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Par Karim Boukhari
Terrorisme. Que cache lalerte maximale ?
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Linformation sur la préparation
dactes terroristes au Maroc
a déclenché un véritable branle-bas
de combat sécuritaire.
(TNIOUNI / NICHANE)
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Jamais les responsables marocains ne se sont autant mobilisés pour décréter le Maroc en danger terroriste. Après lattentat dAlger du 11 juillet (10 morts), on a tendance à y croire. Mais
La nouvelle sest répandue, vendredi soir, comme une traînée de poudre : le Maroc a officiellement décrété létat dalerte maximale pour parer au risque terroriste. Le communiqué du ministère de lIntérieur nexplique pas davantage le risque en question, se contentant dappeler à la vigilance et à la mobilisation extrême. Aujourdhui encore, et alors que le niveau dalerte reste à son maximum, rien de bien |
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concret ne semble filtrer du département dirigé par Chakib Benmoussa. Nous avons reçu des informations fiables sur le risque dattentats terroristes au Maroc, se contente-t-on dindiquer. Au-delà de la nature de ces risques, qui reste de toute façon indéterminée, cest plutôt lemballage médiatico-politique, le timing et la conjonction de plusieurs petits événements qui font de cette alerte un véritable événement.
Tout a commencé le vendredi 6 juillet. Ce jour-là, Chakib Benmoussa a conduit, au siège du ministère de lIntérieur, une réunion à laquelle pratiquement toute lélite sécuritaire du royaume a été conviée. Même si la décision de tenir cette rencontre a été prise deux jours auparavant, certains responsables ont été convoqués à la dernière minute. Certains, comme cela nous a été confirmé, ont même été obligés décourter précipitamment leurs vacances pour assister au speech de Benmoussa.
Plus étoffée quantitativement et qualitativement que les réunions qui avaient entouré les derniers attentats de Casablanca, en mars et avril 2007, celle du 6 juillet sest soldée par lémission du fameux communiqué. Elle a été relayée, les jours suivants, par dautres réunions plus officieuses et le plus souvent en comité restreint, incluant même le dimanche. Cest quune autre rencontre était en préparation, et elle exigeait le feu vert direct du souverain : le déplacement dune impressionnante délégation de sécuritaires marocains en Espagne. Mardi 10 juillet, donc, les Benmoussa, Mansouri, Laânigri, Benslimane, Hammouchi et autre Draïs, accompagnés du ministre délégué aux Affaires étrangères, Taib Fassi-Fihri, ont posé leurs valises à Madrid pour une séance de travail express avec leurs homologues espagnols. Le niveau élevé de la délégation marocaine, son caractère officiel, et le fait que le voyage a été dûment enveloppé par le déplacement parallèle dautres élites de la police marocaine (des cadres de la Sûreté nationale et de multiples services de renseignement se sont rendus en Espagne un jour avant les officiels, et beaucoup ont prolongé leur séjour bien après le retour de ceux-ci) confèrent au périple madrilène un cadre exceptionnel.
Mais que sont donc partis faire tous ces officiels marocains et leur armada de proches collaborateurs ? Ils ont évoqué la coopération bilatérale en matière de lutte anti-terroriste. En plus explicite, officiels marocains et espagnols ont débattu des moyens pour mieux contrôler le transit des MRE à partir de Madrid, et surtout les multiples réseaux de limmigration clandestine. En outre, les Marocains ont surtout plaidé pour lextradition de quatre membres présumés dAl Qaïda, tous dorigine marocaine, arrêtés il y a quelques semaines en Espagne. Il est même possible, comme nous lont confirmé plusieurs sources, que le quatuor soit derrière le branle-bas de combat sécuritaire déclenché au Maroc.
Extraditions en attente
Les quatre hommes, âgés entre 23 et 32 ans, sont des membres supposés de lex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), lun des pendants les plus actifs dAl Qaïda, désormais connu sous le nom dAl Qaïda au Maghreb islamique. Leur arrestation aurait, si lon en croit nos sources, révélé lexistence de plans dattaques terroristes contre le Maroc. Mais à côté des quatre personnes arrêtées, dautres ont peut-être pu quitter le territoire espagnol pour sintroduire au Maroc, nous explique cette source. Chose pour le moment impossible à vérifier.
