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Par Hassan Hamdani
Portrait.
Mohamed Bastaoui. La force tranquille
Bio express.
1954. Naissance près de Khouribga.
1980. Emigre en Italie où il travaille comme marchand ambulant.
1987. Rejoint la compagnie de théâtre Masrah Al Yaoum.
1996. Intègre la troupe Masrah Chems de Youssef Fadel.
1998. Joue le rôle principal dAdieu forain, de Daoud Oulad Syad
2003. Joue dans Mille mois, de Faouzi Bensaïdi.
2006. Joue dans le feuilleton télé Woujaâ Trab, de Chafik Sehimi.
2006. Il est au générique de What a Wonderful World, de Faouzi Bensaïdi
2007. Tournage de En attendant Pasolini, de Daoud Aoulad Syad. |
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Véritable gueule du cinéma marocain, Mohamed Bastaoui a dabord mangé de la vache enragée au théâtre, se faisant les griffes sur les planches, avant de crever lécran. Le petit comme le grand.
Au café de la gare de Salé, un homme salue Mohamed Bastaoui avant de sengouffrer dans la station ONCF. Linconnu du train de 15h30, en direction de Casa, na pas dit bonjour à Bastaoui lacteur, mais plus prosaïquement à son voisin de quartier, quil croise quotidiennement dans la médina de Salé. Cest là que le comédien a choisi dhabiter, |
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dans une rue populeuse où les poissonniers le disputent aux vendeurs de légumes. Vivre ici est un moyen de garder les pieds sur terre, précise-t-il. Le comédien se tient assis de profil, fuyant des yeux nos premières questions, le temps de sacclimater à un interviewer inconnu de lui. Lair autoritaire de Bastaoui nest en définitive quune carapace protectrice. Cachée derrière sa barbe sévère, arborée tel un panneau attention chien méchant, sa timidité perce à vue dil sous le charisme et la force animale quil dégage à lécran ou sur scène. Il est calme, même trop calme parfois. Mais quand la caméra se met à tourner, il devient un autre homme, rapporte le réalisateur Daoud Aoulad Syad. Tels sont lalpha et loméga quotidiens de Bastaoui. Une fois dans sa ruelle, il nest plus une bête de cinéma ou une célébrité de série télé du ramadan, mais juste un père de famille ordinaire, élevant ses quatre garçons en compagnie de sa femme, lactrice Souad Nejjar. Désormais, elle joue peu, pour se consacrer davantage à léducation de nos enfants, confie-t-il comme pour sen excuser. Mais le rejeton de 15 ans a déjà pris le relais de sa mère, marchant dans les pas de son père, depuis sa première apparition à lécran, à 7 ans, dans Tarfaya de Daoud Aoulad Syad. Il est exigeant quand il prépare ses rôles, commente affectueusement Bastaoui. Tel père, tel fils sans doute
Décrit comme perfectionniste, lacteur a appris à se faire violence au sein de la troupe de Masrah Al Yaoum, à la fin des années 80, coaché dune main de fer par les deux mentors de la compagnie de théâtre : Touria Jabrane et son mari Abdelhouahed Ouzri. Sur les conseils de Tayyeb Seddiki, Bastaoui fait des pieds et des mains pour intégrer la troupe, avec la rage inexpugnable des autodidactes prêts à tous les sacrifices pour progresser dans le métier. Un premier refus dOuzri provoqua dailleurs chez Bastaoui une baisse de moral proche de la dépression nerveuse. Je me réfugiais chez Mahmoud Megri, qui me conseillait de maccrocher pour y arriver. Chose dite, chose faite en 1987.
