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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

États-Unis. Hillary, la prétendante

Hillary Clinton part favorite
pour l’investiture du Parti
démocrate aux prochaines
élections présidentielles.
(AFP)

Deux biographies retracent le parcours de l’ex “first lady”, à l’heure où les sondages la placent en tête des candidats pour les primaires démocrates. Son ambition : créer une nouvelle dynastie présidentielle.


Qui est Hillary Clinton ? C’est à cette question, doublée d’une énigme politique, que deux nouveaux livres, parus quasi simultanément aux Etats-Unis, ambitionnent de répondre. Rarement, une figure politique américaine a suscité autant de curiosité, donné autant de fil à retordre aux journalistes et autres biographes, qui suivent sa carrière depuis
qu’elle n’était que la femme du gouverneur de l’Arkansas. C’est que l’actuelle candidate démocrate la mieux placée pour les présidentielles de 2008 maîtrise son image jusqu’à la manie et joue de son ex-président de mari comme d’un actif politique.

Soigner l’image
Une anecdote parmi d’autres, rapportée dans le livre de Carl Bernstein, A Woman in Charge : The Life of Hillary Rodham Clinton (Une femme au pouvoir : la vie de Hillary Rodham Clinton) confirme cette maîtrise de l’image. La sénatrice de New York a joué de son nom de jeune fille au gré du moment politique. Lorsqu’elle épouse Bill Clinton, elle garde son nom de jeune fille, Rodham, en faisant “une question de principe”. Sept ans plus tard, lorsqu’elle accompagne son mari, en campagne dans l’Arkansas, elle se présente officiellement comme Madame Clinton. Et lorsque son époux devient président des Etats-Unis, elle devient Hillary Rodham Clinton. Aujourd’hui qu’elle vole de ses propres ailes, elle semble vouloir abandonner son nom de jeune fille : ses supports de campagne sont désormais estampillés d’un simple “Hillary Clinton”.

Ces hésitations jalonnent le parcours de Hillary. L’avocate d’affaires diplômée de Yale n’a eu cesse de préparer le coup d’après, et de se protéger, notamment de la presse et des casseroles que traînait son mari. Les médias avait loué sa solidité devant l’étalage des infidélités de Bill, lors des affaires Paula Jones et Monica Lewinsky. En fait, ses déboires conjugaux semblent indissociables de sa carrière politique. Bernstein rapporte ainsi que Bill Clinton lui avait proposé, dès 1989, le divorce pour se marier avec une autre. Hillary aurait refusé, confiant “qu’il y a pire que les infidélités”. À l’époque, elle veut préserver leur fille Chelsea, et surtout – diront les mauvaises langues – son avenir politique.

Jeff Gerth et Don Van Natta, journalistes au New York Times et auteurs de Her Way : The Hopes and Ambitions of Hillary Rodham Clinton (à sa manière : les espoirs et les ambitions de Hillary Rodham Clinton) soutiennent qu’une alliance politique a été scellée entre les deux époux, avant même leur mariage. “Un pacte secret d’ambition”, destiné à refonder le Parti démocrate et à gagner la Maison Blanche. Un projet de vingt ans, qui aurait été réactivé en 1992 : Hillary succéderait à son mari après deux mandats. Aujourd’hui, le poids de Bill Clinton continue de peser sur la carrière de l’ex-First Lady. Elle a bien été élue sénatrice de l’Etat de New York et a été la première à annoncer sa candidature pour les présidentielles de 2008, dès le mois de janvier dernier. Son comité de soutien et les liens qu’elle a tissés pendant des années portent leurs fruits : depuis le début de l’année, elle a levé plus de 25 millions de dollars de fonds pour la campagne.

