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Moulay Hafid Elalamy. "Une CGEM efficace, pas starlette"
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Propos recueillis par
Fahd Iraqi

Interview.
Moulay Hafid Elalamy. “Une CGEM efficace, pas starlette”

Moulay Hafid Elalamy.
(DR)

Celui qui a été candidat unique pour la présidence de la CGEM vient de souffler sa première bougie en tant que patron des patrons. L’occasion de dresser avec lui un premier bilan d’étape.


Quelles ont été les plus importantes réalisations de la CGEM au cours de cette première année de mandat pour le nouveau bureau ?
À mon sens, la plus importante est la recrédibilisation de la CGEM, aussi bien au niveau de nos interlocuteurs publics et en particulier le gouvernement, qu’au niveau de nos partenaires internationaux. Nous avons déployé tous nos efforts pour donner un maximum de services à
nos adhérents. Nous avons présenté lors de notre assemblée générale le dispositif qui a été mis en place et les nouveaux services proposés par la Confédération. Il est important de souligner aussi la nouvelle relation avec les partis politiques, qui valident enfin avec la CGEM leurs programmes économiques. Désormais, les partis qui seront au pouvoir rendront des comptes sur leurs engagements. En somme, la CGEM joue pleinement sa partition dans le concert économique marocain, même s’il reste beaucoup à faire.

Que pensez-vous, justement, des programmes économiques annoncés par les différents partis politiques ?
Nous ne les avons pas tous découverts, mais une impression générale de professionnalisation semble se profiler. Elle reste à confirmer.

On assiste à une vague de recrutement d’hommes d’affaires par les partis politiques. Comment voyez-vous ce nouveau phénomène ?
Le patronat ne peut que s’en féliciter. Nous aurons face à nous, au sein des partis et au gouvernement, des personnes qui parlent le même langage. Cela facilite indéniablement le dialogue et nous avancerons ainsi plus vite. De plus, il n’y avait jusque-là aucun canal structuré de transmission entre la CGEM et le Parlement. Une fois les projets de loi soumis au vote, le patronat n’avait aucune chance de peser dans la balance et de faire entendre sa voix. L’arrivée de chefs d’entreprise au Parlement pourrait permettre d’améliorer les choses.

L’un des projets de la CGEM, qui n’a pas encore atterri au Parlement, concerne des amendements au Code du travail. Ces propositions ont-elles été élaborées en concertation avec tous les partenaires sociaux ?
Les amendements proposés ont été élaborés par la Commission emploi de la Confédération, qui regroupe des professionnels en la matière. Les amendements ont été discutés et soumis au ministère de l’Emploi.

La CGEM a pris en charge la refonte des Contrats spéciaux de formation (CSF). Où en êtes-vous à ce sujet ?
Un travail remarquable a été réalisé par la Commission formation de la CGEM et validé par nos principales instances, le conseil national de l’entreprise et le Conseil d’administration. Compte tenu de l’importance que revêt la formation professionnelle et en particulier les CSF, nous avons sollicité une rencontre au plus haut niveau gouvernemental. Une réunion de plus de trois heures avec le premier ministre et les différents départements concernés nous a permis d’exposer la problématique et d’obtenir gain de cause. La CGEM et l’OFPPT ont été chargés de remettre en vigueur ces contrats, d’étudier une refonte de l’ensemble des dispositifs de formation publique professionnelle et de proposer une démarche stratégique plus ambitieuse. À ce stade, nous en sommes à la sélection des experts qui doivent nous accompagner pour la réalisation de cette étude, qui doit s’étendre sur une durée maximale de six semaines.

