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Par Driss Bennani
Portrait-Enquête.
Le mystère Benslimane
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1973. Housni Benslimane
embrasse la main de Hassan II
lors de lAïd Al Adha. à droite,
le futur Mohammed VI, 12 ans.
(AL WATAN AL ANE)
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Militaire le plus gradé du royaume, le général Housni Benslimane contrôle encore, à 72 ans, la majorité du territoire. Et dirige, en chef absolu, une véritable armée dans l'armée. Comment cet ancien gardien de but des FAR est-il devenu un des piliers du régime, et qu'est-ce qui explique son exceptionnelle longévité ? TelQuel braque ses projecteurs sur la carrière, jalonnée de zones d'ombres, d'un homme aussi puissant que secret.
Housni Benslimane trouve toujours le moyen d'être sur la photo officielle. Le commentaire est d'un ancien militaire, aujourd'hui à la |
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retraite. Comme beaucoup d'autres de ses camarades, l'ancien colonel a esquissé un large sourire en regardant le reportage télé, consacré à la dernière réunion sécuritaire tenue par Chakib Benmoussa. Le ministre de l'Intérieur y exposait les grandes lignes du risque terroriste qui plane sur le pays. Devant lui : une pléiade de walis, de gouverneurs et, quoique plus en retrait dans la salle, quelques hauts gradés en uniforme.
Housni Benslimane, le patron de la Gendarmerie royale, est, quant à lui, au premier plan
juste à la droite du ministre de l'Intérieur. Malgré la gravité du moment (l'état d'alerte est décrété), le général assiste à la réunion en tenue civile : un élégant costume-cravate de couleur sombre, qui contraste avec son teint pâle et ses cheveux grisonnants. On le disait souffrant et, depuis quelques mois, son départ était même annoncé comme imminent. Puis soudain, le voilà qui réapparait sur son trente et un, aux côtés des hommes de confiance du roi, sur une question aussi délicate que le terrorisme. C'est tout lui !, s'étonne, presque admiratif, un observateur de la vie militaire marocaine. Car même si le général a désormais un rôle marginal dans la prise de décision politique, il conserve, à travers le corps qu'il dirige, une formidable force de frappe. La Gendarmerie dispose des meilleures unités spéciales qui interviennent en cas de menace terroriste. Sans oublier que ce sont des équipes de la Gendarmerie qui filtrent l'accès aux grandes villes et qui couvrent un vaste arrière-pays qui peut servir de base de repli ou de maquis pour certains groupuscules terroristes, affirme un cadre au ministère de l'Intérieur. Mais l'argument n'explique pas, à lui seul, la longévité exceptionnelle du général Benslimane à la tête de la gendarmerie royale. Pendant près de 35 ans, il a régné en maître absolu sur les hommes à la casquette grise. Il a également gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire, atteignant en 2003 le plus haut grade de l'armée marocaine, celui de général de corps d'armée.
On le dit réservé, voire timide. L'homme n'aime pas faire de vagues, préférant l'ombre à la lumière. Il ne boit pas, ne fume pas et mange très peu. Ses sorties sont toujours calculées et son allure extrêmement soignée. Pour plusieurs de ses subordonnés, il incarne le chef éternel, une sorte de parrain, craint et adulé à la fois. Ses détracteurs (presque aussi nombreux que ses admirateurs) affirment qu'au contraire, il ne doit son prétendu charisme qu'à son physique, son silence et sa longévité. Housni Benslimane est un personnage mystérieux qui déchaîne les passions et nourrit les rumeurs les plus folles. À 72 ans, il est l'un des plus vieux généraux de Mohammed VI. Son maintien à son poste par le jeune monarque est en lui-même une énigme non encore élucidée. Une de plus dans le long parcours de ce militaire hors normes.
