|
Par Nadia Lamlili
Politique. Les imams interdits de Parlement
|
Désormais, les imams
devront choisir entre la
mosquée et le Parlement.
(AFP)
|
Les imams doivent sabstenir de faire de la politique, au risque de perdre leurs fonctions. Une décision ministérielle trace les lignes rouges de leur participation aux prochaines élections.
La question se posait avec acuité dans le microcosme politico-religieux : Un imam peut-il se présenter aux élections, tout en continuant à exercer sa fonction ? Le ministère des Habous et des Affaires islamiques a tranché. Il vient dappeler tout son personnel dans les mosquées, |
|
particulièrement les prêcheurs, à garder la neutralité dans la course électorale. La consigne est claire : ne pas utiliser les mosquées pour la propagande personnelle ou pour autrui. Les imams tenant quand même à se présenter en tant que candidats doivent cependant demander une suspension temporaire de leurs postes, sans quoi ils risquent dêtre purement et simplement démis de leurs fonctions.
Selon les responsables du ministère, cette mesure na rien dinédit, puisquelle est prise à la veille de chaque échéance électorale. Objectif : préserver les lieux de culte de toute surenchère politicienne, qui pourrait porter atteinte à légalité de tous devant la religion. Comme tout Marocain, limam peut avoir des convictions politiques, mais il lui est interdit dutiliser la mosquée pour en faire la propagande. Autrement, tous les dépassements (lui) seraient possibles, explique un directeur au sein du département dAhmed Taoufiq. On peut imaginer en effet la cacophonie que pourrait occasionner une éventuelle joute oratoire entre imams socialistes, istiqlaliens ou pjdistes, par prêches interposés
Il ne manquerait plus quun organisme de régulation religieuse à limage de la Haca pour réglementer les passages à lantenne des mosquées !, ironise notre source.
Il reste que la décision ministérielle intervient quelques semaines après lannonce faite par Abdelabari Zemzami, limam de la mosquée Al Hamra, à Casablanca, de son intention de se porter candidat dans la circonscription dAnfa, sous la bannière du Parti de la renaissance et de la vertu (PRV) de Mohamed Khalidi, un ancien du PJD. Surprise, lhomme estime que la décision ministérielle est sage et légitime. Le prophète avait interdit lexploitation de la mosquée pour la publicité personnelle ou le commerce, argumente Zemzami, pourtant connu pour ses fatwas incendiaires. Limam ne sétait jamais présenté aux élections avant 2007. En 2002, à lépoque où il était encore dans les rangs du PJD, il avait bien émis le vu de se porter candidat. Mais quelques mois avant les élections, on lui a interdit le prêche du vendredi. Cest peut-être cela qui la dissuadé de se présenter aux élections, confie cette source proche de Zemzami.
Imam ou député, il faut choisir
Bien avant Zemzami, des imams se sont cassé les dents en voulant cumuler casquette de député et burnous de prêcheur. Le cas le plus emblématique reste celui de lIstiqlalien Ahmed Mokadem, député de Tétouan durant la précédente législature, contraint dabandonner sa fonction dimam sous la pression de Abdelkébir Alaoui Mdaghri, alors ministre des Habous et des Affaires Islamiques. Les gestionnaires de la chose religieuse se sont rendu compte que le député faisait sa propre campagne dans la mosquée où il officiait, raconte une source istiqlalienne. Ce rappel à lordre sest passé à travers un arrangement oral, une sorte daccord tacite entre limam et le Makhzen, raconte un parlementaire. Et depuis quil a quitté le Parlement en 2002, limam déchu narrive plus à percer au niveau politique.
