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Par Selma Mestiri
(Correspondante au Moyen-Orient)
Palestine. Le point de non retour
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Deux combattants du Hamas
posant fièrement derrière
le bureau de Mahmoud Abbas.
(AFP)
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Les rivalités entre le Hamas et le Fatah ont dégénéré en affrontements sanglants, engendrant une partition de fait des territoires palestiniens.
Les derniers affrontements entre le Hamas et le Fatah auraient pu être lune de ces flambées de violence opposant les deux mouvements palestiniens rivaux, qui faisaient craindre à répétition une guerre civile, mais se terminaient par des accords à larraché. Mais cette fois-ci, ils ont fini par dégénérer, fatalement, en heurts sanglants et en partition de fait des territoires palestiniens. Le 7 juin, de violents accrochages |
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ont lieu entre membres des deux groupes. Quelques jours plus tard, un nouvel accord est négocié, sous les auspices d'émissaires égyptiens. Mais les meurtres et actes de vengeance se poursuivent dans la bande de Gaza. Des tirs visent le siège du gouvernement d'Ismaïl Haniyeh, le premier ministre, auxquels répliquent des attaques au mortier contre le bureau du président Mahmoud Abbas, suivies encore de bombardements de la maison dIsmaïl Haniyeh. Le processus dautodestruction est enclenché. Il ne sarrêtera plus.
La présidence palestinienne accuse le Hamas de préparer un putsch pour contrôler la bande de Gaza et de pousser à la guerre civile. Les combats gagnent en intensité et le Hamas prend progressivement le contrôle de la bande de Gaza, où il était déjà très fortement implanté. Le 14 juin, Mahmoud Abbas décide de limoger le gouvernement et de proclamer l'état d'urgence. Les islamistes s'emparent alors du siège de la présidence de l'Autorité palestinienne. Le 15 juin, avant laube, le Hamas annonce avoir pris le contrôle de l'ensemble de la bande de Gaza, après avoir mis en déroute les forces fidèles à Mahmoud Abbas. Commence alors le pillage des villas abandonnées par les cadres du Fatah et des QG de la sécurité. En une semaine, près de 120 personnes sont mortes. La bande de Gaza est coupée du monde extérieur.
Panique à Gaza
A lannonce de la nouvelle, un vent de panique a soufflé sur Gaza. De nombreux habitants se ruent sur les boulangeries et les stations-service, par peur de pénuries, et font des réserves de farine, dhuile, de lait et de boîtes de conserve. Dautres tentent de fuir avec de maigres effets. Mais si quelques partisans du Fatah y parviennent, la grande majorité reste bloquée, lEgypte comme Israël ayant fermé leur frontière avec la bande de Gaza. Erez, le principal point de passage entre Israël et la bande de Gaza, prend des airs désolés de camp de réfugiés. Des centaines de personnes sy sont entassées depuis des jours, sur des morceaux de carton ou à même le sol. Des images de la chaîne Al Jazeeza International ont montré deux enfants assoiffés et écrasés par la chaleur, bravant le danger pour demander de leau à des soldats israéliens dans leur tank. En attendant, responsables et partisans du Fatah et du Hamas séchangent les injures par télévisions interposées. Pour la télévision officielle, diffusant depuis Ramallah, le Hamas et ses groupes armés sont des milices putschistes, tandis que la chaîne Al Aqsa traite le Fatah de courant traître. Le Hamas accuse aussi l'Occident d'appuyer le gouvernement illégitime, allusion au cabinet durgence nommé par Mahmoud Abbas et dirigé par lindépendant Salam Fayyad.
La responsabilité des grandes puissances
Selon des observateurs internationaux, la crise à Gaza est une conséquence de l'isolement du Hamas. Principaux bailleurs de fonds des Palestiniens, les Etats-Unis et l'Union Européenne avaient en effet refusé d'entretenir des relations normales avec le gouvernement palestinien depuis que le Hamas, qu'ils considèrent comme une organisation terroriste, a remporté les législatives l'an dernier. Selon les experts, la responsabilité des événements incombe largement aux Etats-Unis et à Israël qui, tout comme l'UE, ont suspendu leurs aides économiques dans les semaines qui ont suivi la victoire du Hamas. Aujourdhui, Européens et Américains ont levé le blocus qu'ils imposaient depuis 15 mois au gouvernement palestinien et ont exprimé leur soutien total au cabinet durgence de M. Fayyad. Mais le danger dune telle position est de privilégier une partie des Palestiniens par rapport à lautre et de consacrer ainsi une partition de fait. Créer une société palestinienne à deux vitesses ne manquerait pas dattiser les rancoeurs et les conflits entre Cisjordanie et bande de Gaza, car, sans aide, cette dernière, déjà très pauvre, pourrait plonger dans le chaos. Cette situation met enfin laccent sur léchec de la politique américaine au Moyen-Orient : les Etats-Unis semblent en effet impuissants face au délitement des régimes modérés qu'ils veulent soutenir dans la région, à Bagdad, à Beyrouth et maintenant à Gaza, alors que l'influence des régimes honnis de Damas et Téhéran se renforce. Quant au rêve dEtat palestinien, il na jamais été aussi lointain
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