Débuts fulgurants
Lorsqu'il voit le jour en 1935, à El Jadida, Housni Benslimane a déjà toutes les chances (familiales) de son côté. Son grand père, issu d'une grande famille fassie, a été ministre des Affaires étrangères sous Moulay Hafid, son oncle a été ambassadeur puis membre du Conseil de régence en 1955. Côté maternel, Housni Benslimane a également de solides appuis. Sa mère n'est autre que Hiba Khatib, sur du Dr Abdelkrim Khatib, plusieurs fois ministre et fondateur de l'actuel PJD (voire le réseau familial, ci-contre). Dans un Maroc encore sous protectorat, le jeune Benslimane est donc un brillant élève qui décroche haut la main son baccalauréat au Lycée musulman de Casablanca. Au passage, il se fait également remarquer pour ses exploits sportifs. Son physique aidant, le jeune élève touche à tous les sports et décroche en 1953 le titre de champion de France juniors en saut en hauteur. Plutôt flatteur. Mais les ambitions du jeune Fassi sont encore plus grandes. À la veille de l'indépendance, il saute sur l'occasion et intègre l'Académie militaire de Saint-Cyr, la prestigieuse université militaire française. Neuf mois de formation accélérée lui permettent de poser sur la photo de la toute première promotion de l'armée marocaine : la promotion Mohammed V.
Il sait alors que son avenir est tout tracé, comme la plupart de ses camarades. Il choisit pourtant de faire cavalier seul, et préfère les pelouses verdoyantes des terrains de foot aux sols poussiéreux des casernes. Quand le prince héritier Moulay El Hassan décide de créer l'équipe des FAR, l'officier Benslimane est le premier à répondre présent. Il s'occupe de garder les buts de l'équipe militaire, en attendant des jours meilleurs. Il côtoie surtout le futur roi du Maroc, et cela n'a pas de prix. Très vite, l'officier monte en grade (il est également gravement blessé au genou) et prend le commandement du centre d'entraînement des FAR.
Le second dOufkir
Le militaire se plaît tellement dans ses nouvelles godasses qu'il décroche le portefeuille de la Jeunesse et des Sports en 1959, alors qu'il n'est alors que simple capitaine des FAR. Du jamais vu ! Sa proximité du prince et ses réseaux familiaux aidant, Housni Benslimane est vite repéré par le puissant général Oufkir. Il le suit alors comme son ombre, voulant tout apprendre de lui, raconte un ex-compagnon de Benslimane. Entre 1964 et 1967, le jeune officier commande les Forces auxiliaires et les CMI (Compagnies mobiles d'intervention), avant d'être propulsé à la tête de la DGSN (Direction générale de la sûreté nationale) en 1968. Mais attention, nuance un haut responsable de lépoque, ces différents corps ne pesaient pas lourd et servaient uniquement de support à l'homme fort du régime, le général Oufkir, qui désignait et révoquait ses hommes en fonction de ses besoins du moment. En tout cas, lorsqu'il désigne Benslimane comme gouverneur de Tanger, en 1971, il lui offre, sans le savoir, la chance de sa vie. Le 9 juillet de la même année, des élèves-officiers investissent le palais royal de Skhirat et y commettent un réel carnage. Ils prennent également d'assaut le siège de la radio nationale et diffusent des messages qui annoncent la chute du régime de Hassan II. Quelques centaines de kilomètres plus au nord, Housni Benslimane suit attentivement le déroulement des événements. Il attend le moment opportun pour débarquer au siège de la radio de Tanger et ordonner la diffusion de messages de soutien à la monarchie. C'est un gardien de but dans l'âme. Toujours en arrière, observant ce qui se passe devant lui avant d'attaquer. En 1971, Radio Tanger a joué un grand rôle pour éviter la panique générale, même si on raconte que l'initiative ne revient pas à Benslimane, mais à un proche collaborateur de Hassan II, confie un officier qui l'a longuement côtoyé.