Un autre cas a aussi fait beaucoup de bruit dans lenceinte parlementaire, celui de Abdessamad Merdas, élu à Casablanca en 2002, sous les couleurs du parti de la Choura et de lIstiqlal. Son histoire reste cependant différente de celle de son confrère istiqlalien. Avant dintégrer le Parlement, lhomme avait décidé de son propre chef dabandonner sa fonction dimam. Mais son passé de prêcheur radical a fini par le rattraper. Deux ans après son élection, il se faisait éjecter de son fauteuil de parlementaire sur décision du Conseil constitutionnel. À cause dun banal recours électoral ou, comme il le prétend, pour ses opinions (au Parlement, il a notamment voté contre la loi sur le terrorisme) ? Les autorités ont poussé certains partis à déposer un recours contre moi au Conseil Constitutionnel. Jai été le seul député invalidé alors que dans de pareils recours, tous les sièges de la circonscription doivent être soumis à de nouvelles élections, se défend celui qui croit toujours que ses détracteurs ont exploité son passé dimam pour le détruire.
Restez neutres, sinon
Mieux vaut prévenir que guérir. Cest la règle que suit le ministère depuis ces incidents. Dans le nouveau guide écrit pour les imams et les morchidate, ces derniers sont astreints à la neutralité dans lexercice de leurs fonctions, y compris dans le champ politique. Mais cette pratique, qui relève plus de lusage, restera insuffisante, tant quelle nest pas formalisée par une loi, précise Ahmed Jazouli, politologue. Pour ce dernier, la philosophie des restrictions ministérielles est défendable, car un imam aura plus de facilités à se faire élire vu le capital de sympathie dont il bénéficie auprès de la population. Seulement, la démarche nest pas démocratique, puisque léligibilité est un droit constitutionnel. On ne peut limiter les droits dune personne quà travers une loi votée au Parlement, argumente Jazouli.
Mais une telle éventualité présente un inconvénient de taille : il semble difficile pour lEtat de rallonger la liste des corps frappés dinterdiction en matière électorale, à limage des agents dautorité et de larmée. Ajouter les imams à cette liste rouge ne ferait quéveiller les susceptibilités dans le monde des droits de lhomme, surtout que certaines catégories y sont injustement incluses, à limage des agents depolice, qui peuvent voter dans dautres pays.
Sur un registre symbolique, léligibilité des imams pose un problème politique. Dans le système marocain, la politique et la religion ne se rejoignent que chez le roi, à la fois chef dEtat et Commandeur des croyants. Permettre aux imams de tenter laventure politique, tout en conservant leur fonction religieuse, savère dangereux. Le religieux sera dans ce cas au service du politique, explique lislamologue Saïd Lakhal. Le danger de cette confusion des rôles est que limam politicien sera perçu comme le citoyen modèle aux yeux des électeurs. Derrière la bataille politique, se profilera alors une guerre religieuse. Mais lélément le plus dangereux se manifeste quand ces imams accèdent au Parlement, analyse Lakhal. Car ils risquent dexaminer les lois du point de vue du halal et du haram, et non en fonction de lintérêt collectif.
Même sil démissionne de son poste, un imam bénéficie toujours dun capital de sympathie auprès des gens. Prêche ou pas, il garde létiquette du bon musulman qui veut servir lintérêt général. Mais qui peut faire face à cette image ? Ce qui est visé par la décision ministérielle, cest linterdiction de lutilisation de la mosquée en tant que lieu de propagande. En dehors, limam peut faire ce quil veut. Enfin presque
. |
 |
Propagande. Chassez lintrus...
Il y a quelques semaines, le PJD a annoncé son intention de ne pas présenter dimams en fonction aux prochaines élections. Le geste, qui peut être assimilé à une première louable, relève en réalité de la pure propagande. Le parti islamiste avait déjà présenté des imams dans les élections précédentes, comme Amine Boukhoubza et Abdellah Chbabou. Ces derniers avaient certes abandonné leurs prêches
mais seulement le temps des élections. Conclusion : en agissant ainsi, le PJD navait pour objectif que déluder les accusations (par les partis rivaux) dexploitation des mosquées à des fins politiques. Il est dailleurs intéressant de noter que même sils désertent les minbars, ces députés pjdistes continuent à prêcher, mais de manière implicite. Dailleurs, ils ne comprennent pas, comme nous lexplique lun deux, que lEtat veuille séparer la religion de la politique, alors que les deux ont toujours été un ensemble indivisible dans lhistoire de lIslam. Cest ce quon appelle un dialogue de sourds. |
|
|