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Mohamed Bastaoui. La force tranquille
Musique. Le Clan de Fès
N° 282
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Hassan Hamdani

Portrait.
Mohamed Bastaoui. La force tranquille



Bio express.

1954. Naissance près de Khouribga.
1980. Emigre en Italie où il travaille comme marchand ambulant.
1987. Rejoint la compagnie de théâtre Masrah Al Yaoum.
1996. Intègre la troupe Masrah Chems de Youssef Fadel.
1998. Joue le rôle principal d’Adieu forain, de Daoud Oulad Syad
2003. Joue dans Mille mois, de Faouzi Bensaïdi.
2006. Joue dans le feuilleton télé Woujaâ Trab, de Chafik Sehimi.
2006. Il est au générique de What a Wonderful World, de Faouzi Bensaïdi
2007. Tournage de En attendant Pasolini, de Daoud Aoulad Syad.


(DR)

Véritable “gueule” du cinéma marocain, Mohamed Bastaoui a d’abord mangé de la vache enragée au théâtre, se faisant les griffes sur les planches, avant de crever l’écran. Le petit comme le grand.


Au café de la gare de Salé, un homme salue Mohamed Bastaoui avant de s’engouffrer dans la station ONCF. L’inconnu du train de 15h30, en direction de Casa, n’a pas dit bonjour à Bastaoui l’acteur, mais plus prosaïquement à son voisin de quartier, qu’il croise quotidiennement dans la médina de Salé. C’est là que le comédien a choisi d’habiter,
dans une rue populeuse où les poissonniers le disputent aux vendeurs de légumes. “Vivre ici est un moyen de garder les pieds sur terre”, précise-t-il. Le comédien se tient assis de profil, fuyant des yeux nos premières questions, le temps de s’acclimater à un interviewer inconnu de lui. L’air autoritaire de Bastaoui n’est en définitive qu’une carapace protectrice. Cachée derrière sa barbe sévère, arborée tel un panneau “attention chien méchant”, sa timidité perce à vue d’œil sous le charisme et la force animale qu’il dégage à l’écran ou sur scène. “Il est calme, même trop calme parfois. Mais quand la caméra se met à tourner, il devient un autre homme”, rapporte le réalisateur Daoud Aoulad Syad. Tels sont l’alpha et l’oméga quotidiens de Bastaoui. Une fois dans sa ruelle, il n’est plus une bête de cinéma ou une célébrité de série télé du ramadan, mais juste un père de famille ordinaire, élevant ses quatre garçons en compagnie de sa femme, l’actrice Souad Nejjar. “Désormais, elle joue peu, pour se consacrer davantage à l’éducation de nos enfants”, confie-t-il comme pour s’en excuser. Mais le rejeton de 15 ans a déjà pris le relais de sa mère, marchant dans les pas de son père, depuis sa première apparition à l’écran, à 7 ans, dans Tarfaya de Daoud Aoulad Syad. “Il est exigeant quand il prépare ses rôles”, commente affectueusement Bastaoui. Tel père, tel fils sans doute… Décrit comme perfectionniste, l’acteur a appris à se faire violence au sein de la troupe de Masrah Al Yaoum, à la fin des années 80, coaché d’une main de fer par les deux mentors de la compagnie de théâtre : Touria Jabrane et son mari Abdelhouahed Ouzri. Sur les conseils de Tayyeb Seddiki, Bastaoui fait des pieds et des mains pour intégrer la troupe, avec la rage inexpugnable des autodidactes prêts à tous les sacrifices pour progresser dans le métier. Un premier refus d’Ouzri provoqua d’ailleurs chez Bastaoui une baisse de moral proche de la dépression nerveuse. “Je me réfugiais chez Mahmoud Megri, qui me conseillait de m’accrocher pour y arriver”. Chose dite, chose faite en 1987.