Une année plus tard, M. le gouverneur est, encore une fois, au cur de l'actualité. En 1972, il est muté à Kénitra. Le général Oufkir, qui prépare alors le deuxième coup d'Etat de l'histoire du pays, se déplace fréquemment à la base aérienne de la ville. À plus d'une reprise, il arrivait en compagnie du gouverneur Benslimane ou passait le voir chez lui avant d'arriver à la base, raconte un officier de l'époque. Ira-t-on jusquà penser quil était au courant du projet de putsch ? Cest ce que soutinnent ses ennemis. Toujours est-il qu'au lendemain du coup d'Etat avorté, Benslimane est désigné à la tête de la Gendarmerie royale, qui devient le rempart de la monarchie contre les dérives des militaires. Hassan II pouvait, au moins, lui reprocher de n'avoir rien vu se préparer autour de lui. Pourquoi l'aurait-il promu ?, se demande aujourd'hui un jeune officier. Deux lectures, pas forcément contradictoires, tentent d'apporter un début de réponse. Benslimane a joué sur son action à Radio Tanger pour prouver sa bonne foi au roi. En plus, une commission sécuritaire française l'aurait vivement recommandé à Hassan II au lendemain du coup d'Etat. D'ailleurs, il a toujours été très étroitement lié aux Français, rapporte un colonel à la retraite. Deuxième lecture possible : Ahmed Dlimi, résolument le nouvel homme fort après 1972, l'aurait sauvé pour mieux le tenir après. Personne, à part Housni Benslimane, ne peut confirmer ces thèses. Mais malgré nos sollicitations, le général a préféré ne pas répondre à nos questions.
Allo, Housni
Une nouvelle vie commence alors pour le fraîchement nommé commandant de la Gendarmerie royale. Première mission : la gestion du dossier Tazmamart. Les putschistes sont transférés au sinistre bagne, sous escorte de la Gendarmerie. Le contact avec le bagne est également maintenu grâce à un homme de Benslimane : le commandant Feddoul. Finalement, témoigne un ex-bagnard, je n'en veux pas à Benslimane d'avoir exécuté les ordres. À cette époque, personne ne pouvait tenir tête à Hassan II. Mais il avait une certaine marge de manuvre qu'il n'a pas utilisée pour améliorer les conditions de notre détention. Ses subordonnés ont fait du zèle pour mieux plaire au monarque. Il a préféré ne pas prendre de risques. Lorsque les portes du sinistre bagne se referment sur ses malheureux résidents, Housni Benslimane s'attelle alors au chantier de sa vie : protéger la monarchie. Le gardien de but est propulsé gardien du régime
sans pour autant en devenir l'homme fort. À cette époque, c'est en effet Ahmed Dlimi qui tire les ficelles de la vie politique et militaire. Benslimane hérite cependant d'un rôle central : contrôler l'armée. Lors des séances de tir, un gendarme est toujours là pour faire le compte des cartouches tirées. Aucun déplacement de troupe ou de personnel militaire ne se fait sans en aviser le commandement local de la Gendarmerie. C'était l'il du roi sur les troupes, explique un officier des FAR.
À partir de 1975, l'affaire du Sahara occupe le devant de la scène. Ahmed Dlimi s'y investit corps et âme, livrant le nord du pays au désormais lieutenant-colonel Housni Benslimane. Ce dernier saute sur l'occasion pour se rapprocher davantage de Hassan II. Il hérite de la sécurité des résidences royales et de celle des princes et princesses. Hassan II parle alors de sa gendarmerie et témoigne une affection particulière à Housni, qu'il appelle publiquement par son prénom, notamment lors dune communication téléphonique télévisée qui passera à la postterité (Allo Housni ?).
En 1983, la mort mystérieuse d'Ahmed Dlimi ouvre une voie royale devant Housni, devenu colonel-major. Il est enfin débarrassé de ses deux mentors (Oufkir et Dlimi) qui lui ont tout appris. Il devient l'interlocuteur sécuritaire numéro 1 de Hassan II. Certes, le jeune Driss Basri lui fait de l'ombre à l'Intérieur, mais ce n'est pas pour déplaire à Benslimane qui trouve en Basri le bouc émissaire parfait pour rester dans l'ombre et continuer à peser sur la vie politique et sociale du pays, explique Mahjoub Tobji, auteur du brûlot intitulé Les officiers de Sa Majesté.
