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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdellatif El Azizi

Terrorisme. La chute de Habbouch

Abdelaziz Habbouch serait
impliqué dans les attentats
du 16 mai à Casablanca.
(DR)

L’arrestation de Abdelaziz Habbouch, présenté comme le numéro 3 du GICM, devrait apporter de nouvelles informations sur l’organisation et les liens de la nébuleuse jihadiste marocaine avec Al Qaïda.


Fin mai dernier, la police marocaine réussissait enfin à mettre la main sur Abdelaziz Habbouch, alias Tariq, présenté comme l’une des grosses pointures du Groupe islamique combattant marocain (GICM). Il serait en effet le numéro trois de l’organisation terroriste, suivant dans la hiérarchie, Mohamed El Guerbouzi et Saâd Houssaïni.

Faisant partie des personnes les plus recherchées depuis mai 2003, Habbouch avait réussi, jusqu’à présent, à passer entre les mailles des filets de toutes les polices du monde pour une raison toute simple : l’homme n’a jamais quitté le Maroc depuis cette date, malgré la conviction contraire d’Interpol, qui avait lancé un avis de recherche international, mentionnant son entrée en Afghanistan en 2004. Habbouch fut même donné pour mort dans ce pays en 2005.

Le lieutenant de Saâd Houssaïni a été arrêté grâce à un piège tendu par les services secrets marocains. Des informations fournies dernièrement par leurs homologues espagnols faisaient état de contacts par téléphone entre Habbouch et des salafistes marocains installés en Europe et étroitement surveillés par les services secrets espagnols. Il n’en fallut pas plus pour que, du côté marocain, on cherche le moyen le plus sûr de faire sortir Habbouch de sa tanière. L’appât fut tout trouvé en la personne de Haddaoui Sbaï Idrissi, l’un de ses compagnons d’enfance. L’homme, qui a usé ses fonds de culotte sur les mêmes bancs d’école que Habbouch, a grandi dans le même quartier casablancais de Mzabyine.

Incarcéré le 25 mai dernier, Haddaoui Sbaï Idrissi a fini par livrer de précieuses informations sur son ancien camarade de classe. Une fois n’est pas coutume, le suspect subit un interrogatoire en bonne et due forme, sans être soumis à des méthodes musclées. En parallèle, son téléphone est mis sous écoute. Le troisième jour après son arrestation, une communication téléphonique à partir du quartier casablancais du Maârif permettra de localiser et débusquer l’insaisissable Habbouch.

Théologien en chef
Âgé de 31 ans, Abdelaziz Habbouch, qui travaillait comme réparateur de téléphones à Oulad Haddou, dans la région de Casablanca, est présenté comme le chef de la commission théologique du GICM. Des salafistes le décrivent comme étant un jeune jihadiste à l’intelligence fine.L’homme a fait ses premières armes en Afghanistan aux côtés d’El Guerbouzi, Houssaïni et Tayeb Bentizi, qui avait été condamné à 18 ans de prison au Maroc, au lendemain des attentats de Casablanca pour avoir “distribué des tracts appelant à la rébellion contre l’Etat marocain”. Comme le GICM s’est structuré en 2001 et avait été divisé en commissions, Habbouch aurait hérité de la commission religieuse en compagnie du fameux Noureddine Nafia, alias Abou Mouâad. C’est dans ce sens que les responsables du mouvement se sont d'ailleurs rendus en août 2001 en Afghanistan, où ils auraient prêté allégeance à Oussama Ben Laden et au Mollah Omar.

Redéployés depuis en Europe, les dirigeants du GICM vont se faire oublier jusqu’au 16 mai 2003. Habbouch est ainsi rentré clandestinement au pays en février 2002, en compagnie d’un autre membre important du GICM, le fameux Saâd Houssaïni. Pour préparer les attentats du 16 mai ? C’est du moins la thèse privilégiée par les enquêteurs, qui vont jusqu’à affirmer que les deux hommes avaient été envoyés au Maroc dans cet objectif par Mohamed El Guerbouzi en personne. Habbouch profitera d’ailleurs de ce retour au Maroc pour convoler en justes noces avec la fille d’un autre salafiste, Abdelaziz El Bassari, qu’il avait rencontré en Afghanistan. Lequel Bassari, accusé d’entretenir des relations avec des membres d’Al Qaïda, est arrêté fin 2002 et condamné à la prison à vie, avant que la peine ne soit commuée à 12 ans de prison après un recours en appel.

