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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Zghari

Politique. À quoi servent les partis ?

Mohamed Bougrine
(AFP)

Les partis politiques ont-ils un vrai projet de société ? Surtout, ont-ils la latitude de l’appliquer ? C’est la question qu’a posée un débat organisé par la Fondation Friedrich Ebert et dirigé par le journaliste Driss Ksikes. Et les réponses sont édifiantes…


“L’opération Daba 2007 est une escroquerie intellectuelle ! Les Marocains sont conscients de l’importance des élections, mais ils sont surtout conscients de leur inutilité”. La sentence, lancée par l’écrivain Rida Lamrini, ne laisse aucun doute sur la nature houleuse de ce deuxième épisode du cycle de débats autour des prochaines élections
législatives, organisé par la Fondation Friedrich Ebert et dirigé par le journaliste Driss Ksikes. Il faut dire que la question du jour s’y prêtait : “Quelles sont les marges de manœuvre des partis en termes de politiques économiques et sociales?”. À cette interrogation, lancée sur le site electionsmaroc.com, les internautes ont donné des avis partagés. Néanmoins, le scepticisme des citoyens, quant à la capacité des partis à mettre en œuvre leur programme, reste une quasi-constante. Ce sont surtout les causes de cette incapacité qui partagent : se trouvent-elles dans l’incompétence des élus ou dans la limitation de leurs pouvoirs réels ? Une partie des internautes penche ainsi pour l’existence de barrières politiques, qui réduisent considérablement le pouvoir décisionnaire des gouvernements.

Les représentants de la classe politique marocaine, invités pour le débat, ne disent pas autre chose, soutenant l’impossibilité d’exécuter un quelconque programme électoral dans la configuration actuelle de la répartition des pouvoirs. “Pour avoir une réelle réforme économique et sociale, il faut commencer par envisager une réforme politique. La réforme de la Constitution n’est pas une fin en soi, mais juste un moyen pour donner plus de liberté aux partis politiques”, explique Najib Akesbi du PSU.

Un seul parti : le Palais
“Les partis n’ont pas la liberté de prendre des initiatives, à cause du poids de la monarchie et des instances économiques internationales”, répond un étudiant sur le site electionsmaroc.com. Son opinion rejoint celle d’une grande partie des intervenants, qui estiment que la politique économique est prise en tenailles par les programmes dictés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international… sans pour autant dédouaner les responsables gouvernementaux : “L’exemple flagrant est celui de Oualalou, ministre des Finances, qui défend aujourd’hui la politique du régime au lieu de défendre la politique sociale qu’il prêchait quand il était dans l’opposition, argumente cet internaute. Les partis de gauche ont perdu leur crédibilité et ceux de droite n’ont aucun programme, sauf applaudir à toute initiative royale”, poursuit-il.

Idem pour la politique sociale du pays, qui entre également dans les prérogatives monarchiques : non seulement le roi a été l’initiateur de la fameuse INDH, mais il a en plus recommandé aux partis politiques d’élaborer des programmes… s’inscrivant dans cette stratégie. Ce qui fait dire à Ali Belhaj, secrétaire général de l’Alliance des Libertés, que “les programmes électoraux ne sont qu’une source d’inspiration et d’influence pour ceux qui gouvernent”, se résignant à voir le rôle d’un parti politique réduit à celui d’une simple force de propositions. Même son de cloche chez Lahcen Daoudi, membre du conseil national du PJD : “Si nous n’avons pas de projet de société, c’est parce que la politique au Maroc est une autoroute déjà tracée”. Najib Akesbi va même plus loin : “Même si nous sommes élus pour un programme, nous ne serons jamais dans la capacité de l’appliquer”.

Conclusion : les formations politiques ont les mains liées lorsqu’il s’agit d’engager des stratégies économiques et sociales contraires aux desseins royaux. “Mais cela ne doit pas pour autant les dispenser de concevoir des programmes viables et réalistes”, modère cet internaute.

La main providentielle de Mohammed VI
Pour autant, une bonne partie des réponses à la question du site Internet va dans une direction différente, considérant l’intervention de la monarchie comme salutaire, face à des partis politiques “incompétents” ou “corrompus”, et qui “manquent cruellement d’idées et d’initiatives”.

Principal reproche : l’absence de véritable programme. “Quel est le parti qui avance un programme chiffré ?”, s’interroge un intervenant, avant d’enchaîner : “Si le roi se trouve obligé de tracer une ligne de conduite pour le gouvernement, c’est à cause du manque de sérieux des partis politiques”. Pour certains, la monarchie ne fait donc que combler un espace laissé vacant par les partis. Ces derniers se contentent de promesses aussi vagues qu’utopiques, comme “la lutte contre le chômage ou l’amélioration de la compétitivité de l’industrie nationale… sans jamais avancer les mesures concrètes avec lesquelles ils comptent y parvenir”, souffle un intervenant. Car, conscients de l’impossibilité d’exécuter leurs programmes, les politiques se laissent aller à de la pure démagogie. “Du moment que rien n’est possible, autant, alors, promettre la lune”, ironise encore Najib Akesbi.

Le serpent finit donc par se mordre la queue : “Nous ne faisons pas, parce que nous ne pouvons pas”, semblent dire les politiciens. “C’est plutôt parce que vous ne faites pas que vous ne pouvez pas”, leur répond une bonne partie des internautes.

Pourtant, à les en croire, les partis ne demandent qu’à “se retrouver face à leurs responsabilités”. Une opinion partagée par les représentants du PSU et d’ADL, et revendiquée par le PJD, d’après la déclaration de Lahcen Daoudi : “Si nous entrons au gouvernement, il est pour nous hors de question de travailler avec un premier ministre technocrate ou sur un programme autre que le nôtre. Avec le PJD, ça passe ou ça casse”. Le numéro 2 du parti islamiste rejoint un peu l’avis d’un internaute qui estime que «le parti islamiste a deux programmes : un pour gagner les élections, un autre pour instaurer la dictature». Décidément, le malentendu entre électeurs et partis politiques ne se dissoudra pas de sitôt.

 
 
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