Au milieu des années 80, la Gendarmerie devient un corps polyvalent, organisé et efficace. Bref, incontournable. Mais Benslimane garde les pieds sur terre. Il sait que pour durer, il doit plaire
au plus grand nombre. Le colonel-major est alors aux petits soins avec la famille du monarque. Il ne leur refuse aucun caprice. Là où Basri irait prendre l'avis de Hassan II avant d'agir, Benslimane remue ciel et terre pour satisfaire directement les désirs des princes et des princesses, rapporte un haut gradé. En 1985, comme pour le remercier de cette attention familiale, Hassan II le fait général de brigade. Dans un Maroc secoué par les crises sociales, c'est un signe qui ne trompe pas. Le général devait maintenir l'ordre coûte que coûte, explique un observateur. La gendarmerie a-t-elle, dans ce cas, participé à la répression sauvage des émeutes de Casablanca (1981), de Nador (1984) et de Fès (1990) ? Difficile de répondre. Les différents témoignages recueillis évoquent l'intervention musclée d'éléments principalement issus de l'armée ou des forces auxiliaires. La gendarmerie est également intervenue en milieu urbain, avoue un ex-officier de la gendarmerie royale. Elle n'a peut-être tué personne, mais le général Benslimane était constamment consulté pour ce genre d'interventions, qu'il a donc certainement validées.
Vers la fin des années 80, le général est déjà une célébrité. Il est partout ou presque. En plus de la gendarmerie, qui contrôle désormais de larges pans du territoire national, le général supervise le service des prévisions météo, coordonne les actions de secourisme maritime, dispose d'un puissant service de renseignement, etc. Il gagne naturellement des galons et devient général de division en 1992. Ses ambitions grandissent et sa relation avec Hassan II se raffermit davantage.
Le roi, le général et le foot
En 1994, les deux hommes suivent, avec amertume, la débâcle de l'équipe nationale lors de la Coupe du monde de football organisée aux Etats-Unis. Furieux, Hassan II procède à un énième remaniement au sein de la Fédération royale marocaine de football. Il installe un comité provisoire chargé de mettre le football national à niveau. Une liste de noms lui a été soumise pour validation. La légende dit qu'il a rajouté le nom de Housni Benslimane au stylo en disant qu'il pourrait lui aussi apporter son aide, rapporte un journaliste sportif. Mythe ou réalité ? Toujours est-il qu'en 1994, le général de division Housni Benslimane se retrouve à la tête du sport national par excellence. Il est président de la puissante Fédération de football et du Comité national olympique. Il renoue ainsi avec ses premières amours, retrouve les pelouses et, surtout, les tribunes officielles. On lui découvre alors un autre visage. À la Fédération, il est plus courtois, plus chaleureux, mais tout aussi réservé, affirme un membre fédéral encore en fonction. Comme à chaque étape de sa vie, Housni Benslimane se tue à la tâche. Il apporte une certaine rigueur au monde du football et pèse de tout son poids pour ramener de nouveaux sponsors et convaincre de nouveaux investisseurs. Il n'a jamais arrêté de faire du sport, il est obsédé par sa condition physique. Et n'oubliez pas qu'il a été le compagnon d'un roi mordu de foot. Ses responsabilités à la tête de la Fédération l'ont donc certes exposé davantage, mais il a également su en tirer plusieurs bénéfices, confie un ex-responsable du Raja de Casablanca. En 1998, soit quatre ans après la débâcle des Etats-Unis, l'équipe nationale manque de peu la qualification au deuxième tour dans le Mondial français. La déception est générale mais, au soir de sa vie, Hassan II réserve un accueil triomphal à la sélection nationale. Housni Benslimane ne s'est jamais fait d'illusion. Il a toujours dit que le sport était le parti politique numéro 1 au Maroc, rapporte un journaliste sportif qui l'a longuement fréquenté. Pour lui, le sport servait à former la jeunesse. Mais il disait souvent qu'on était soumis aux résultats de l'équipe nationale car on ne peut pas travailler dans une atmosphère de défaite. Du coup, le général chouchoute les différentes sélections nationales. Lors des matchs internationaux, il y a toujours quelqu'un de son état-major avec l'équipe. Après un match, le premier appel que reçoivent les joueurs ou les membres du staff technique vient du général, qui essaye à tout prix de dissocier l'image du général froid et calculateur de celle du président de la Fédération, disponible et affable, affirme un joueur international. Rien n'y fait pourtant, réplique un dirigeant de club casablancais. Le monde du football est un château de cartes qui ne tient que grâce au général. Les présidents de clubs, les dirigeants et les sponsors se tiennent à carreau parce qu'ils craignent les colères de Benslimane et sa puissance. Ils ne voient en lui que le général, et c'est pour ça que ça marche encore. Un signe qui ne trompe pas : le président dispose de vestiaires privés au sein du siège de la Fédération. Il y conserverait en permanence une tenue militaire officielle, au cas où le roi le convoquerait en urgence. Une de ces convocations que Benslimane craint plus que tout au monde, selon plusieurs de ses collaborateurs
et qui finit par tomber un certain 23 Juillet 1999.
