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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

Affaires. Majidi dans l’œil du cyclone

Mounir Majidi
(DR)

Le secrétaire particulier de Mohammed VI est au centre d’une polémique qui enfle jour après jour : a-t-il réellement usé de sa proximité avec le roi pour s’adjuger, à prix modique, des terres des Habous à Taroudant ? Mohammed VI le lui pardonnera-t-il ? Enquête.


Depuis près d’une semaine, l’information fait les gros titres de la presse quotidienne : Mohamed Mounir Majidi, secrétaire particulier de Mohammed VI et président de Siger, le holding royal, aurait été démis de ses fonctions. Il aurait ainsi été “puni” pour avoir usé de sa
proximité avec le roi pour acquérir, à prix symbolique, des terres appartenant aux Habous dans la région de Taroudant. Quoique rédigées au conditionnel, les informations parues cette semaine font même état d’une éventuelle restructuration du secrétariat particulier de Mohammed VI et le retour en grâce d’éléments bannis par Majidi. “Rien de tout cela n’est encore officiel et Majidi a simplement été mis à l’écart. Ses activités ont été gelées provisoirement”, explique une source proche du cercle royal. Qu’est-ce à dire ? Mystère. D’autant que, fidèle à sa réputation, le principal intéressé (à savoir Majidi) se refuse à tout commentaire, laissant à ses amis le soin de le défendre. “Tout ce qui s’est dit sur cette histoire n’est que pure bêtise. C’est surtout révélateur de la haine et de la mauvaise foi à l’encontre de Mounir Majidi”, s’emporte une source proche et “autorisée”. Soit. Mais Majidi exerce-t-il encore ses fonctions à la tête de Siger et au sein du cabinet royal ? “Il n’y a aucun doute là-dessus”, répond la même source, qui poursuit sur un ton plus calme : “C’est pour autant une fonction comme une autre, qui n’est donc pas éternelle. Si demain elle est occupée par quelqu’un d’autre, le monde ne s’écroulera pas pour autant”. Dans un accès de colère, le roi aurait-il simplement demandé à Majidi de disparaître de la circulation, le temps de prendre une décision définitive ? Tout porte à le croire, d’autant que depuis quelques jours, Majidi est en vacances à l’étranger, probablement aux Etats-Unis. “Il ne rentre que dans une quinzaine de jours”, répond l’un de ses collaborateurs.