Le GICM, proche d’Al Qaïda ?
La répression tous azimuts déclenchée par les services marocains après le 16 mai, la mort de Karim Mejjati, l’arrestation de Houssaïni et de Habbouch ont-elles vraiment décapité le GICM ? Le chercheur Mohamed Darif en doute fort : “Ce n’est pas parce qu’on n’entend plus parler du GICM qu’il faut le considérer comme mort et enterré. Pour analyser le silence relatif du GICM, il faut comprendre que cette structure n’est pas indépendante, comme l’étaient l’ex-GSPC algérien ou des groupes comme Ansar Al Islam. Le GICM fait partie d’Al Qaïda. C’est un organe exécutif qui s’occupe essentiellement du Maghreb et accessoirement de l’Europe. Son commandement remonte jusqu’à Ayman Al Zawahiri et Oussama Ben Laden. La dimension internationale de cette entité est d’ailleurs clairement apparue après les attentats du 11 mars à Madrid”.

La thèse est confirmée par l’audition de Saâd Houssaïni, qui vient préciser les informations détenues par les services sur le GICM et ses relais à l’étranger. Le rapport d’enquête a ainsi démontré l’existence de liens entre les fondateurs du GICM et Al Zawahiri et Ben Laden, accréditant l’idée que le GICM a toujours agi en concertation avec le sommet d’Al Qaïda. À l’aide des précieuses informations fournies par Houssaïni, les enquêteurs ont ainsi réussi à mettre à jour les multiples connexions du GICM avec d’autres groupes salafistes, comme le GICL libyen, considéré également comme une officine de Ben Laden au Maghreb. Aujourd’hui, son alliance avec le GSPC pour former Al Qaïda au pays du Maghreb montre qu’il s’agit bien d’une organisation qui fait partie des réseaux islamistes internationaux les plus structurés.

Des confrontations entre Abdelaziz Habbouch et d’autres membres du GICM, notamment Saâd Houssaïni et Abdelaziz Benzine, devraient avoir lieu la semaine prochaine. Elle devraient distiller de nouvelles informations sur le groupe terroriste, mais également sur la franchise maghrébine d’Al Qaïda, organisation qui, visiblement, n’a pas encore livré tous ses secrets.



GICM. La liste des “Wanted”

Les membres les plus en vue du Groupe islamique combattant marocain (GICM) font aujourd’hui l’objet de multiples mandats d’arrêt. À leur tête se trouve Mohamed El Guerbouzi, le chef présumé du groupe terroriste, qui vit actuellement à Londres et dont les autorités marocaines réclament en vain l’extradition. Dans le lot des “Wanted”, on retrouve également Mohamed Douich, alias “Mohamed Berrabeh”. Ce dernier est l’auteur de l’assassinat en 1985, à Nador, de Lahbib Oudaïf, soupçonné par les membres du GICM de les avoir dénoncés à la police.
Ali Bousgheiri, alias “Fellah”, qui a passé quelques années en France, fait, quant à lui, partie des cellules salafistes de Nador et de Berkane. Il s’occupait essentiellement du recrutement et de l’embrigadement au sein du GSPC. Pour ce qui est de Abderrazak Souamh, alias “Tarek”, il a été cité par plusieurs membres des cellules de la Salafiya jihadiya de Nador et de Berkane comme étant l’émir de ces cellules. L’homme aurait quitté le Maroc en 2004 pour une destination inconnue. Enfin, Mohamed Bouanchouchane, alias “Driss”, est considéré comme un dangeureux activiste. Selon les révélations de plusieurs jihadistes arrêtés après le 16 mai 2003, Bouanchouchane s’occupait de recruter aussi bien des jihadistes pour les envoyer en Irak que des activistes censés mettre à feu et à sang le Maroc. L’homme aurait gagné le maquis algérien durant l’été 2004.

 
 
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