Le début de la fin ?
La date marque le début d'un nouveau chapitre dans la vie de Housni Benslimane. Hassan II vient de rendre l'âme dans un hôpital de la capitale. Le général doit à présent prêter allégeance à son héritier. Les deux hommes se connaissent très bien et le nouveau roi n'a rien contre le général de son défunt père. Bien au contraire, il ne rapportait pas d'informations sur le prince à Hassan II, comme le faisait Basri, et il prenait soin de la famille royale. En plus, ils partageraient la même passion pour les sports mécaniques, explique un observateur politique. Le 6 novembre, Driss Basri est remercié par le jeune roi. Benslimane, lui, reste. Il conserve tous ses titres, y compris la présidence de la Fédération de football. Mais le général sent que quelque chose a décidément changé. Un vent de liberté souffle sur le royaume. Les langues se délient et le jeune roi impose une nouvelle manière de faire : moins protocolaire et plus enthousiaste. Il s'entoure de ses camarades de classe pour gouverner le pays. Le gardien de but ne rate pas une miette de la partie qui se joue devant lui, mais préfère rester en retrait, pour garder son temple. En 2000, il risque pourtant l'attaque cardiaque lorsque l'AMDH (Association marocaine des droits de l'homme) le cite nommément comme un tortionnaire de l'ère Hassan II, au même titre que le général Hamidou Laânigri ou le commissaire Mahmoud Archane. Le général Benslimane a été un haut responsable à l'époque. Il était donc au courant de toutes les exactions qui avaient lieu lorsqu'il n'en était pas directement responsable, comme pour le cas du bagne de Tazmamart, explique un dirigeant à l'AMDH.
De plus en plus de voix demandent ouvertement le départ du vieux général. Cet homme contrôle le militaire et le civil, puisque 55% des Marocains vivent dans des zones que contrôlent les gendarmes. Le maintenir à la tête de la Gendarmerie veut dire que le Maroc n'a pas pu former de grands officiers pour le remplacer. Cela tue l'ambition et l'esprit d'initiative qui devraient animer toute armée qui se respecte, proteste Abderrahim Ariri, directeur de publication d'Al Watan Al An, et auteur de plusieurs articles réclamant le départ de Housni Benslimane. Au sein du cercle royal, Benslimane conserve une place de choix, mais se fait discret et ne trempe pas dans les petites querelles de cour. Le général Laânigri est accablé de toutes parts pour sa responsabilité dans les exactions commises au lendemain du 16 mai ? Tant mieux, cela permet à Benslimane de se faire oublier. Du moins, pour le moment.
En 2003, tout le monde jure que cette fois-ci, c'est la bonne. Mohammed VI décore Housni Benslimane de la plus haute distinction militaire et le fait général de corps d'armée, le plus haut grade de l'armée marocaine. On se disait alors que Mohammed VI a voulu lui réserver une sortie par la grande porte, d'autant que Benslimane était à cette époque déjà affaibli par la maladie, se rappelle un ex-officier. La rumeur qui avance son limogeage, ira même jusqu'à
tuer le général. En octobre 2004, plusieurs personnes jurent avoir assisté aux obsèques de Housni Benslimane et d'avoir accompagné sa dépouille au cimetière des Chouhada. Fausse alerte ! L'homme a simplement subi une opération au genou dans un grand hôpital parisien. Et pour démentir la rumeur, le général se contente d'une apparition furtive lors d'une concentration de l'équipe nationale de football au centre de Maâmora. Le foot au service de la politique ? Rien de bien nouveau !
