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N° 278
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Chadwane Bensalmia

La semaine.

Le Complexe culturel Moulay
Rachid a souffert du passage
des artistes-peintres “seniors”.
(DR)

Arts plastiques. Seniors et vandales

Vendredi 15 juin 2007, l’Association marocaine des arts plastiques, avec en tête de cortège son président Abdelhay Mellakh, et le Syndicat national des artistes plasticiens, conduit par Abdellatif Zine, se rendaient au Complexe culturel Moulay Rachid de Casablanca pour tourner le spot de promotion de la Mutuelle nationale des artistes marocains. L’un des ateliers du complexe avait été retenu comme studio d’enregistrement. “Une fois sur place, ils se sont servis des toiles exposées par des étudiants pour peindre sur leur verso”, rapporte une source qui a préféré garder l’anonymat. “C’est indigne de la part
de personnes censées représenter la profession de faire preuve d’autant d’irrespect envers des collègues artistes. C’est d’autant plus incompréhensible qu’il y avait de la toile vierge à leur disposition. Mais ils ont préféré s’en servir comme tablier, vu qu’ils portaient leur tenue du dimanche”, poursuit notre source. Du côté de l’Association marocaine des arts plastiques, le démenti est catégorique : “Nous avons utilisé du papier kraft mis à notre disposition par les responsables du complexe”. Et d’ajouter : “Nous n’avons aucun rapport avec la dégradation de ces toiles. Les responsables de ces dégâts sont les employés du complexe, qui ont laissé la porte ouverte, permettant ainsi à des personnes malveillantes de s’en prendre aux œuvres des étudiants”. Le directeur du complexe culturel Moulay Rachid pense, quant à lui, que l’un des peintres présents s’est laissé emporter en voyant la caméra braquée sur lui. Mais tout est bien qui finit (presque) bien : sans pour autant reconnaître leur responsabilité, les peintres seniors se sont excusés.


Sortie. Treize fois rien

Et dire que les deux soldats de la trilogie Ocean’s, je cite George Clooney et le réalisateur Steven Soderbergh, pensaient faire mieux avec le troisième opus qu’avec le second. Mieux n’est pas exactement le mot qu’on utiliserait pour décrire Ocean’s 13. Bien sûr, la nouvelle escroquerie, nœud du scénario, est grandement complexe, imaginative et spectaculaire. Les gentlemen escrocs ont pour mission, cette fois-ci, de ruiner Willie Banks (alias Al Pacino), après que ce dernier a fait éjecter leur copain de longue date, Reuben Tishkoff (Elliott Gould) du tour de table du Casino pour le restructurer à son goût. Perdue dans la routine et la redite, l'aventure mollement conduite par Steven Soderbergh sent excessivement le service commandé. Idem pour les acteurs, qui s’offrent là une promenade de santé entre copains, à la limite de la désinvolture. Du show, de la haute couture et de la grande classe made in Las Vegas. Mais question cinéma, passez votre chemin. Ocean’s 13 est tout juste un film pour occuper une triste fin de journée.

Ocean’s 13, au Mégarama.



Danse. Le ballet des pieds nus

Au Sénégal, les ballerines ne font pas dans le tutu et la sobriété, mais dans le pied nu, la couleur et la percussion. Et ce n’est certainement pas par amateurisme. La Linguère, troupe de ballet du Sénégal, est la plus ancienne en Afrique, issue de l'ancien Ballet africain de la Fédération du Mali, créée en 1960. Son armée de trente-cinq danseurs et danseuses a pris sur elle de renouveler le souffle de la danse africaine, en l’intégrant dans le moule contemporain. Les danses rituelles et autres cérémonies profanes sont dépoussiérées, chorégraphiées et mises en scène dans une ascension de transes endiablées. Simplement indescriptibles.

Le 23 juin, au théâtre Mohammed à Rabat.



