Environnement. Cherche plage propre
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Pollution ou pas, les estivants,
mal informés, continuent à se
baigner en toute liberté.
(AFP)
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Le département de lEnvironnement vient de publier son rapport annuel sur la qualité des eaux de baignade. Résultat : 92% des plages sont conformes. Mais autour des grandes villes, cest généralement la catastrophe.
Un mardi après-midi comme les autres, au Laboratoire national des études et de la surveillance de la pollution, à Rabat. Dans une atmosphère chargée deffluves de produits chimiques, deux techniciens en blouse blanche saffairent autour de leurs drôles de machines. Objectif des opérations : analyser des échantillons deau de mer, à la |
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recherche de coliformes, des bactéries de couleur jaunâtre, dont le taux de concentration détermine le degré de salubrité des eaux de baignade. Et cest le résultat de ces analyses qui déterminera sil est recommandé ou non de barboter dans les vagues de telle ou telle plage. Les pauvres, ils ne prendront pas de congé cet été, lance, sourire en coin, un responsable du Laboratoire, désignant les techniciens aux mines renfrognées. Et sils ne prennent pas de vacances, cest parce quils soccupent des nôtres.
En effet, chaque année, à partir du mois de juin et jusquà septembre, cest le branle-bas de combat dans ce service. Les laborantins doivent analyser les prélèvements effectués dans 93 plages du royaume. Une deuxième inspection est effectuée en février pour compléter le diagnostic. Le résultat fait lobjet dun rapport sur la qualité des eaux de baignade, diffusé chaque année au début de la saison estivale.
Cette année, les résultats sont plus que rassurants. Le département de lEnvironnement a annoncé que plus de 92% des plages sont propres à la baignade, une amélioration notable par rapport aux années précédentes, où certaines plages, comme celles de Mohammedia et Tanger, ont frôlé la cote dalerte, à cause de la nocivité des rejets domestiques et industriels, mais aussi du manque flagrant dans les infrastructures dhygiène.
Sans surprise, les points noirs restent invariablement les mêmes : les littoraux de Calabonita, près dAl Hoceïma, dAsilah, de Rabat-Salé, dAïn Sebaâ-Casablanca et de Sidi Ifni. Ces plages font partie de la catégorie C et D, cest-à-dire des eaux momentanément polluées, voire de mauvaise qualité. Et elles ne cessent de se dégrader, polluées par les rejets deaux usées.
Un rapport pour rien ?
Plus grave, ces mises en garde du département de lEnvironnement se font uniquement à titre dinformation : aucune note ninterdit formellement laccès à ces plages. Ainsi, à Rabat, les estivants se baignent librement, malgré la forte pollution de leau, due aux problèmes dassainissement liquide. En cause : lOued Akreuch, la célèbre décharge publique, dont le suc se déverse directement dans le Bouregreg, avant datteindre lembouchure. Cette décharge est une véritable catastrophe naturelle, indique un élu de Rabat, qui précise cependant que sa délocalisation vers le site dOum Azza, à Aïn Aouda, est en cours. Un collecteur deaux usées est également en voie de construction. Mais sil est en chantier, lassainissement de la plage de Rabat attendra encore quelques années.
Question : À quoi sert un rapport aussi détaillé sur la qualité des plages, si ses conclusions ne débouchent sur aucune mesure ineterdisant laccès aux plages dangereuses ? Cela est du ressort des autorités locales. Cest à elles dagir pour interdire ou, au moins, informer de manière plus efficace la population, explique un expert au département de lEnvironnement. En fait, lintervention de ce service se limite à envoyer aux collectivités locales des bulletins réguliers sur létat des plages. Ces dernières peuvent en faire ce quelles veulent. Cest-à-dire, dans le cas despèce, pas grand-chose.
Alors, inutile, le fameux rapport ? Pas vraiment. Son principal avantage est de créer une émulation entre les collectivités locales, qui se lancent dans une course effrénée pour décrocher un pavillon bleu, norme internationale exigeant une plage propre, mais également dotée de toutes les infrastructures dhygiène. Et qui dit label de qualité, dit affluence touristique, et les recettes sonnantes et trébuchantes qui vont avec.
Mais si certaines collectivités sinclinent devant le verdict des éprouvettes, dautres nhésitent pas à braver ses recommandations, quitte à se lancer dans un véritable bras de fer.Exemple : lannée dernière, le département de Mohamed Elyazghi avait déclaré les eaux de la plage de Tanger de mauvaise qualité. Piqué au vif, le wali de la ville a énergiquement contesté la teneur du rapport et, joignant le geste à la parole, est allé jusquà se baigner lui-même dans les flots du Détroit, sous le regard stupéfait des tangérois
et des médias, bien sûr.
Ne faites pas comme le wali !
Finalement, la plage de Tanger a fini par passer lexamen, avec la note B, surtout grâce aux travaux sur le réseau dassainissement, réalisés depuis larrivée du concessionnaire Amendis. Le wali était visiblement prêt à tout faire pour vendre sa ville. Mais savait-il vraiment ce quil risquait ?
Car la baignade dans des eaux déclarées non conformes est réellement dangereuse. Les estivants peuvent contracter des affections cutanées, mais également des maladies plus graves, comme la typhoïde. Cest surtout le cas dans les eaux stagnantes situées dans les baies, explique un dermatologue.
Plus bénins, mais aussi plus fréquents, sont les cas datteinte de champignons, qui prolifèrent dans le sable et non dans les eaux de baignade. Or, les analyses sur le sable ne font pas partie des analyses microbiologiques du département de lEnvironnement. Mais les fortes critiques adressées à ce dernier lont poussé à les inclure dans son cahier des charges pour les prochaines années.
Au-delà des critères adoptés par le laboratoire, des questions se posent concernant la fiabilité de ses conclusions, surtout concernant lamélioration de la qualité des eaux de certaines plages. Cette année, Mohammedia a été classée de moyenne qualité
malgré la forte pollution qui sévit sur la ville, du fait de la concentration dindustries pétrochimiques. Cette évolution spectaculaire est imputée par un expert à une amélioration draconienne des installations de recyclage des eaux industrielles. Constat qui ne convainc pas des associations locales : Les études sur les plages sont uniquement microbiologiques. Elles ne peuvent pas détecter les composants chimiques rejetés par les usines, explique le président dune ONG écologique de Mohammedia.
Les plus sceptiques nont donc quà suivre un conseil, lancé par un responsable du même laboratoire : La plage la plus propre, cest tout simplement une plage vierge, éloignée de toute agglomération. Reste à trouver une île déserte sur les côtes marocaines
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