Plusieurs sources affirment que, depuis son hôpital français, Benslimane a adressé une lettre à Mohammed VI. Il y demandait son départ en retraite, pour des raisons de santé. Peine perdue, le jeune roi tient apparemment encore aux services du général. Le roi a procédé à des changements par étapes. L'Intérieur, la diplomatie, la politique religieuse, les grands offices
Il ne s'est pas encore réellement attaqué à l'armée, dont le remaniement est toujours périlleux. Pourquoi se séparerait-il dans l'urgence de quelqu'un de loyal, qui bouche un sacré trou et qui ne présente aucun danger ? Mieux, c'est quelqu'un qui s'est parfaitement adapté à la nouvelle distribution des rôles au sommet de l'Etat, explique un lobbyiste sahraoui. Aujourd'hui, Housni Benslimane est considéré comme un tonton de la génération M6. Son avis compte, mais n'est pas incontournable dans la prise de décision. L'entourage de Mohammed VI respecte la réserve et le dévouement de Benslimane. C'est pour cela qu'ils le ménagent. La preuve : la Gendarmerie royale est bien la seule institution qui a refusé de collaborer avec l'Instance équité et réconciliation et qui n'a pas subi de pressions dans ce sens, rappelle un acteur associatif, bien introduit dans les milieux officiels.
En 2005, le général Benslimane refait la Une de la presse. 40 ans plus tôt, deux agents impliqués dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka auraient contacté un certain capitaine Benslimane, alors en permanence au siège du Cab 1. Le général serait-il impliqué dans l'affaire Ben Barka ? Que sait-il de la disparition et du meurtre probable du plus célèbre opposant marocain ? Le général ne répondra finalement jamais aux convocations du juge français Patrick Ramaël. Mieux, lors de la dernière tentative de Ramaël, fin 2006, un de ses homologues marocains, le fidèle serviteur du Makhzen, Jamal Serhane, ira même jusqu'à affirmer ne pas disposer
de l'adresse personnelle de Housni Benslimane, pour lui faire parvenir sa lettre de convocation ! Alors que le juge français rebroussait chemin vers l'Hexagone en ruminant sa rage, Benslimane regagnait discrètement son domicile, une forteresse de luxe au quartier Bir Kacem, à Rabat, gardée jour et nuit par plus de 40 gendarmes en uniforme. Ce soir-là, le général a eu l'ultime confirmation qu'il pouvait compter sur le nouveau régime pour lui assurer une fin de carrière tranquille
Sauf qu'à aujourd'hui, il est encore en activité ! Mais l'heure de la retraite finira bien par sonner. Un beau jour, et ce jour n'est sans doute pas loin, Mohammed VI, comme à son habitude, prendra tout le monde de court en remerciant le général. Et pour une fois, la formule n'aura rien d'ironique... |
[voir le schèma]
Bio express.