Dur, dur apprentissage
“J’ai tout fait au sein de Masrah Al Yaoum : balayer la scène, monter le décor, conduire la camionnette lors des tournées à l’étranger…”. Se voulant une école de formation pour de jeunes acteurs en devenir (entre autres, Rachid El Ouali et Mohamed Khouyi, l’ami intime et le compagnon de virées de Bastaoui), l’apprentissage du métier s’y apparente à un service militaire où l’esprit de corps passe aussi par les corvées. Sur le parcours du combattant, le deuxième classe Bastaoui, impétrant de 33 ans, lesté d’un bagage modeste glané dans l’effervescence et l’amateurisme des maisons de jeunesse, en bave avant de prendre du galon. Bastaoui était, certes, déjà reconnu pour ses talents. Mais il était star pour petites têtes brunes, le public captif d’Al Kanat Assaghira, sur TVM, où il jouait des pièces enfantines avant de rejoindre la matrice Masrah Al Yaoum. “Nous avons été très exigeants avec lui, mais il ne s’est jamais plaint, acceptant de remettre vingt fois son ouvrage sur le métier”, se souvient le général de brigade Touria Jabrane. Bastaoui, refusant de monter au front ? Certainement pas. Il est revenu au Maroc en 1985 pour se prouver qu’il était capable de percer au théâtre, après cinq ans passés en Italie à faire le marchand ambulant, dormir dans sa voiture et apprendre la langue de Dante dans les romans-photos. Bien lui en a pris. Devenu pilier de la troupe, il est remarqué par quelques journalistes à la plume influente. “Driss Khoury et Abdallah Stouky m’ont encouragé à l’époque”, se souvient Bastaoui. À la fin des années 90, c’est au tour de Daoud Aoulad Syad de tomber sous le charme. “Dès que je l’ai vu sur scène, j’ai su que je tenais mon Larbi d’Adieu forain”, raconte le réalisateur. Et en bout de course, Bastaoui finit nominé pour son interprétation à la Biennale du cinéma arabe de l’IMA à Paris. Il est coiffé sur le poteau par l’Egyptien Ahmed Zaki, mais Bastaoui joue désormais dans la cour des grands, en compétition avec “un monument du cinéma arabe”, dixit l’intéressé. Bon perdant, l’acteur rate un prix mais y gagne une nouvelle chapelle artistique. Celle-ci prêche sur grand écran.

Le Maradona du ciné marocain
“Il est tel un numéro 10 au football. Il apporte des solutions et trouve des combinaisons pour bien faire jouer les autres”, analyse Aoulad Syad, improvisé commentateur d’Al Alam Arryadi. Et la direction d’acteur est un sport de combat où Bastaoui endosse volontiers le rôle du coach, aussi bien sur les films d’Aoulad Syad que sur Woujaâ Trab, le feuilleton à succès de la TVM, où il campe un rôle de paysan. Encore un cul terreux ? “Cela m’agace quand on m’affirme cela. Pas plus que pour un citadin, il n’existe une seule variété de paysan. Pour chacune des mes interprétations, j’ai dû composer un rôle”, justifie-t-il. Il refuse d’ailleurs beaucoup de scénarios télé, s’il les juge médiocres ou redondants dans leur culte de la terre. Sur grand écran, son tamis est encore plus sélectif. “Je ne travaille qu’avec des amis”, précise-t-il, soulignant au passage “son absence de talent pour l’hypocrisie”, un mal endémique dans le cinéma marocain. Et les grands esprits se rencontrant toujours, les amis cinéastes de Bastaoui sont à chercher dans le haut du panier. “J’adore le travail de recherche de Faouzi Bensaïdi. Je l’ai rencontré la première fois alors qu’il était encore étudiant à l’ISADAC (ndlr : Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle de Rabat). Le courant est tout de suite passé entre nous”, s’enthousiasme-t-il. Bastaoui se retrouve ainsi au générique de Mille mois et de What a wonderful world. Rebelote avec Aoulad Syad, qui, après Adieu forain, l’entraîne dans l’aventure En attendant Pasolini, le prochain opus du réalisateur marrakchi. Bastaoui y retrouve le scénariste Youssef Fadel, devenu un proche après avoir été un objet d’admiration en tant que dramaturge. “J’achetais les pièces de Fadel dans les années 70 chez un bouquiniste de Khouribga”, se souvient Bastaoui, originaire de la capitale du phosphate. “J’aime cette ville même si tout le monde la trouve laide”. Les yeux de Chimène pour ses souvenirs d’enfance y sont pour beaucoup. En vrac : le cinéclub où il découvre les classiques du cinéma, ses premières prestations théâtrales à l’école primaire et, surtout, un père fqih à qui il voue un véritable culte. “C’était davantage un ami que tous mes copains m’enviaient”, lâche-t-il, ému. Une simple carapace cette barbe, on vous le répète…

 
 
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