Sur le gril
Le livre de Carl Bernstein, proche des Clinton, couvre toute la période allant de l’enfance de Hillary dans le Michigan aux années de la Maison Blanche (1993-2001). À l’annonce de sa publication, l’équipe de campagne de la candidate Clinton était sur le pied de guerre. Il faut dire que son auteur, tombeur avec Bob Woodward de Nixon pour leur couverture du Watergate, a une réputation de franc-tireur. Au final, peu de révélations fracassantes, mais un recensement méticuleux des évènements les plus marquants de cette période. L’ancien journaliste du Washington Post est sévère avec l’ex-Première Dame : “À l’exception notable de l'insouciance libidineuse de son mari, les erreurs les plus stratégiques et les plus tactiques de la présidence Clinton, particulièrement à ses débuts, portent la marque de Hillary”. Il en donne comme exemple la réforme de l’assurance-maladie, “bâclée” par Hillary, alors qu’elle en avait fait un cheval de bataille pendant la présidence de son mari. Bernstein cite un proche collaborateur, chargé des relations avec la presse : “C’est l’une des personnes les plus arrogantes que j’aie jamais connues. C’est son plus grand défaut, et c’est ce qui a tué la réforme de l’assurance-maladie”.

Les journalistes du Times, quant à eux, préfèrent insister sur un autre point noir dans la carrière politique de Mme Clinton : son soutien à la guerre en Irak dès 2002. Hillary Clinton agitait alors la menace du programme nucléaire de Saddam Hussein et son soutien à Al Qaïda, pour justifier son vote. Aujourd’hui, elle rejette la responsabilité sur George W. Bush, coupable de désinformation. Gerth et Van Natta, qui ont eu accès au rapport confidentiel de 90 pages mis à la disposition des sénateurs, montrent que Hillary s’était contentée d’un résumé orienté par l’administration. Vingt-trois de ses collègues, qui ont pris la peine de s’informer en détail sur la question des armes de destruction massive, ont voté contre la guerre. Les journalistes expliquent que Hillary Clinton a voulu se donner une image de “dure”, après avoir longtemps été présentée par ses adversaires républicains comme une gauchiste. Elle aurait également été influencée sur ce point par son mari qui, en 1998, avait lancé une série de bombardements en Irak contre des installations militaires supposées.

À première vue, son recentrage est gagnant. En soutenant une guerre, alors populaire, Hillary Clinton a amélioré ses scores dans l’Amérique profonde. Elle a d’ailleurs toujours été favorable à la peine de mort et se dit favorable à une restriction de l’avortement à l’heure où une Cour suprême conservatrice semble décidée à revenir sur la célèbre jurisprudence Roe vs Wade, encore considérée comme l’une des conquêtes politiques majeures de la génération du Baby boom. Méthodiste pratiquante, elle ne cache pas sa foi, et d’après Bernstein, elle aurait même fréquenté gourous et autres pasteurs new age. Paradoxalement, la base du Parti démocrate lui maintient son soutien, en partie par nostalgie de l’époque Clinton. Elle la place aujourd’hui devant tous les autres candidats démocrates à l’investiture pour 2008. D’ici là, les électeurs américains se demanderont certainement s’ils veulent propulser une nouvelle dynastie au sommet de l’Etat, après avoir choisi des Bush comme 41ème et 43ème présidents des Etats-Unis.



Challenger. Le rival Obama

Le principal obstacle à l’accession de Hillary Clinton à l’investiture démocrate pourrait bien être le jeune sénateur de l’Illinois, Barack Obama. Encore inconnu du grand public avant son élection éclatante au Sénat fin 2004, Obama est un condensé du rêve américain : fils d’une mère originaire du Kansas et d’un économiste kenyan, venu étudier aux Etats-Unis grâce à une bourse, il porte les espoirs de rassemblement. Aujourd’hui, c’est le seul candidat sérieux aux présidentielles à s’être opposé dès le début à la guerre en Irak. En pleins préparatifs pour l’invasion, il avait eu ces mots : “Je ne suis pas contre toutes les guerres, je suis seulement contre les guerres idiotes”. Certains Républicains raillent alors son deuxième prénom (Hussein), mais ils n’arrivent pas aujourd’hui à enrayer sa popularité. En fait, beaucoup respectent en lui l’homme de principes, le pragmatique qui a renoncé à une carrière d’avocat d’affaires à sa sortie de Harvard, pour s’intéresser aux cas des droits civiques. Le New Yorker, qui lui consacrait un essai, en mai dernier, l’a titré “le conciliateur”. Mais est-ce assez pour compenser son jeune âge et faire de lui le premier président afro-américain ?

 
 
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