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Par Nadia Lamlili
Politique. Des élections, pour quoi faire ?
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à quoi sert-il délire
des représentants qui
nont quun pouvoir limité ?
(AFP)
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Est-il vraiment utile de voter sous un régime de monarchie exécutive, où les élus nont quune marge de manuvre symbolique ? Cest, entre autres, la question qua posée le débat organisé par la Fondation Friedrich Ebert.
Je nirai pas voter. Pour élire un gouvernement stérile, je nen vois pas lutilité, sindigne Aziz, un des nombreux internautes qui ont répondu à la question posée par le site web www.maroc-elections.com, au sujet de lutilité du vote dans une monarchie exécutive. Les résultats de ce sondage, qui a reçu plus de 41 000 réponses, ont été |
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exposés la semaine dernière aux partis dans le cadre de deux panels, organisés par la Fondation Fredrich Ebert et le journaliste Driss Ksikes. Les invités étaient appelés à répondre à plusieurs questions, dont lutilité des élections, le pouvoir des partis, leur identité, les alliances... En face deux, des représentants de la société civile, appelés à mettre les politiciens devant leurs contradictions et à ramener les plus démagogues dentre eux vers un discours plus terre-à-terre.
La première question, concernant les pouvoirs du roi, a définitivement déchaîné les passions du côté des internautes sondés, donnant lieu à plus dune centaine de commentaires, entre défenseurs et opposants de la monarchie exécutive, et ceux qui prônent un juste milieu.
Pour autant, les positions ne sont pas si tranchées. Les réponses sont assez mitigées. Elles peuvent être classées en catégories, mais certainement pas en fonction des pour et des contre, insistent les concepteurs du site.
Létendue des pouvoirs royaux a ainsi de nombreux détracteurs, comme cet internaute qui pense quaujourdhui au Maroc, on na dautre choix que dapplaudir les initiatives du roi, même si on nest pas daccord (
), ce qui est une insulte à lintelligence du citoyen marocain. Walid renchérit : Le drame du Makhzen, cest quil ne peut prétendre à aucune légitimité démocratique (
). En plus, il est aussi généreux avec ses serviteurs zélés que terriblement rancunier avec ses opposants et supposés ennemis. Je voudrais que lon mexplique le sens des élections dans un tel régime.
Mais la monarchie exécutive a aussi ses défenseurs, à limage de Souhaïl : Entre mon roi et moi existe un lien sacré, la Beya. Via ce contrat, je désigne le roi comme étant mon seul représentant, législatif, judiciaire et exécutif et je suis contre toute réforme constitutionnelle qui vise la limitation de ses pouvoirs.
Le juste milieu ? Il est prôné par les ni soumis ni rebelles, comme cet internaute qui pense que la monarchie constitue un tout petit frein. Jirai voter pour essayer de mettre les bonnes personnes au bon endroit.
Jamais sans le roi !
Quen pensent les politiciens ? Sont-ils gênés ou confortés par cette institution royale qui agit de façon transversale, en raison des larges pouvoirs que lui concède larticle 19 de la Constitution marocaine ? Cette question taboue naura pas, on sen doute, de réponses inédites. Mais elle a eu quand même le mérite de pousser les conférenciers au bout de leur logique. À quoi sert le vote, si cest le roi qui règne et gouverne en maître absolu ? Il ny a aucune contradiction entre la monarchie et les partis politiques. Tous les deux doivent avoir un rôle exécutif, souligne Adnane Benchekroun, du Parti de lIstiqlal, aussitôt repris par Mohamed Sassi, du PSU : Vous défendez un système paternaliste du pouvoir. Pour ce dernier, cet ancrage aveugle à la monarchie na pas de sens. Et si demain le roi vous soumet un projet de révision de ses propres pouvoirs, allez-vous vous y opposer, parce que vous tenez tant à ce quil les garde ?, adresse-t-il à lIstiqlalien sur le ton de la provocation. Éclats de rire dans lassistance.
