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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Samir Achehbar

Diplomatie.
Sarkozy. Les dessous d’une visite avortée

Marrakech, mai 2006. Nicolas
Sarkozy, alors ministre de
l’Intérieur, en conversation
décontractée avec son
homologue marocain,
Chakib Benmoussa.
(AFP)

La visite de Nicolas Sarkozy au Maghreb a été un semi-échec, marqué par l’annulation de l’étape marocaine. Le Maroc et l’Algérie ont surtout réussi à étaler leur rivalité, éclipsant le projet d’“Union méditerranéenne” du président français.


Pour son premier voyage officiel hors du Vieux continent, Nicolas Sarkozy avait fait monter les enchères. La tournée éclair dans les trois pays du Maghreb s’est transformée en déclaration d’amour à l’Algérie, ébauchant une nouvelle dynamique dans les relations bilatérales avec ce pays. L’offre de rapprochement entre la puissante Sonatrach et les
principaux groupes français du secteur de l’énergie (Total, Suez et Gaz de France) a ravi la vedette à l’annonce prévue de l’un des projets phares de la diplomatie française sous la nouvelle présidence : celui de “l’Union méditerranéenne”. Le programme de la visite de Sarkozy a été chamboulé, sans paraître ralentir sa course.

Finalement, Sarkozy s’est bien rendu à Alger, pour un déjeuner de travail avec le président Abdelaziz Bouteflika, avant de gagner Tunis pour un entretien et un dîner avec le président Ben Ali. Mais l'étape la plus longue de son court voyage (deux jours) était censée se dérouler au Maroc. Le délai prévu de deux jours pour visiter dans l’ordre l’Algérie, la Tunisie et le Maroc a semblé un peu trop court aux autorités de Rabat, qui ont préféré annuler l’étape prévue à Oujda, où Mohammed VI était présent depuis plusieurs jours. Le porte-parole de l’Elysée a d’abord avancé “des raisons de calendrier”, annonçant qu’une visite d’Etat du président français est d’ores et déjà prévue pour le mois d’octobre.

Continuité ou rupture ?
Une autre explication, avancée notamment par la chaîne Al Jazeera, établissait un lien direct entre l’annonce de la mise en état d’alerte maximum des forces de sécurité du royaume, faite en fin de semaine, pour parer à “des menaces terroristes avérées”, et l’annulation de la visite. Une explication aussitôt démentie par le gouvernement français. Du côté marocain, on soutient plus simplement que les conditions de rencontres fructueuses n’étaient pas réunies. En fait, ces termes diplomatiques cachent la déception de voir le Maroc “relégué” à la dernière étape de la visite de Sarkozy, alors que Jacques Chirac avait consacré au royaume sa première visite d’Etat en 1995. La comparaison avec l’ère Chirac ne peut que décevoir, d’après Kader Abderrahim, journaliste algérien et chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS). Celui-ci estime que l’annulation de la visite “d’un président élu depuis peu, très puissant et populaire, aura des retombées diplomatiques”. Et d’ajouter : “Les Marocains pensaient pouvoir entretenir les mêmes relations avec Sarkozy qu'avec Chirac. Ce n'est pas le cas. C'est une autre génération qui prend la relève”.

Faut-il y voir une rupture, sinon entre le Maroc et la France, du moins dans la politique maghrébine de cette dernière ? Rien n’est moins sûr. Nicolas Sarkozy est resté frileux durant sa visite sur une question en particulier, celle du Sahara. Le président français, qui a accordé une interview officielle aux journaux algériens El Watan et El Khabar, a rappelé le soutien de son pays à la résolution 1754 du Conseil de sécurité. Ce faisant, il a validé la ligne diplomatique – plutôt favorable au Maroc – défendue par Jacques Chirac avant lui. Dans le même entretien, Nicolas Sarkozy, soucieux de ménager les susceptibilités, s’est dit “très ouvert aux demandes algériennes [dans le domaine militaire], de la même façon qu’à celles des pays voisins”. Et lors d’un point de presse, mardi, à l’issue de son entretien avec le président algérien, il a déclaré : “Le président Bouteflika m’a dit lui-même qu’il connaissait la position traditionnelle de la France et ne m’a pas demandé d’y renoncer. Il a expliqué, avec les arguments qui sont les siens et que je respecte, quelle était la position de l’Algérie. Mais moi, je n’en fais pas un point de discorde entre la France et l’Algérie”.

Et l’Union méditerranéenne ?
Le président français voulait présenter aux dirigeants de la région son projet d’ “Union méditerranéenne”, établissant un partenariat formel entre les pays d’Europe du Sud et leurs voisins du Maghreb, de manière à réactiver le processus Euromed, aujourd’hui en panne. La visite aux trois pays devait fournir à Sarkozy de premiers retours sur l’enthousiasme des chefs d’Etat, pour une redéfinition d’une politique multilatérale de l’Europe à l’endroit du Maghreb. C’est peut-être aussi ce qui gênait la diplomatie marocaine, jalouse de son statut d’enfant chéri de la France. Or, un consensus politique semble s’être établi, aujourd’hui en France, sur la nécessité d’être plus “maghrébiste que les pays maghrébins”, en poussant les deux pays voisins à dépasser leurs rivalités pour relancer la dynamique régionale, dont le blocage coûterait au Maroc et à l’Algérie un point de croissance par an.

Cette orientation de la politique étrangère de Sarkozy recoupe une partie des propositions faites dans un “Rapport Avicenne”, par des journalistes ou des chercheurs comme Alain Gresh du Monde diplomatique, mais aussi des diplomates à l’instar de Denis Bauchard, ancien directeur de l’IMA, diplomate et conseiller à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Dans ce document, sobrement intitulé “Contribution pour une politique volontariste de la France au Maghreb et au Moyen-Orient” et distribué aux candidats à l’élection présidentielle en avril 2007, les auteurs proposaient, par exemple, “d’affecter une partie des crédits jusqu’ici accordés à chacun des trois partenaires à une enveloppe régionale finançant des projets nécessaires d’intégration, que leurs divisions actuelles leur interdisent de promouvoir eux-mêmes”. Quand on sait que le Maroc est l’un des tous premiers bénéficiaires de l’aide française au développement – derrière l’Algérie –, il est permis de penser que la dispute ne fait que commencer.

 
 
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