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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Partis. Le mercato de l’été

Un meeting de l’USFP,
en présence de nombreuses
nouvelles recrues.
(TNIOUNI / NICHANE)

Branle-bas de combat dans la classe politique : pour se préparer aux élections, les partis mobilisent leurs forces vives et leur réseau relationnel pour recruter adhérents et sympathisants. Tour d’horizon.


À la veille des élections législatives, les partis politiques s’activent pour drainer un maximum d’adhérents. Certes, les stratégies de recrutement diffèrent selon les formations, “mais il y a globalement deux sortes de profils recherchés, nuance le chercheur Mohamed Darif : les militants-électeurs, qui constituent la base du parti, et les notables, qui
sont capables d’engranger un grand nombre de voix”. À ces deux catégories s’ajoute désormais celle des technocrates, bien utile pour concocter et vendre les programmes des partis.

À l’USFP, on affirme volontiers que “les besoins ont évolué et que le parti est en phase d’ouverture”. En d’autres termes, la priorité est à la recherche de compétences spécifiques : des juristes pour les textes de loi et des économistes pour travailler sur le programme économique. Parmi ces nouvelles recrues, Amyn Alami, co-fondateur de Casablanca Finance Group (CFG), “a longtemps manifesté sa sympathie pour le parti avant de l’intégrer de manière officielle”, commente un responsable du parti. Tout comme les autres profils pointus, le banquier d’affaires a été rapidement plongé dans le bain, pour plancher sur le volet économique du programme du parti d’Elyazghi. “La démarche est volontariste. Tout dépend des compétences et du degré d’engagement personnel de chacun”, constate ce responsable de l’USFP. Et de ses origines familiales ? La question mérite d’être posée puisque, récemment, le parti a enregistré l’adhésion de nombreux fils de ses dirigeants. Khalid El Hariry, membre du secrétariat national, tranche : “Ces gens ont certes un nom connu, mais ils ont été recrutés parce qu’ils ont réussi à se faire un prénom. Et s’ils n’étaient pas venus à nous, nous serions allés les chercher”.

Une histoire de famille
À l’Istiqlal, les histoires de famille, on connaît. On se rappelle à juste titre de l’adoubement du trio Douiri, Hjira et Ghellab, descendants de trois cadors du parti, qui avait beaucoup fait jaser au lendemain du parachutage de chacun des trois “mousquetaires” à la tête d’un ministère… comme au sein du parti. Aujourd’hui, la donne a changé, les Istiqlaliens se félicitent, du moins officiellement, de compter dans leurs rangs des profils aussi qualifiés. Les anciens parias sont même mis en avant pour la confection des programmes du parti. Mais ils ne sont pas les seuls. “Nous avons créé des alliances professionnelles, une sorte de structure intermédiaire qui sert de réceptacle de l’élite. Ceci nous a permis d’attirer de nombreux cadres”, note ce responsable du parti, qui poursuit : “Mais ils se sont présentés pour intégrer le parti de leur propre chef”. En parallèle, la formation de Abbas El Fassi bénéficie de nombreuses “amitiés exclusives”, essentiellement des grands patrons, comme Saâd Bendidi (ONA), Driss Benhima (RAM), Mustapha Bakkoury (CDG). “Ces personnalités représentent pour nous une sorte de think-tank. Bien qu’ils n’aient pas de responsabilités directes dans le parti, nous sommes toujours intéressés par leurs opinions”, explique Ahmed Khalil Boucetta, membre du bureau exécutif de l’Istiqlal.

Au PPS, point de complexe : “Honnêtement, il est rare que quelqu’un vienne spontanément frapper à notre porte. La prise de contact se fait généralement par l’entremise du réseau familial”, avoue Amine Sbihi, membre du bureau politique du PPS depuis le dernier congrès. Mais si ce dernier se félicite de la tendance au rajeunissement du PPS, il ne fait pas fi de ses faiblesses. Ce dernier compte en effet peu de chefs d’entreprise, du fait de son éloignement du monde des affaires. “Mais nous avons entrepris une véritable chasse aux chefs d’entreprise depuis peu. Pour attirer ces profils spécifiques, nous communiquons surtout par le bouche-à-oreille”, note ce dirigeant du parti.