La Confédération travaille aussi sur un contrat-programme pour les PME. Quels devraient être ses apports en matière de fiscalité ?
L’objectif est d’accompagner la PME pour que la plus grande majorité sorte de l’informel et s’inscrive dans un environnement normatif, avec à la fois une fiscalité adaptée, de l’ordre de 20% au lieu de 35%, et des avantages d’accompagnement qui lui permettent de faire face à la mondialisation avec un maximum de chances de réussite. Cet accompagnement sera différencié pour la PME innovante, particulièrement prometteuse, et qui s’inscrira dans une internationalisation de ses activités. Le programme se veut très volontariste au niveau des avantages accordés à cette catégorie de PME. Nous sommes dans une phase de négociation avancée avec les ministères concernés et la primature. Nous espérons boucler ce contrat-programme dans les prochaines semaines.

Que fait la Confédération au sujet de la fiscalité ? Votre Livre blanc est-il prêt ?
Nous avons réalisé une étude qui nous a permis de comparer la fiscalité de 133 pays à économie similaire. Les conclusions confirment le besoin d’une réforme fiscale marocaine adaptée à la compétitivité internationale. Le Livre blanc reprendra les recommandations de la CGEM en la matière. Nous le rendrons public le 30 juillet.

Vous avez mis en place un label CGEM. Que devra-t-il impliquer pour les entreprises adhérentes ?
Permettez-moi de préciser que ce label me tient à cœur et ce, tout particulièrement en raison de la mise en valeur des entreprises éthiques, leur offrant une prime à la bonne gouvernance. Le label, pour sa part, répond à une préoccupation essentielle des entreprises : la réduction du temps consommé par les contrôles des différentes administrations : douanes, CNSS et, nous l’espérons, bientôt la Direction des impôts et l’Office des changes. Les entreprises labellisées vont également pouvoir bénéficier d’avantages octroyés par les banques. Une convention dans ce sens a été signée avec le Crédit agricole lors de notre assemblée générale et nous comptons officialiser deux autres conventions dans les prochains jours. Une fois tous les accords signés, nous communiquerons plus amplement sur les avantages du label CGEM.

Combien d’adhérents ont-ils été labellisés ou sont en cours de labellisation jusqu’à présent ?
Nous avons ouvert les inscriptions il y a deux semaines, après qu’ont été sélectionnés les quatre cabinets d’expertise chargés de labelliser les entreprises. Actuellement, il y a huit entreprises adhérentes en cours d’examen pour l’obtention du label, ce qui devrait se faire dans les prochaines semaines.

Quels sont les principaux apports des nouveaux statuts et du règlement intérieur de la Confédération ?
La philosophie de ces réaménagements est simple : l’objet était de rendre l’outil juridique plus souple en matière de gestion, afin de renforcer l’efficacité de l’institution. Nous avons mis l’accent sur le respect des règles des cotisations, avec la possibilité, par exemple, de pouvoir radier les non-payeurs de la CGEM, ou avec la réduction des délais de paiement des cotisations, qui sont passées de 18 à 6 mois. Nous avons aussi souhaité améliorer la représentativité pour les nouveaux adhérents. Seules les entreprises dûment constituées seront acceptées comme membres de la CGEM. Enfin, nous avions à cœur de renforcer la cohésion au sein de la Confédération en faisant jouer leur plein rôle aux Unions régionales et aux Fédérations. Ainsi, et à titre d’exemple, l’acceptation d’un nouvel adhérent nécessitera l’accord préalable du président de l’Union régionale concernée.

La proposition initiale d’imposer des pénalités de retard aux mauvais payeurs des cotisations n’a pas été retenue. Pourquoi ?
C’est un choix des membres du conseil d’administration, qui ont estimé que la gestion des pénalités de retard était trop complexe, et je partage cette analyse. Nous avons préféré en rester au respect strict des délais de paiement, avec, en cas de retard, la suspension automatique de la participation de l’entreprise aux commissions et la suspension des services. Si le règlement n’intervient pas, la procédure de radiation est enclenchée.

Comment allez-vous procéder pour recouvrer les impayés des cotisations, estimés aujourd’hui à 18 millions de dirhams ?
Nous allons, dès la rentrée, procéder aux relances. Cette fois-ci, avec l’adoption par l’assemblée générale des nouveaux statuts, nous avons un argument clair : l’obligation d’appliquer nos statuts, qui stipulent la radiation en cas de non-paiement. Je suis convaincu que nos adhérents s’adapteront très rapidement aux nouvelles règles.