Flash-back
La mésaventure de Mounir Majidi commence le samedi 26 mai 2007. Al Ahdat Al Maghribia publie l’information en gros caractères et en Une du journal : “Nouveau scandale foncier, le secrétaire particulier du roi bénéficie d’un terrain à prix symbolique à Taroudant”. On y apprend que Majidi a acquis, en juillet 2005, un terrain de quatre hectares et demi, situé en pleine zone touristique de Taroudant, à seulement 50 DH le mètre carré. “Alors que le prix de référence local est normalement supérieur à 4000 DH”, écrit le quotidien. Pire, la transaction a été effectuée en un temps record, “grâce aux interventions du ministre des Habous et des Affaires islamiques en personne, alors que la loi n’autorise aucune transaction sans appel d’offres préalable”, explique encore le journal. L’affaire, qui a déjà défrayé la chronique dans la région d’Agadir, alimente alors les discussions de salon à Rabat et Casablanca. “C’est un coup d’El Himma, c’est son entourage qui a soufflé l’information”, jurait-on ici et là. Toujours est-il qu’au fil des jours, “l’affaire” prend suffisamment d’ampleur pour que le ministère des Affaires islamiques décide de réagir officiellement. Ahmed Taoufiq se fend alors d’un communiqué qui ne nie pas l’information, mais insiste sur le caractère “tout à fait légal de la transaction”. “Le ministère se base sur l’estimation de la valeur du terrain lorsqu’il s’agit de grandes surfaces. Pour le cas de Taroudant, le ministère a validé la demande d’achat à 50 DH le mètre carré, après avoir consulté le nadir local à propos des prix de terrain actuellement en vigueur dans la région”, pouvait-on lire sur le communiqué de Taoufiq. Mais le dossier n’en est pas clos pour autant. “Majidi a bénéficié de ces terres grâce à son poste influent dans l’appareil d’Etat et en jouant de sa proximité avec le roi”, écrit cet éditorialiste de la place. Episode suivant : certains partis se saisissent de l’affaire. Opportunisme politique ou règlement de comptes, c’est finalement le PJD qui décide de poser une question orale au Parlement, en refusant de citer nommément Mounir Majidi. “Nous exerçons notre rôle de contrôle du gouvernement. Nous exigeons des explications à propos d’une affaire qui intéresse l’opinion publique et qui implique de hauts responsables dans l’Etat. Ce n’est pas nécessaire de citer des noms”, explique Lahcen Daoudi, membre du secrétariat général du PJD. Ahmed Taoufiq ne se fait pas prier pour répondre. Il dit d’abord toute sa tristesse d’avoir été mêlé à cette affaire et apporte une nuance de taille : “Le prix du mètre carré viabilisé dans la région est de 450 DH et non de 4500 DH. Viabiliser un terrain coûte en moyenne 400 DH au mètre carré, ajoutez cela aux 50 DH qui ont été payés et vous vous rendrez compte qu’il n’y a pas lieu de parler de privilège” (lire aussi l’encadré ci-contre). Le ministre s’en sort habilement, mais l’affaire continue de défrayer la chronique. Dans les couloirs du Palais, la tension n’est pas tombée, bien au contraire. Selon des informations recoupées, Majidi aurait été convoqué par Mohammed VI et sévèrement tancé en présence du conseiller royal Mohamed Moâtassim. “Le roi aurait diligenté une enquête en interne et consulté des juristes et des théologiens qui n’auraient relevé aucun vice de forme dans la transaction. En revanche, ils auraient tous signalé que les grands responsables de de l’Etat doivent rester au-dessus de pareilles affaires et ont l’obligation de ne pas toucher aux propriétés des Habous, dont le roi est personnellement responsable selon la religion”, croit savoir un homme d’affaires casablancais, bien introduit dans les milieux officiels. Que se passera-t-il lors du retour de vacances de Mounir Majidi ? Mohammed VI se contentera-t-il d’un énième avertissement à son secrétaire particulier ? Les rivaux de Majidi au sein du cabinet royal sauteront-ils sur l’occasion pour lui asséner le coup de grâce ? Dans tous les cas, l’affaire Majidi risque d’être le désormais traditionnel feuilleton de l’été.



Zoom. Le prix de la discorde

Une grande partie de la presse (dont TelQuel) a rapporté que la valeur réelle du terrain acquis par Mounir Majidi à Taroudant était de 4500 DH le mètre carré, soit 90 fois le prix payé par le secrétaire particulier du roi. Après une seconde vérification, ce montant paraît exagéré. “Un hectare se négocie à Taroudant entre 300 et 1000 DH le mètre carré, s’il se trouve à l’intérieur des remparts. Pour qu’il soit vendu à 4500 DH, il devrait y avoir du pétrole ou un monument historique”, ironise cet expert immobilier basé à Marrakech. Même son de cloche chez ce militant associatif à Taroudant : “J’ai récemment acheté un terrain à 700 DH le mètre carré dans un lotissement entièrement viabilisé. Les terrains les plus chers se trouvent à l’intérieur des remparts et dépassent rarement les 1500 DH le mètre carré”, explique-t-il. Le terrain acquis par Majidi se trouve, lui, à l’extérieur des anciennes murailles de la ville. Il a été acquis en 2005 et, selon notre expert immobilier, “les terrains de l’époque se négociaient entre 300 et 500 DH”. Cela fait que Majidi l’a quand même payé neuf fois moins cher que la normale et sans passer par un appel d’offres. Notre expert immobilier apporte enfin une nuance de taille : “Reste à savoir ce que les autorités ont décidé de faire de cette partie de la ville. Si leurs plans d’aménagement y autorisent la construction d’un hôtel de dix étages par exemple, cela change totalement la donne”.

 
 
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