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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Droits de lhomme.
Mohamed Bougrine. Prisonnier des trois rois
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Prisonnier politique sous Mohammed V et Hassan II, il vient dêtre condamné, à 72 ans, pour slogans attentatoires à la sacralité du roi. Portrait dun personnage.
Comme le dit le proverbe, jamais deux sans trois. Incarcéré plusieurs fois du temps de Mohammed V et de Hassan II, Mohamed Bougrine a depuis quelques semaines l'occasion de goûter à la prison sous le règne de Mohammed VI. Dans la nuit du 25 au 26 juin, le Tribunal de première instance de Béni Mellal a en effet condamné ce militant de 72 ans, membre du Conseil national du Forum vérité et justice, et
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membre fondateur de l'UNFP, la CDT et l'AMDH, à un an de prison ferme pour «atteinte aux sacralités». Bougrine avait été embarqué le 6 juin, quelques heures après avoir participé à un sit-in très critique envers le Pouvoir, en soutien aux manifestants arrêtés le premier mai pour avoir scandé, dixit les PV de police, des slogans antimonarchistes. Aux policiers qui l'interrogent ce jour-là, il répond sans aucune hésitation : Je n'ai jamais scandé de slogans, mais je suis entièrement d'accord avec ceux qui l'ont fait. Le procès-verbal stipule qu'il aurait même déclaré être contre le régime de Mohammed VI. Les déclarations de Mohamed Bougrine n'étonnent pourtant personne dans le milieu des droits de l'homme. L'homme est connu pour son radicalisme depuis une bonne cinquantaine d'années, nous apprend ce militant de gauche. C'est d'ailleurs ce radicalisme qui lui a valu autant de séjours en prison.
Militant jusqu'au bout
Mohamed Bougrine est natif de Tagzirt, dans les environs de Béni Mellal. Une région dont il est, depuis la période du protectorat, le symbole de la lutte contre l'oppression et l'injustice. Il est très estimé et très respecté par beaucoup de gens par ici, et même par les plus jeunes, confirme Ahmed Halmaoui, le représentant de l'AMDH à Béni Mellal. Les premiers faits d'armes de Mohamed Bougrine remontent à la période du protectorat, quand il se joint d'abord à la Main noire, organisation clandestine armée dirigée par un certain Mohamed Zerktouni, puis à l'Armée de libération nationale. En 1960, il a droit à son premier séjour derrière les barreaux. Accusé d'avoir participé à la rébellion menée par un caïd local contre les autorités, il écope de sept ans de prison. En 1973, il est impliqué dans les évènements de Moulay Bouazza, qui avaient pour but de renverser Hassan II avec les armes. Il est alors enlevé sur son lieu de travail, torturé puis condamné à trois ans de réclusion.
Durant les années quatre-vingt, rebelote. Il est arrêté à deux reprises. Mais cette fois, l'ennemi n'est pas le roi, mais l'USFP
dont il fait pourtant partie. D'abord en participant à l'occupation non autorisée des locaux du parti à Fquih Ben Saleh et à Béni Mellal, une manière pour lui de contester la légitimité des instances dirigeantes de la formation socialiste. Verdict : dix-huit mois de prison. En 1983, alors que Abderrahim Bouabid vient de donner son accord pour participer aux élections législatives de la même année, 35 membres de la commission administrative de l'USFP (les futurs fondateurs du PADS), dont font partie Mohamed Bougrine et l'avocat Abderrahmane Benameur, tentent de prendre d'assaut le siège rbati du parti, pour exprimer leur désaccord avec la décision du secrétaire général. Verdict : trois ans de prison ferme.
Près de 24 ans sont passés et Mohamed Bougrine, toujours interdit de passeport depuis les années 70, n'a rien perdu de sa verve militante. Et son âge avancé comme la maladie n'y font rien. En 2000, il avait été frappé d'une hémorragie grave qui a duré près de 13 heures
dont il se remettra. C'est incroyable, souligne ce militant du PADS. Aujourd'hui encore, il est présent à toutes les grandes manifestations que connaît le pays. Et il a encore la capacité de discuter avec vous des heures durant avec une précision stupéfiante. Et il a toujours des convictions aussi radicales. Aux dernières nouvelles, Mohamed Bougrine vient de renoncer à faire appel. |
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