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Par Alexia Colette
Musique.
Leffet Aïcha Kandisha
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Les membres de la formation Aïcha
Kandishas Jarring Effect.
(DR)
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Bien avant qu'elle ne devienne hype, Youssef El Mejjad et Pat Jabbar ont tâté de la fusion, via leurs groupes Aïcha Kandisha's Jarring Effect et Amira Saqati. Retour sur une l'histoire d'un duo musicalement déjanté.
Prenez quelques notes de chaâbi, mélangez-les à des rythmes gnaoua, ajoutez une pincée de raï et quelques touffes de reggae et de trip hop, touillez le tout dans une marmite de samples électro
et vous obtenez ce cocktail explosif qu'est Aïcha Kandisha's Jarring Effect (L'effet perturbant de Aïcha Kandisha), un groupe de fusion aussi improbable que son patronyme.
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Tout commence en 1989, lorsque Pat Jabbar et Youssef El Mejjad se rencontrent à Marrakech. Né à Hambourg, le premier est un musicien porté sur les machines électroniques, qui a découvert la musique arabe lors d'un séjour en Israël, avant de venir la chercher auprès des musiciens au Maroc. C'est là qu'il fait la connaissance d'El Mejjad, qui n'a encore que 18 ans, mais aussi du talent à revendre et un goût prononcé pour l'éclectisme : cet ex-pensionnaire du Conservatoire de Marrakech joue aussi bien du violon que de l'accordéon, de la guitare que de la derbouka ou du piano. Avec son premier groupe, l'Orchestre d'or, le jeune musicien écumait déjà cabarets, restaurants et autres fêtes de mariages.
La baraque du boulanger
La rencontre des deux artistes enfantera le groupe Aïcha Kandisha's Jarring Effect, ainsi qu'un label au nom tout aussi curieux : Barraka El Farnatshi (littéralement la baraque du four). Un premier enregistrement est réalisé à Casablanca, avant de partir en Suisse pour être remixé à la sauce électro par les soins de Pat Jabbar. La touche finale est apportée par le célébrissime producteur américain Bill Laswell dans son studio à Brooklyn.
Et le succès ne se fait pas attendre. Commercialisé en Europe et aux Etats-Unis, le premier album, El Buya, se vend à plus de 80 000 exemplaires. Le public apprécie, la presse aussi. Les performances du groupe ont assez de force centrifugeuse pour tirer leurs composantes disparates sur une orbite enivrante, commente poétiquement le critique du Washington Post.
Arrive ensuite la grande tournée européenne en 1993. Entre deux concerts, les deux compères décident de fonder un deuxième groupe, Amira Saqati
sans pour autant prononcer la mort de AKJE. Depuis, une dizaine d'albums ont été édités et les créations du groupe ont trouvé place sur plus d'une vingtaine de compilations.
Comme pour Aïcha Kandisha, Amira Saqati mélange assidûment aux vibrations électro les résonances d'une foule d'instruments (derbouka, guembri, bendir, kamanja
), et des influences tout aussi bigarrées. Cette expérimentation renouvelée est probablement l'unique constante dans les sonorités d'Amira Saqati et AKJE, tant leur musique est une invitation à des combinaisons inattendues de fusion musicale.
Éclectisme et originalité
Surtout, chaque opus est le résultat d'un processus d'écriture spécifique. Ainsi, sur Destination Halal (2005), enregistré pendant le ramadan, tout est profondément empreint de spiritualité, note Youssef. Al Bahr (1998) rend hommage à la mer et à ses forces infinies et mystérieuses, avec une pulsation vibrante tout au long de l'album, en écho aux fonds marins. Quant à Imane (2006), il est construit sur un beat tribe, agrémenté de guitares flamenco et de grosses distorsions. C'est Jamal Farraki, un jeune professeur du Conservatoire de musique de Marrakech, qui joue de la guitare acoustique sur ce morceau.Car les musiciens d'autres horizons, fusion oblige, sont toujours les bienvenus, comme le poète dub jamaïcain Benjamin Zephaniah, ou le duo Illicite et Opium de Saint-Louis qui déposent sur le titre Felestin leur flow énervé.
Après le dernier album d'Amira Saqati, sorti en 2006, le contrôle renforcé aux frontières a mis un sérieux coup de frein à la carrière de Cheb Youssef, comme le vivent de nombreux artistes du monde arabe, précise-t-il. Mais s'il consacre moins de temps à ses instruments, c'est aussi parce qu'il se tourne désormais vers la production. Il vient de monter un studio d'enregistrement à Marrakech. Et quand ce n'est pas Will Smith qui passe à l'improviste y enregistrer de la musique gnaoua, ou les Marseillais d'IAM qui viennent lui rendre visite, le maître de céans se consacre plus sérieusement à de nouveaux talents locaux. Car El Mejjad reste toujours habité par l'esprit de Aïcha Kandisha
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