent un rempart contre le danger dextension de projets révolutionnaires, explique Eric Toussaint dans le Monde Diplomatique.
En 1979, les Etats-Unis, pour lutter contre linflation et réaffirmer leur leadership, amorcent un virage ultralibéral. Le directeur de la Réserve Fédérale décide une augmentation des taux dintérêt américains pour attirer les capitaux étrangers. De de 4-5% dans les années 1970, les taux passent à 16-18% en 1982. Du jour au lendemain, le Sud sest trouvé endetté jusquau cou et toujours aussi dépendant du Nord. Entre 1982 et 1998, les pays de la périphérie ont remboursé plus de quatre fois ce quils devaient. Pourtant, le montant de leur dette extérieure était, en 1998, quatre fois plus élevé quen 1982 ! Les créanciers internationaux (FMI, BM, le Club de Paris, le Club de Londres) acceptaient de prêter de largent, mais en dictant leurs conditions : un plan dajustement structurel alliant forte réduction des budgets sociaux, privatisations massives, fiscalité en hausse
Résultat : ces politiques ont reproduit la pauvreté au lieu de léradiquer. Et les crises se sont succédé : en Asie du Sud-est en 1997, en Russie en 1998, au Brésil en 1999, au Mexique en 2000, en Argentine en 2001
La dette est un problème structurel. Cette dette menace aujourdhui tout le système, car plusieurs pays ne peuvent plus payer. Nous militons pour labolition totale et inconditionnelle de la dette, nous déclare Damien Millet, président du CADTM France.
Sous influence américaine
Deuxième grief : linfluence américaine. Depuis sa création, la Banque Mondiale est présidée par un Américain, de facto. Après le scandale Wolfowitz, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer cette tradition. Le Sud a besoin de quelquun qui défende ses intérêts. Et pourquoi le Maroc ne proposerait-il pas un président pour la BM ?, sinterroge Damien Millet, qui poursuit : Il y a eu 11 présidents américains (Robert Zoellick inclus), huit sont de grands banquiers daffaires et deux (McNamara et Wolfowitz) sont des gradés. Cela fait réfléchir. Le départ de Wolfowitz nest pas fortuit. Si Wolfowitz a démissionné, cest parce que les Américains ont pu le remplacer par Zoellick. Les Européens étaient obligés daccepter, sinon Wolfowitz serait resté. Cétait le deal, ajoute-t-il.
Aujourdhui, la BM tangue dangereusement, écrit Eric Toussaint. Cette institution doit entreprendre sa refonte. Elle sert à quelque chose. Cest un pion sur léchiquier international. Elle a des moyens financiers, un tribunal (CIRDI), reconnaît Damien Millet. Mais aujourdhui, elle est contestée au sein même du système. Attaquée par la Chine qui drague lAfrique, assaillie par les Hedge funds spéculatifs, boudée par les pays dAmérique latine, la BM traverse une grave crise de représentativité. Le Venezuela a annoncé son retrait de la BM et du FMI. La Bolivie et le Nicaragua sapprêtent à faire de même, alors que lEquateur est allé jusquà expulser le représentant de la BM. Six pays sud-américains jettent actuellement les bases dune banque du Sud, aux choix radicalement différents. |
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Nomination. Zoellick à la rescousse
Sans suprise, cest Robert Zoellick qui a succédé à Paul Wolfowitz à la tête de la Banque Mondiale. Sa candidature avait été proposée par George W. Bush. Seul en lice, ce conservateur américain de 53 ans était assuré de passer, sans que sa nomination ne fasse de vagues parmi les administrateurs de la Banque.
Cet ancien représentant américain au Commerce (USTR) jouit dun a priori favorable en Europe. Les Allemands lui sont reconnaissants davoir poussé Bush père à soutenir lunité allemande, malgré la résistance de lURSS, lorsquil représentait les Etats-Unis aux négociations sur la réunification. De lavis de tous, Zoellick a une capacité de travail hors du commun et une vaste expérience. Pragmatique, il va poursuivre la guerre contre la corruption dans les pays pauvres, mais avec plus de souplesse. Ce protégé de James Baker sera aussi plus ouvert envers ses partenaires. Jusquici, Zoellick soccupait, dans la banque daffaires Goldman Sachs, du développement des marchés de capitaux en Asie. |
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