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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hicham Smyej

Marché automobile. Sur les chapeaux de roue

La baisse rapide des droits
de douane donnera un coup
d’accélérateur au marché du neuf.
(DR)

Le marché automobile marocain poursuit sa tendance haussière, tirée par les ventes des véhicules importés, alors que celles des modèles montés localement connaissent une certaine stagnation.


Après une année 2006 particulièrement faste, ponctuée par une croissance supérieure à 30%, le marché automobile marocain poursuit sur sa lancée, pratiquement insensible aux perspectives d'une campagne agricole catastrophique, réel baromètre de l'économie marocaine. L’exercice 2007 s’annonce en effet comme un bon cru : au
terme des cinq premiers mois de l’année, les ventes cumulées de voitures de tourisme se sont établies à 33 823 unités, signant une progression de près de 12% par rapport à la même période de l’année précédente.

Cette dynamique est alimentée par la conjonction de plusieurs facteurs. Il y a d’abord la multiplication des offres de financement, qui permettent un accès plus aisé à l’achat d’un véhicule neuf, bien que le marché de l’occasion reste toujours aussi florissant. La recrudescence de la compétition (avec plus d’une quarantaine de marques représentées au Maroc), et la prolifération des opérations promotionnelles qui va avec, ont exercé une sensible pression sur les prix, élargissant d’autant le vivier de la clientèle.

Mais il y a surtout la diversification de l’offre dans le segment des mini-citadines à bas prix, essentiellement le fait de marques coréennes (Kia Picanto, Hyundai Atos) ou japonaises (Suzuki Maruti, Suzuki Alto…). Avec des tarifs flirtant avec les 100 000 DH, ces modèles de petit gabarit, aux motorisations économiques et à l’équipement souvent dépouillé, connaissent un engouement qui ne se dément pas : il s’en est vendu plus de 2850 unités au terme du mois de mai 2007. Un succès commercial que l’arrivée récente de la QQ (prononcez “quiou-quiou”), mini-citadine du constructeur chinois Chery, devrait conforter. “L’arrivée de ces modèles a chamboulé la configuration du marché. Les volumes ont augmenté, mais la physionomie du marché s’est retrouvée ainsi tirée vers le bas au niveau des prix”, commente Adil Bennani, directeur général de Toyota du Maroc.

Les importées cartonnent
De là à y voir une explication de la méforme de la Dacia Logan, dont les ventes connaissent une baisse de 10,5% (à 5048 unités vendues), il y a un pas malaisé à franchir. “La Logan ne souffre pas de la concurrence de ces modèles, parce que leur clientèle respective est très différente, fait remarquer le chef de ventes d’un importateur. Alors que la Logan cible le père de famille au revenu moyen, ces petites citadines s’adressent surtout à une clientèle jeune et féminine, et jouent souvent le rôle de second véhicule dans un ménage”. Même son de cloche du côté de Philippe Cornet, PDG de Renault Maroc, qui ne s’alarme pas outre mesure du recul de la “voiture économique” : “Le comportement commercial de Logan reste conforme à nos prévisions. En 2006, les ventes ont atteint un niveau important, parce qu’elle coïncidait avec le lancement de la version Diesel, qui était très attendue, argumente-t-il. Aujourd’hui, les ventes se sont stabilisées à un niveau convenable, qui se rapproche de notre objectif de 1100 unités par mois”.

En attendant, ce sont toujours les CBU (“Completly Built Up”, véhicules importés montés) qui tiennent le haut du pavé. Représentant près des deux tiers des ventes, ces derniers affichent une belle santé, avec une progression dépassant les 20%, à 22 460 unités (contre une baisse de 2% pour le montage local). Dans cette catégorie, Renault reste toujours en tête des ventes avec un cumul de 2959 unités, progressant de 61,6% par rapport à 2006. La marque au losange est talonnée par Kia, qui s’installe confortablement sur la seconde marche du podium (2813 unités vendues, en évolution de 87,5%). Troisième du classement, Peugeot se rapproche avec 2762 unités, suivi par Toyota - qui avait terminé l'année 2006 en tête des marques importées - avec ses 2534 unités vendues.

