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N° 280
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri
(correspondant en France)

France. La dream team de Sarkozy

Le gouvernement Fillon 2
au grand complet.
(AFP)

Des femmes issues de l’immigration, des transfuges de la gauche, des ambitieux, des aigris et même… un entraîneur de rugby. Le gouvernement Fillon 2 est décidément atypique.


Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce retournement de tendance était inattendu. Bien sûr, la droite a gagné. Elle est majoritaire à l’Assemblée, mais la vague bleue a été beaucoup moins importante que prévu. La faute à qui ? A l’arrogance de la droite et à l’instinct de survie de la gauche. Officiellement, le coupable, c’est Jean-Louis Borloo qui a admis dans l’entre-deux tours qu’une hausse de la TVA
était une hypothèse de travail. Les socialistes se sont jetés sur la brèche. Il ne faut pas oublier les attaques répétées de François Fillon contre une gauche moribonde. Celui qui s’est trop vite vu trop beau a réveillé les socialistes. Ajoutez à cela le désaveu des électeurs centristes pour l’UMP et la symbolique de la défaite d’Alain Juppé, et vous obtenez ce soudain rééquilibrage politique, salutaire pour le pays.

Dès le 19 juin, Nicolas Sarkozy retrouvait néanmoins un peu de son état de grâce. Avec le gouvernement Fillon 2, atypique, le chef de l’Etat a confirmé ses qualités d’habile tacticien et de fin stratège. Le nouveau cabinet continue de cultiver les vertus de l’ouverture, de la diversité et de la parité, tant prônées par le président français.

Place à la diversité
La principale nouveauté est le transfert de Jean-Louis Borloo du ministère de l’Economie à celui de l’Ecologie, en remplacement de Juppé. Une divine surprise pour le Medef, qui se voit ainsi débarrassé de sa bête noire. Les patrons français se frottent les mains de voir arriver aux Finances Christine Lagarde, une néolibérale pur jus.

Une douzaine de sous-secrétaires d’Etat font aussi leur entrée. Sarkozy a continué son opération de dépeçage de la gauche, sans avoir à forcer son talent. Après Bernard Kouchner, Jean-Pierre Jouyet, Eric Besson et Martin Hirsch, c’est au tour de Jean-Marie Bockel et Fadela Amara de rejoindre les rangs du gouvernement. Que ces personnalités aient trouvé plus d’écoute et de considération dans leur famille politique d’accueil est une véritable gifle pour la gauche.

Dans ce cabinet de 32 membres, Sarkozy applique ce qu’il a promis. Il donne de la visibilité à la “diversité”, en plaçant à des postes-clés trois personnes issues de l’immigration : Rama Yade, Rachida Dati et Fadela Amara. Sénégalaise de naissance, Rama Yade, 30 ans, a été nommée secrétaire d’Etat chargée des droits de l’homme. Rachida Dati, 41 ans, d’origine maroco-algérienne, a été reconduite dans ses fonctions de ministre de la Justice. Quant à Fadela Amara, la présidente de Ni putes ni soumises, elle va former un étonnant duo avec Christine Boutin, comme secrétaire d’Etat à la ville. Un continent sépare la féministe de gauche, avocate de la mixité et la laïcité, et la fervente catholique, opposée au Pacs et à l’IVG. Mais ne dit-on pas que les opposés s’attirent ?

Risque de “catastrophe”
Il existerait pourtant un “risque de catastrophe”, d’après l’hebdomadaire Marianne. Fadela Amara “est en butte, dans les cités, à des attaques violentes et souvent ignobles, relayées par l’extrême gauche, qui visent à la présenter comme (…) un instrument aux mains du ‘pouvoir blanc néocolonial’. Or, il est évident que son intégration au pouvoir sarkozyste va résonner, dans les mêmes cités, comme une justification de cette diabolisation, écrit François Darras. Le danger ? Que cela décrédibilise SOS Racisme et laisse le terrain libre aux islamistes et aux Indigènes de la République”.

La question qui se pose finalement est celle de savoir si cette dream team ne sera qu’une baudruche médiatique, qui pourrait se dégonfler avant l’hiver. Beaucoup parmi les nouveaux ministres sont inexpérimentés et ne représentent aucun courant politique. Leurs tâtonnements seront peut-être masqués par l’énergie débordante et l’ubiquité d’un “hyper-président”, mais jusqu’à quand ? Auréolé de son succès, Sarkozy veut croire que tout lui réussit. Wait and see…

 
 
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