Toujours est-il que la délégation marocaine a bien tenté, le 10 juillet à Madrid, dobtenir lextradition rapide du quatuor. Trop tôt, auraient répondu les Espagnols. Les Marocains, qui pistaient depuis quelque temps les quatre hommes, auraient quand même obtenu de participer, à Madrid même, à des séances dinterrogatoire. Il est intéressant dailleurs de relever que, pendant que policiers marocains et espagnols cuisinaient les quatre suspects à Madrid, un nouvel attentat terroriste secouait Lakhdaria (à 100 km Alger), portant la signature de lancien GSPC. Ce qui renforce, a priori, la crédibilité de la menace terroriste qui pèse (aussi) sur le Maroc.
Car le fait, aujourdhui, est que le Maroc na effectué aucune grosse prise (à lintérieur de ses frontières) qui justifierait létat dalerte décrété. Toutes les interpellations effectuées récemment étaient plutôt liées aux réseaux de contrebande et dimmigration clandestine, le plus souvent par voie terrestre, nous explique cette source proche des milieux denquête. La seule nouveauté, en dehors de larrestation des quatre Marocains dEspagne, serait lobtention de nouvelles révélations de la bouche de deux des plus grosses prises de ces derniers mois : Saâd Houssaïni et lun de ses plus fidèles lieutenants, Abdelaziz Habbouch. Qua dit donc de nouveau un Houssaïni ou un Habbouch que les enquêteurs ne savaient déjà ? Mystère.
Un QG américain au Maroc ?
La dernière fois que les autorités marocaines ont déclenché pareille alerte, cétait en mars-avril 2007, après les explosions de kamikazes à Casablanca. Aujourdhui, et alors que les dispositifs de sécurité (barrages routiers, contrôles didentité, renforcement en quantité des policiers en poste devant le Parlement, les ports, les ambassades, les hôtels, etc.) semblent plus flagrants, il ny a eu -Dieu merci - guère dattentat. Quest-ce à croire : que la menace a été exagérément gonflée à des fins purement politiques, comme certains le soutiennent ? Ou que le Maroc, pour des raisons sécuritaires bien compréhensibles, est en possession de renseignements réellement explosifs, mais sur lesquels il exercerait une forme de rétention ? Les deux thèses sont plausibles. On notera juste que tout ce remue-ménage intervient à quelques semaines des élections, où les islamistes partent grands favoris. Surtout, lalerte générale a été décrétée peu de temps après les passages successifs de deux importantes personnalités américaines : le très médiatisé Robert Mueller, patron du FBI, et la plus discrète Frances Fargo Townsend, conseillère du président Bush, arrivée à Rabat le week-end dernier, pratiquement dans la foulée de la fameuse réunion au sommet du 6 juillet. Mueller et Townsend étaient probablement porteurs de renseignements déterminants sur le risque terroriste qui pèse sur le royaume. Surtout, ils auraient, de source fiable, plaidé pour linstallation au Maroc dun QG américain avancé, dédié à la lutte antiterroriste. Une sorte de base dappui (pour les Américains) pour mieux contrôler tous les mouvements suspects qui troublent aussi bien le Maghreb que le Sahel. Lalerte générale que vit actuellement le royaume pourrait bien normaliser la présence éventuelle, dans le futur proche, dun QG américain au Maroc. Ce nest pour le moment quune théorie, une possibilité parmi dautres, mais rien, absolument rien, ne semble - pour le moment - la contrecarrer. |
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Zoom. Ce quil faut retenir
De source fiable, aucun présumé terroriste na été interpellé à lintérieur des frontières marocaines depuis Abdelaziz Habbouch, lun des principaux lieutenants de Saâd Houssaïni, arrêté il y a plus dun mois.
La police, dans tous ses départements, na pas cessé de recruter depuis plusieurs semaines et, sur le seul Casablanca, on note lafflux de 3000 nouveaux policiers en renfort.
Les contrôles sont renforcés au niveau des ambassades et des institutions officielles (Parlement, préfectures de police, etc). Ils sont par ailleurs plus souples au niveau des centres de loisirs et sur les réseaux routiers.
La principale cible des sécuritaires marocains reste le tandem GSPC GICM. Le deuxième, marocain, est en voie de démantèlement mais ses rescapés seraient en voie dintégrer le GSPC, plus international, directement lié à Al Qaïda. Doù la nouvelle appellation du GSPC : Al Qaïda au Maghreb islamique. |
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