Mais ce qui est important à souligner, cest que la question des pouvoirs du roi a permis de mettre en exergue les rapprochements idéologiques entre les partis. Le PJD (représenté par Mustapha Khalfi) et lIstiqlal sentendent sur le rôle central de la monarchie qui, à leurs yeux, ne peut pas se contenter dun rôle de figurant, vu son rôle social et religieux. Une position somme toute classique, venant de deux partis conservateurs.
Pour lUSFP, la question est plus délicate, vu son passé révolutionnaire. Khalid El Hariry, porte-parole socialiste du jour, avance quil faudrait commencer par réformer lexistant pour arriver à un premier ministre issu de la majorité, un gouvernement cohérent et un Parlement efficace. Lélargissement du champ daction gouvernemental pourrait, dans lesprit des socialistes (qui ne le disent pas ouvertement), réduire les prérogatives royales. Mais le roi reste quand même un acteur incontournable, estime El Hariry.
Les élus ? De simples assistants
Représentant la gauche non-gouvernementale, Mohamed Sassi se montre aussi peu diplomate que catégorique : Il ny a pas de démocratie avec une monarchie exécutive. Sassi est daccord sur la théorie de lamélioration de lexistant prônée par lUSFP, mais il ne se fait pas dillusion. Sa lecture de lhistoire de la participation des partis de gauche au pouvoir le conduit à affirmer que le pouvoir se concentre davantage dans les mains du roi au lieu daller vers le parlementarisme. La gauche a voulu participer au pouvoir pour le changer de lintérieur. Mais les choses se sont passées autrement. Les élections ne servent quà offrir des assistants à linstitution royale, dit-il.
Au final, le champ politique donne une image pour le moins hétérogène. Entre la monarchie qui se donne les pleins droits sous prétexte que le Maroc est en transition, les partis politiques qui dénoncent discrètement lempiétement du roi sur leurs plates-bandes et le citoyen lambda qui démissionne car il ne se retrouve pas dans ce système confus, nous sommes simplement dans un cercle vicieux, constate Abdelali Benamor dAlternatives, guère convaincu par les explications des politiciens invités.
Lécrivain Driss Jaydane Chraïbi a préféré poser la question du point de vue du citoyen lambda. Quand on est marocain, vers qui peut-on se tourner ?. La réponse est sans équivoque : Dans lesprit des citoyens, explique lécrivain, Mohammed VI donne limage du chef providentiel, qui amène le changement et qui décide dans des volets concrets de la vie de tous les jours, contrairement aux politiques. Le piège est que si on affirme que les partis ne sont pas qualifiés, on accepte automatiquement le pouvoir absolu de la monarchie, dixit un internaute. Retour à la case départ. |
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Extraits. Paroles dinternautes
Pourquoi les partis politiques naccèdent pas à un véritable pouvoir de décision ? La faute au système ? Aux élites ? Voici quelques réponses croustillantes, pêchées dans les réponses du sondage du site maroc-elections.com :
Badr : Les attributions des députés ont été limitées et réduites par Hassan II. En bon despote, il naurait pas supporté que la volonté du peuple soit dignement représentée. Il a réduit les parlementaires à des zouaves, tous de blanc vêtus, après avoir pris le soin de les corrompre.
Anonyme : Sans ministères de souveraineté dans les mains du peuple, le pouvoir sera entièrement au Palais. Les élections ne servent à rien.
Ahmed : Je suis daccord pour que nos ministres soient des technocrates embauchés par lEtat pour faire un travail bien tracé, sur la base duquel on peut les juger comme nimporte quel fonctionnaire. Tant pis pour la démocratie et ce que les autres vont dire.
Fatima : Jai peur daller aux urnes. Qui sont ces gens qui vont me représenter ? Ce sont les mêmes têtes depuis des décennies, assis autour de la même table qui tourne. Ils ne pensent pas à lintérêt du peuple, mais à leur propre intérêt. On comprend pourquoi le citoyen marocain est dégoûté de la politique. |
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