De manière générale, comment la CGEM pourrait consolider son assise financière, réputée fragile ?
La CGEM ne vit que de ses cotisations. Deux solutions sont possibles pour renforcer son assise financière. La première consiste à augmenter le nombre de ses adhérents. Nous y travaillons en rendant la CGEM plus attractive, en renforçant et en multipliant les services aux entreprises. La seconde serait d’augmenter les contributions exceptionnelles en nouant de nouveaux partenariats avec des organismes et des bailleurs de fonds internationaux, ce qui permet de financer des études, des séminaires de formation, etc. C’est ce qui explique d’ailleurs qu’un des premiers recrutements à la CGEM a été notre chargé des partenariats, un poste que nous avons créé. Enfin, la Confédération pourrait faire appel à des donateurs privés, comme ce qui se fait dans d’autres pays. Nous avons pour cela demandé le statut d’utilité publique pour la fondation CGEM, afin que les entreprises soient exonérées fiscalement pour tous leurs dons. Nous avons à ce titre plusieurs promesses en passe de réalisation.

Justement, ce statut d’utilité publique a toujours été refusé par le passé à la fondation CGEM. Comment avez-vous pu le décrocher ?
Nous avons demandé le statut en expliquant les raisons qui le motivent et les besoins financiers de la Confédération.

Au début de l’année, une polémique avait secoué la fédération BTP au sujet de l’octroi à Addoha de terrains de l’Etat. Pourquoi la CGEM n’a-t-elle pas pris position au sujet de cette affaire ?
La CGEM a bien pris position auprès des personnes concernées par le dossier. Nos positions doivent être efficaces et non exclusivement médiatiques, telle est la CGEM que nous voulons : efficace pas starlette !
Pour finir, quelles sont les plus importants chantiers de la CGEM pour l’année
prochaine ?

L’efficacité de ses commissions, la fiscalité, le Code du travail et bien d’autres dossiers que nous nous ferons un plaisir de présenter aux médias dès leur maturité.



Commissions. La méthode Elalamy

Les observateurs ont pu le constater. L’assemblée générale de la CGEM, tenue le 28 juin dernier, a été caractérisée par un consensus général. Pratiquement ce même consensus qui a porté, il y a un an, Moulay Hafid Elalamy à la tête de la Confédération. Au bout d’une première année en fonction, il faut reconnaître que le nouveau patron des patrons s’est affranchi de cette image de “candidat unique imposé par le Palais”, pour s’habiller de celle d’un homme d’affaires qui se consacre à la défense des intérêts de ses pairs. Cohérent dans sa démarche, il a su rassembler autour de lui tous les grands groupes qui boudaient l’équipe Chami. Mieux encore, il va jusqu’à les responsabiliser au sein du conseil d’administration ou à la tête de commissions. Constituant l’ossature de la Confédération, ces commissions sont la force d’analyse et de proposition du patronat sur les différents domaines, allant de l’emploi à la fiscalité, en passant par l’environnement et la corruption. Certaines de ces commissions ont été très dynamiques au cours de ce dernier exercice. D’autres, en revanche, se sont illustrées par leur discrétion. La raison ? Les présidents de commissions ne s’impliquent pas avec la même intensité. Cette réalité, Moulay Hafid Elalamy est le premier à la reconnaître. «C’est vrai. Mais chaque commission a établi un plan d’action, avec un calendrier de réalisation étalé sur trois ans rendu public. Tous les présidents ont accepté le principe, et c’est un engagement fort. Mais si certaines commissions ne donnent pas satisfaction, nous les réaménagerons». Effectivement, un calendrier précis accompagne les plans d’action de chacune des 14 commissions. Plusieurs actions sont d’ailleurs attendues au cours de ce troisième trimestre. L’heure des comptes devra donc bientôt sonner.

 
 
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