Dur, dur apprentissage
Jai tout fait au sein de Masrah Al Yaoum : balayer la scène, monter le décor, conduire la camionnette lors des tournées à létranger
. Se voulant une école de formation pour de jeunes acteurs en devenir (entre autres, Rachid El Ouali et Mohamed Khouyi, lami intime et le compagnon de virées de Bastaoui), lapprentissage du métier sy apparente à un service militaire où lesprit de corps passe aussi par les corvées. Sur le parcours du combattant, le deuxième classe Bastaoui, impétrant de 33 ans, lesté dun bagage modeste glané dans leffervescence et lamateurisme des maisons de jeunesse, en bave avant de prendre du galon. Bastaoui était, certes, déjà reconnu pour ses talents. Mais il était star pour petites têtes brunes, le public captif dAl Kanat Assaghira, sur TVM, où il jouait des pièces enfantines avant de rejoindre la matrice Masrah Al Yaoum. Nous avons été très exigeants avec lui, mais il ne sest jamais plaint, acceptant de remettre vingt fois son ouvrage sur le métier, se souvient le général de brigade Touria Jabrane. Bastaoui, refusant de monter au front ? Certainement pas. Il est revenu au Maroc en 1985 pour se prouver quil était capable de percer au théâtre, après cinq ans passés en Italie à faire le marchand ambulant, dormir dans sa voiture et apprendre la langue de Dante dans les romans-photos. Bien lui en a pris. Devenu pilier de la troupe, il est remarqué par quelques journalistes à la plume influente. Driss Khoury et Abdallah Stouky mont encouragé à lépoque, se souvient Bastaoui. À la fin des années 90, cest au tour de Daoud Aoulad Syad de tomber sous le charme. Dès que je lai vu sur scène, jai su que je tenais mon Larbi dAdieu forain, raconte le réalisateur. Et en bout de course, Bastaoui finit nominé pour son interprétation à la Biennale du cinéma arabe de lIMA à Paris. Il est coiffé sur le poteau par lEgyptien Ahmed Zaki, mais Bastaoui joue désormais dans la cour des grands, en compétition avec un monument du cinéma arabe, dixit lintéressé. Bon perdant, lacteur rate un prix mais y gagne une nouvelle chapelle artistique. Celle-ci prêche sur grand écran.
Le Maradona du ciné marocain
Il est tel un numéro 10 au football. Il apporte des solutions et trouve des combinaisons pour bien faire jouer les autres, analyse Aoulad Syad, improvisé commentateur dAl Alam Arryadi. Et la direction dacteur est un sport de combat où Bastaoui endosse volontiers le rôle du coach, aussi bien sur les films dAoulad Syad que sur Woujaâ Trab, le feuilleton à succès de la TVM, où il campe un rôle de paysan. Encore un cul terreux ? Cela magace quand on maffirme cela. Pas plus que pour un citadin, il nexiste une seule variété de paysan. Pour chacune des mes interprétations, jai dû composer un rôle, justifie-t-il. Il refuse dailleurs beaucoup de scénarios télé, sil les juge médiocres ou redondants dans leur culte de la terre. Sur grand écran, son tamis est encore plus sélectif. Je ne travaille quavec des amis, précise-t-il, soulignant au passage son absence de talent pour lhypocrisie, un mal endémique dans le cinéma marocain. Et les grands esprits se rencontrant toujours, les amis cinéastes de Bastaoui sont à chercher dans le haut du panier. Jadore le travail de recherche de Faouzi Bensaïdi. Je lai rencontré la première fois alors quil était encore étudiant à lISADAC (ndlr : Institut supérieur dart dramatique et danimation culturelle de Rabat). Le courant est tout de suite passé entre nous, senthousiasme-t-il. Bastaoui se retrouve ainsi au générique de Mille mois et de What a wonderful world. Rebelote avec Aoulad Syad, qui, après Adieu forain, lentraîne dans laventure En attendant Pasolini, le prochain opus du réalisateur marrakchi. Bastaoui y retrouve le scénariste Youssef Fadel, devenu un proche après avoir été un objet dadmiration en tant que dramaturge. Jachetais les pièces de Fadel dans les années 70 chez un bouquiniste de Khouribga, se souvient Bastaoui, originaire de la capitale du phosphate. Jaime cette ville même si tout le monde la trouve laide. Les yeux de Chimène pour ses souvenirs denfance y sont pour beaucoup. En vrac : le cinéclub où il découvre les classiques du cinéma, ses premières prestations théâtrales à lécole primaire et, surtout, un père fqih à qui il voue un véritable culte. Cétait davantage un ami que tous mes copains menviaient, lâche-t-il, ému. Une simple carapace cette barbe, on vous le répète
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