1935. Naissance à El Jadida.
1957. Lauréat de la promotion Mohammed V des Forces armées royales (FAR).
1958. Gardien de but puis président délégué de l'équipe des FAR.
1959. Haut commissaire à la Jeunesse et aux Sports.
1964. Commandant des Forces auxiliaires.
1966. Commandant des Compagnies mobiles d'intervention.
1968. Directeur de la Direction générale de la sûreté nationale.
1971. Gouverneur de Tanger.
1972. Gouverneur de Kénitra.
1973. Commandant de la Gendarmerie royale.
1992. Général de division.
1993. Président du comité national olympique.
1994. Président de la Fédération royale marocaine de football.
2003. Général de corps d'armée. |
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Zoom. Ce que pèse la gendarmerie
Contrairement aux idées reçues, seuls quelques rares pays dans le monde disposent encore d'un corps équivalent à la Gendarmerie royale. Créée en 1957, c'est un corps militaire calqué sur le modèle français, jouissant de plusieurs attributions qui en font une armée extrêmement enviée. Police judiciaire, maintien de l'ordre, unités spéciales, sécurité sur les voies de circulation, renseignement
la Gendarmerie royale peut tout faire ou presque. Aujourd'hui, ce corps compte près de 22 000 hommes. C'est peu, comparé aux 45 000 policiers ou aux 250 000 soldats des Forces armées royales. Mais curieusement, c'est la Gendarmerie royale qui absorbe près de 22% du budget de la Défense (à titre de comparaison, l'armée de terre n'hérite que de 17 % du même budget). C'est donc sans surprise que la Gendarmerie dispose d'installations sophistiquées et d'escadrons de pointe. C'est par exemple le seul corps à disposer d'un important parc d'hélicoptères (22 au total) et de divers appareils de contrôle aérien et de secours maritime. Pour l'anecdote, on apprend que Housni Benslimane est un grand amateur d'hélicoptères et que, jusqu'à une date récente, il ne dérogeait que rarement à son petit vol quotidien
pour le plaisir. Même s'ils donnent l'impression d'être partout, les gendarmes sont en sous-effectif patent. Exemple : une brigade d'une dizaine de gendarmes basés sur la corniche casablancaise est censée couvrir une zone (Bouskoura et régions) où vivent plus de 250 000 personnes ! Autre problème : Lextraordinaire polyvalence du gendarme. Un membre de la Gendarmerie royale doit en effet dresser des PV de police judiciaire, sécuriser un tronçon routier, intervenir pour une action de maintien de l'ordre, etc. Ces derniers jours, une vidéo qui circule sur Internet montre des gendarmes en poste à côté de Targuist (près lAl Hoceïma) en pleine séance de racket organisé. Ce n'est un secret pour personne : la corruption fait des ravages au sein des troupes du général Benslimane. Dans les couloirs de l'Etat major de la Gendarmerie royale à Rabat, on parle de la préparation d'un éventuel successeur au général. Un officier quadragénaire qui nourrirait la même passion que le roi pour les sports nautiques. Saura-t-il succéder à un général qui a squatté l'Etat-major pendant plus de 35 ans et qu'il a façonné selon ses moindres désirs. |
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Vrai ou faux. Benslimane en cinq adjectifs
Sur le général Housni Benslimane, tout a été dit
et son contraire. Pour autant, l'homme a des traits de caractère que lui reconnaissent aussi bien ses amis que ses pires ennemis. Décryptage.
Timide. À en croire nombre de ses collaborateurs, la réserve extrême du général friserait parfois la timidité. L'homme évite les endroits publics et les cérémonies privées. Il ne se déplace que pour les nécessités.
Sportif. Il est obsédé par sa condition physique. Il a en effet toujours pratiqué un ou plusieurs sports. Il se dit même qu'il aurait forcé la dose durant ces dernières années, pour se maintenir en forme malgré son âge avancé. Cela lui aurait causé quelques sérieux problèmes au niveau
des articulations.
Timoré. Bizarrement, c'est un trait de caractère que relèvent chez lui aussi bien ses admirateurs que ses détracteurs. Le général ne prendrait donc pas de risque et sait se faire oublier quand les choses tournent au vinaigre.
Affairiste. La rumeur dit que le général a bénéficié de plusieurs privilèges sous le règne de Hassan II. Avec son ami le général Kadiri, ex-patron de la DGED, il a créé au milieu des années 80 la société de pêche hauturière Kaben (comme Kadiri - Benslimane). Quand, lors des premières années du règne de Mohammed VI, la presse a commencé à se faire l'écho de cette juteuse affaire, le général s'en est vite débarrassé.
Caméléon. il a été l'homme d'Oufkir, de Dlimi, de Hassan II et de Mohammed VI. Rares sont les militaires ou les hommes d'Etat à avoir réussi pareille prouesse. L'homme sait en effet s'adapter à toutes les situations et ne prend jamais de décisions dans l'urgence. Il se contente le plus souvent d'attendre son tour. Du coup, certains le taxent de manque d'ambition. Ses galons sont là pour prouver le contraire. |
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