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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
(correspondate au Moyen-Orient)

Israël. Le déshonneur de Katzav

Moshé Katzav
(AFP)

Impliqué dans un scandale sexuel, le président israélien, Moshé Katzav, a été contraint de démissionner dans l’opprobre général.


Le Procureur de l’Etat d’Israël, Menahem Mazouz, n’y est pas allé par quatre chemins : l’ancien président israélien, Moshé Katzav, est “un délinquant sexuel multirécidiviste”. “Nous avons rencontré un président et réalisé que nous avions affaire à un homme qui a agi pendant des années comme un délinquant sexuel multirécidiviste”, a-t-il déclaré. Katzav, 61 ans, est impliqué dans un scandale sexuel qui l’a obligé à
démissionner le 29 juin dans l’opprobre général. Mais s’il est reconnu coupable de nombre de délits sexuels, commis sur d’anciennes employées, Katzav échappe à la prison en vertu d’un compromis annoncé par Menahem Mazouz et violemment critiqué par la presse et les associations féminines. Au terme de cet accord, il a notamment reconnu sa responsabilité pour harcèlement et actes indécents à l’encontre de deux de ses ex-employées, mais l'accusation de viol n'a pas été retenue contre lui, par manque “de preuves suffisamment solides”, selon M. Mazouz. Il risquait 16 ans de prison. Le compromis n’a pu être conclu que parce que Katzav, qui criait son innocence, a fini par “reconnaître être responsable d'une partie des accusations qui pèsent contre lui”, a affirmé le Procureur.

Tollé en Israël
Le compromis a aussitôt été condamné par de nombreux médias et associations et 20 000 personnes ont défilé à Tel-Aviv en signe de protestation. Le quotidien Yediot Aharonot, le plus grand tirage du pays, a titré en une : “Le compromis de la honte”. La députée travailliste Shelly Yachimovitch s'est insurgée contre la décision du Procureur. “Onze femmes ont porté plainte contre Katzav. La police les croit, et moi aussi”, a-t-elle dit. “Ce compromis est un message regrettable adressé aux violeurs”, a, de son côté, réagi Kinneret Barachi, l'avocate de la principale plaignante déboutée. Cette dernière, qui est apparue le visage flouté à la télévision pour une conférence de presse, s'est pourvue en appel devant la Cour suprême pour faire annuler le compromis qu'elle a qualifié d'“immoral” et de “contraire à l'intérêt public”. C'est par elle que le scandale avait éclaté, il y a un an. “Je suis blessée par ce compromis qui donne la permission aux criminels de s'en prendre aux femmes. Moshé Katzav a exercé sur moi une terreur physique et morale. Il était comme Dr Jekyll et Mister Hyde, docteur la journée et tueur la nuit. J'ai vu son côté monstrueux”, a-t-elle dit. “Il m'appelait le matin pour me demander comment j'allais m'habiller, et me dire de mettre une jupe et de ne pas mettre de culotte en-dessous. Il me menaçait de détruire ma vie si je ne faisais pas ce qu'il voulait”. Katzav doit lui verser l'équivalent de 3500 dollars en indemnités et 8000 dollars à la seconde plaignante.

Fin d’une carrière sans éclat
Katzav, père de cinq enfants, avait été suspendu dès janvier, à sa demande et suite au scandale, de ses fonctions de président, un poste largement honorifique en Israël, auquel il avait accédé en 2000. Son mandat devait s'achever le 13 juillet. Shimon Peres, 83 ans, a été élu en juin par la Knesset pour lui succéder. Tout au long du scandale, Katzav, qui est d’origine iranienne, a systématiquement nié les soupçons de viol. Il a accusé la presse israélienne d'avoir ourdi “un ignoble complot pour le salir”, parlant de “lynchage médiatique”, de “lavage de cerveau”, et de “campagne venimeuse de diffamation”, promettant de lutter “de toute son âme pour prouver” son innocence. Se présentant comme un juif pratiquant et respectueux de la tradition, il s'est toujours posé en défenseur des causes sociales et des laissés-pour-compte. Il a affirmé s'être fait violence “en acceptant de reconnaître sa responsabilité pour des actes qu'il n'a pas commis, afin d'épargner de nouvelles souffrances à sa famille”. C’était le premier homme politique de droite à accéder à la présidence de l’Etat d’Israël. Dans un geste symbolique, aux obsèques de Jean-Paul II au Vatican, il avait échangé quelques mots en persan avec le président iranien d'alors, Mohammad Khatami, et serré la main du président syrien Bachar Al Assad. Des prises de contact, à ce niveau, constituaient un précédent dans l'histoire des relations entre Israël, la Syrie et la République islamique d'Iran, deux “ennemis” jurés de l'Etat hébreu. Même si, de retour en Israël, Katzav avait tenu à réduire la portée de son geste.

 
 
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