Taux de douane en baisse
Mais ce partage du leadership entre marques françaises et asiatiques pourrait bientôt changer, avec la baisse des droits de douane sur l’importation de véhicules en provenance de l’Union Européenne. Depuis mars dernier, conformément aux accords bilatéraux liant le Maroc à l’UE, cette taxe s’est en effet réduite de 15% (passant à 23,725% pour les véhicules de cylindrée inférieure à 1,8 l en essence et 2,2 l en Diesel, et 16,25% pour les cylindrées supérieures). Et le démantèlement douanier se poursuivra avec des baisses similaires, jusqu’à une exonération totale des droits de douane, attendue pour 2012.

Pourtant, les effets de cette réduction ne se sont pas franchement traduits par des baisses de prix spectaculaires. “Dans pareil cas, les économies récoltées de cette baisse sont souvent partagées entre le constructeur, l’importateur et le client”, explique Adil Bennani. Sur le terrain, les importateurs marocains, plutôt que de sacrifier à des réductions de tarifs, ont préféré se lancer dans une politique de promotions “permanentes” ou de séries spéciales, des compromis qui restent meilleurs pour l’image des marques.

Comme on peut s’y attendre, cette évolution n’arrange pas les importateurs de produits en provenance d’Asie. “Un tel gap entre les taux de droits de douane est aberrant, s’élève un opérateur. Cela revient à être plus royaliste que le roi, en protégeant les produits européens plus que l’UE elle-même”. La solution ? Que le Maroc atténue cette “protection par procuration” en consentant des baisses unilatérales de droits de douane, à moins qu’il signe des accords similaires avec d’autres pays producteurs, éventualité moins réaliste.

Mais baisse de taxes ou pas, le marché poursuit sa mue. Pouvoir d’achat oblige, la préférence des automobilistes pour les citadines est plus que jamais évidente, celles-ci représentant près de 45% des achats de voitures neuves. Les familles plus fortunées craquent davantage pour les 4x4, dont les ventes supplantent désormais, et de loin, celles des berlines familiales.

Quant aux marques de luxe, elles affichent toujours une santé insolente, insensibles aux variations de la conjoncture. Au terme du mois de mai, les ventes des labels du prestige automobile (les Allemands Mercedes, BMW et Audi en tête) ont enregistré une croissance de 54% (1141 immatriculations), bien supérieure à celle du marché. Qui a dit que le Maroc était un pays pauvre ?



Somaca. Logan, et plus si affinités

Le récent déplacement de Carlos Ghosn au Maroc, où il a été reçu par Mohammed VI en personne, n’était pas, on s’en doute, une simple visite de courtoisie. En fait, le patron de l’Alliance Renault-Nissan avait apporté dans ses valises une délégation d’industriels de l’automobile (essentiellement japonais), venus prospecter de possibles investissements au Maroc. Si rien n’a filtré de l’entretien (privé) entre Ghosn et le roi, on sait en revanche que le PDG du constructeur automobile a de nouvelles ambitions pour sa présence industrielle au Maroc. Il y a quelques semaines, Renault Maroc a débuté l’exportation d’exemplaires de Dacia Logan montées à Somaca vers les marchés français et espagnol. D’ici la fin de l’année, les prévisions tablent sur un volume de 5000 véhicules acheminés vers ces deux marchés. Suivront probablement des exportations vers le marché égyptien, favorisées par l’entrée en vigueur de l’accord d’Agadir - instituant une zone de libre-échange réunissant le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie.
Mais le meilleur est à venir. Le projet d’introduction d’un nouveau modèle (voire deux) sur les chaînes de l’usine de montage marocaine est très avancé. Un véhicule qui sera certes destiné au marché intérieur, mais surtout au marchés à l’export. Mieux encore, la nouvelle structure industrielle devrait incorporer des presses d’emboutissage de carrosserie, une première au Maroc ! Et d’après des indiscrétions, les volumes de production prévus devraient changer la dimension industrielle de Somaca.

 
 
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