Exposition. Anti-cliché

Quand Alfredo Caliz immortalise le Maroc, son regard est définitivement anti-cliché. L’homme, pas pressé pour un sou, a mis dix ans pour boucler les planches de son exposition marocaine. Inshallah – ainsi l’a-t-il baptisée - regroupe une cinquantaine d’arrêts sur image, condensé de sa décennie de pérégrinations sous le ciel vert et rouge. Du passant déambulant dans les ruelles d’une ancienne médina, à la fille perchée en amazone sur un scooter, en passant par le bain de foule pieuse à la prière du vendredi, Caliz aime le vif. Chaque image est unique et inimitable. Photoreporter de son état – entre autres pour le journal espagnol El Pais -, il ne verse ni dans la curiosité orientaliste, ni dans le voyeurisme intéressé. “J'ai photographié un islam quelconque à l’époque où ont été abattues les deux tours”, raconte-t-il. Caliz saisit donc des images de la vie courante, autant de portraits en noir et blanc d’un quotidien marocain simple, où le mouvement est au cœur de l’image. Au point que l’œuvre en devienne fugace.

Du 21 juin au 22 juillet, au centre culturel de l’Agdal, à Rabat.



Cinéma. Des assises pour se relever

Valyans a parlé. Un an après le début de l’étude commandée au cabinet par le Centre cinématographique marocain, celui-ci en a révélé les grandes lignes, lors des Assises nationales du cinéma, tenues le 19 juin à Rabat. Ce diagnostic du 7ème art sur la décennie 1994-2005, suivi de propositions stratégiques à l’horizon 2015, avalise autant l’essor de la production nationale (doublée depuis 1990, avec une moyenne de 8 longs-métrages par an, pour un budget moyen de 5 MDH par film) que l’inquiétant déclin de la distribution/ exploitation (60% de Marocains sont des “non-spectateurs absolus”, près d’un tiers des écrans a disparu). À noter deux bonnes nouvelles, annoncées par le ministre Nabil Benabdellah et rapportées par Mohamed Bakrim, délégué du CCM à Casablanca : l’enveloppe d’aide à la production nationale va passer de 50 à 60 MDH et un institut public pour les cadres de cinéma à Rabat sera bientôt lancé.


Lazywall. Au pied du mur

“Ahlan al ikhouane !”. Un an après leur premier concert marocain au Boulevard, les deux frères tangérois de Lazywall, groupe phare de la scène rock alternatif, nommé après Sour al maâgazine, jouent enfin dans leur ville natale. Ouvrant les Nuits de la Méditerranée, le band de Reading puisera à la source l’inspiration idéale avant d’enregistrer, dans la foulée, un album en bonne et due forme, complétant le quatre-titres de 2006, mis en boîte à Chicago chez Steve Albini et masterisé au studios Abbey Road de Londres. Malgré le départ du guitariste et cofondateur John Lanigan, le Mur du son trace plus vite que la lumière : après une tournée en République Tchèque et le Tatoo Art Festival de Paris début 2007, Lazywall sera le 21 juillet au Power Festival de La Louvière en Belgique et enchaînera quelque 27 dates hexagonales à l’automne.

Le 3 juillet, Place des Nations, Tanger.



Concert. En souvenir d’un épisode sataniste

Le 18 juin, à la veille de leur concert, les musiciens du groupe de rock Necrophilia se sont vu refuser leur autorisation par le président de la commune du Maârif, à Casablanca, sous prétexte que ce concert serait “le rendez-vous de satanistes qui consomment de la drogue, se scarifient et cassent tout”, rapportent-ils. La commune qui avait, toujours selon les musiciens, donné son accord de principe, se serait rétractée suite à la campagne anti-L’Boulevard menée par certains médias (Attajdid, Al Massae), particulièrement agressive à l’égard du public metal, alors que, comme en témoigne un membre de Necrophilia : “Les incidents sont très rares pendant les petits concerts”. À l’heure où nous mettons sous presse, des négociations sont en cours avec la commune du Maârif pour reporter le concert au lieu de l’annuler. À suivre.


Mouvement. Etes-vous “sentimentaliste” ?

On l’appelle “Le Condor”. Depuis cinq ans, l’artiste français peint les sentiments. Du déchirement culturo-religieux consécutif à la guerre en Irak (voir illustration), au mariage d’un Palestinien et d’une Israélienne, Le Condor immortalise des moments-clés dans la vie de ses contemporains, et de l’humanité à plus grande échelle. Au bout de cinq ans, après avoir rallié une demi-douzaine d’autres artistes à son regard, il a décidé de fonder le premier courant d’arts plastiques du XXIème : le sentimentalisme. Parmi ses prophètes, un Marocain, Afif Bennani. Vice-président à l’international de l’association adossée à cette nouvelle école, il est en charge de constituer un réseau sentimentaliste au Maroc - toutes disciplines plastiques confondues-, avec l’ambition d’organiser la première grande exposition du mouvement au Maroc, en 2008.