Barbe non-exigée
Le PJD, quant à lui, peut s’enorgueillir d’être le parti le plus sélect de la place. Certes, pour intégrer les rangs du parti, le port de la barbe n’est pas exigé. Mais le candidat doit d’abord être parrainé par deux “anciens”, après quoi, des membres du secrétariat régional effectuent une visite sur le terrain pour s’enquérir de sa “probité morale”. Malgré un système qui pourrait paraître contraignant, le tropisme islamiste a ses adeptes, recrutés pour la plupart par des militants. C’est ainsi qu’une centaine de cadres a rejoint les rangs du PJD ces derniers mois. “Parmi eux, on compte beaucoup d’avocats, des directeurs d’agence bancaire, des professeurs, et bien d’autres”, tient à préciser Lahcen Daoudi, membre du conseil national du parti islamiste. Mais aucune star, icône médiatique, politique ou financière, n’a (pour le moment ?) rejoint le PJD lors de ce mercato estival. Daoudi le confirme : “De nombreuses personnes connues soutiennent le parti, sans pour autant oser faire le grand plongeon et le rejoindre de manière officielle”. Conséquence, le parti compte peu de personnalités du monde des affaires et de notables. “Cela est particulièrement visible dans le monde rural, où le PJD n’a que peu de militants, et encore moins de représentants”, analyse cet observateur. “Cependant, nous effectuons des visites fréquentes sur le terrain pour pallier ce manque”, précise Slimane El Omrani, responsable de la commission des affaires organisationnelles du PJD.

Chez les travaillistes, on ne fait pas la fine bouche, quitte à ratisser large. “Tous les profils sont les bienvenus”, assure son dirigeant Abdelkrim Benatik. Ce qui n’empêche pas le parti d’aligner dans ses troupes quelques cadres de haut vol. Parmi eux, Hamad Kessal, ancien patron de la Fédération des petites et moyennes entreprises et actuellement membre du bureau de la CGEM. “C’est un contact personnel et un ami”, signale Benatik. Toujours est-il que Kessal a été désigné pour se présenter aux élections législatives de 2007, après avoir été chargé d’élaborer le programme politique des travaillistes. “Mais pour l’instant, nous sommes toujours dans la phase de communication. Nous passerons à la phase de recrutement et de formation une fois que nous aurons fini de présenter notre projet”, explique Benatik. Autre son de cloche au Mouvement populaire, où la tendance est plutôt à la sobriété. “Nous ne cherchons pas à faire de la publicité ni à recruter à tout va, mais nous accueillons des gens entreprenants qui se présentent d’eux-mêmes”, assure Saïd Ameskane, l’un des dirigeants du parti. Le RNI, lui, a du mal à se débarrasser de son étiquette de parti d’hommes d’affaires. La parade ? Se tourner vers les intellectuels. “À fin mai, nous avons réussi à réunir de nombreux directeurs d’écoles, ainsi qu’un doyen d’université”, confie Haj Ahmed Krafess, un des membres fondateurs du RNI, qui ne cache pas sa joie de voir ses délégués provinciaux rameuter de nouveaux membres pendant les meetings du parti. Des nouveaux peut-être moins riches, mais certainement meilleurs pour la “nouvelle” image.



Recrutement. Passé et présent

“Dans le passé, on pouvait distinguer deux types de partis, d’où découlaient deux stratégies de recrutement”, explique le chercheur Mohamed Darif. Tout d’abord, les partis dits de l’administration qui, comme leur nom l’indique, accueillaient des fonctionnaires, sans forcément être très regardants sur la qualité des profils. Parallèlement, on trouvait d’autres partis dans lesquels le recrutement se faisait surtout sur une base idéologique. Mais ce critère pèse de moins en moins dans la balance depuis 1997, année où Abderrahmane Youssoufi a été nommé à la primature. “Depuis, les partis ont cessé de s’inscrire dans une logique d’opposition, car il leur était désormais possible de goûter aux joies du pouvoir. La logique électorale l’a emporté sur les choix idéologiques”, ajoute Darif. C’est ainsi que de nombreux partis se sont ouverts sur de nouveaux profils tels que les notables et les technocrates, encouragés en cela par l’article 2 de la loi sur les partis du 14 février 2006, qui stipule que les partis se doivent de remettre à niveau leur effectif. Au risque d’y perdre leur âme ?

 
 
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