Technologies. Télé nomade

Après la TNT, la SNRT franchit un nouveau pas dans la diffusion numérique, et lance la transmission en DVB-H (Digital video broadcasting handheld). Derrière ce nom barbare se cache un standard de diffusion adapté aux téléphones mobiles. Actuellement en phase expérimentale, la “télé nomade sera bientôt opérationnelle, permettant la réception des six chaînes nationales sur des téléphones portables compatibles”, assure-t-on à la SNRT. Le service sera offert gratuitement par la télé publique, qui devra toutefois s’associer à un opérateur de téléphonie mobile pour la diffusion de ses programmes. “Ce dernier pourra éventuellement facturer le service à ses clients”, relativise une source du groupe audiovisuel.


Le livre.

Après les fastes de la Cour ottomane, l’épanouissement culturel et la convoitise de l’Orient et de l’Occident, Istanbul sombre dans la misère d’une culture agonisante. Les riches et puissantes familles d’Istanbul, dont les Pamuk, sont tentées par une occidentalisation de plus en plus omniprésente et voulue dans les hautes sphères. C’est dans cet Istanbul-là que le petit Orhan grandit, bercé par les récits de son frère aîné sur les mille et une beautés de la ville. Mais Istanbul n’est plus qu’un fantôme de son passé et Orhan, désormais adulte, refuse de s’y résigner. Il décide de (re)tomber amoureux de sa ville, dépoussière ses ruines et ses merveilles et recrée en 400 pages la légende d’Istanbul.

Istanbul, souvenirs d’une ville, Orhan Pamuk ; Ed. Gallimard.




Humeur.
Bobo vs Gogo

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

“Tu vas à Essaouira ?”, l’interroge la jeune femme. Le Festival gnaoua pointant à l’horizon, la question était inévitable, aussi mécanique qu’un “ça va ?”. Et la réponse de l’homme, tout aussi automatique : “Oui.” “Et tu y va comment ?”, persiste la jeune femme qui tentait, de toute évidence, d’imiter Julien Lepers dans Questions pour un champion. “En avion”, répond l’homme sans y prêter attention. “Quoi ??!! Tu te la joues peuple, mais t’es qu’un vilain Bobo au fond !”, se scandalise la jeune femme. “Un vilain quoi ?”, rétorque l’homme. “Un Bobo, contraction de bourgeois bohème, est un individu appartenant à une catégorie socioprofessionnelle aisée, progressiste, de métier fortement intellectuel, habitant des grands centres urbains. Il achète des tapis fabriqués dans des coopératives de femmes, mais descend dans des riads typiques hors de prix”, mitraille la femme. Plus aucun doute, elle imitait Julien Lepers, il ne lui manquait plus que la cravate. “Ta définition du Bobo est valable même si je voyage dans un avion pourri de la RAM ?”, l’interroge l’homme. “Voilà la preuve ! Tu te plains de la lenteur du service des hôtesses ! Typique des Bobos !”, matraque la jeune femme. L’homme a dû se rendre à l’évidence, la jeune femme n’avait subitement plus une once de sex-appeal. À force de lire des magazines féminins français moisis, elle s’était muée en Gogo. Une gonzesse gonflante…



Court à Tanger
Le festival du court-métrage méditerranéen de Tanger se fait précoce, et prend pour nouveau siège de ses festivités l’antique cinéma Roxy. Du 25 au 30 juin, les 42 films en compétition (originaires de 17 pays) y seront projetés, avant de céder la place à une rétrospective sur les courts-métrages marocains produits les deux dernières années.


Stand up, Tomer !
Juif, russe, yéménite et israélien, Tomer Sisley a une identité d’une très rare complexité. “À mon avis, mes parents m’ont eu pour me faire chier”, aime-t-il ironiser. Sur scène, c’est un concentré hilarant de contradictions et d’absurde culturo-religieux. Le 30 au Palais des Congrès de Marrakech.


Honneur à Gad
Il était temps. Chevalier des arts et des lettres depuis un an, Gad Elmaleh se voit enfin remettre une distinction honorifique marocaine – toute proportion gardée cela dit. L’université Al Akhawayn lui a ainsi remis un master honoris causa en sciences humaines pour son rôle dans le rayonnement du Maroc dans le monde.

 
 
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