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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri,
(avec agence)

Rapport. Moins de drogues, mais…

Premier exportateur de cannabis
de la planète, le Maroc
a considérablement
réduit sa production.
(AFP)

Le rapport mondial des Nations Unies indique que le train fou de la toxicomanie s’est ralenti. Mais si le marché mondial de la drogue a stagné, la guerre est loin d’être gagnée.


Le 26 juin dernier, l’ONU publiait son rapport mondial sur les drogues. Un rapport très complet de quelques centaines de pages, fourmillant de tableaux, statistiques et dégageant les grandes tendances de l’année. On y apprend que le train fou de la toxicomanie s’est ralenti en 2006, tant en production qu’en trafic et en consommation. “Pour presque tous les types de drogues – cocaïne, héroïne, cannabis, amphétamines…- il
y a des signes de stabilité générale”, indique, dans la préface du document, Antonio Maria Costa, directeur de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc). “Mais cela ne veut pas dire que le problème a été résolu”, prévient-il.

Le Maroc, bon élève…
Au chapitre, “Tendances dans les marchés mondiaux de la drogue”, quelques pages sont réservées au Maroc, bien évidemment concernant la production de cannabis. Pas de surprise, notre pays reste le premier producteur de haschich au monde. Mais on apprend que les surfaces cultivées ont fondu comme neige au soleil. Elles passent de 134 000 hectares en 2003 à 76 400 en 2005. Pendant la même période, la production de résine de cannabis (haschich) a baissé de 3000 tonnes à 1066 tonnes. Le fief du haschich reste le triangle Chefchaouen (56% du total en 2005), Taounat (17%) et Al Hoceïma (16 %).

Les efforts du Maroc, mais aussi du Nigeria, auraient eu pour conséquence de stabiliser la production de cannabis en Afrique. Celle-ci a même légèrement baissé en 2005. “Ce mouvement n’est toutefois pas homogène, car plusieurs pays du continent notent des hausses de production. La tendance pourrait rapidement s’inverser”, relativise le rapport. L’étude souligne aussi que plusieurs pays ne citent plus le Maroc comme pays source de leur “hasch” local. “Entre 1999 et 2003, 31% des pays affirmaient que leur cannabis provenait du Maroc”. En 2005, ils ne sont plus que 20%. Aujourd’hui, il y a mondialisation du phénomène : au moins 172 pays produisent du cannabis pour environ 160 millions de consommateurs. Le cannabis reste la drogue la plus consommée. En Europe, l’Italie, la Suisse, la France et l’Espagne abritent les fumeurs les plus invétérés.

L’Afghanistan s’enfonce
Autre signe encourageant pour l’Onudc, la culture de la coca est toujours en déclin dans les Andes et la consommation mondiale de la cocaïne s’est stabilisée, même si la baisse enregistrée aux Etats-Unis est contrebalancée par des augmentations préoccupantes en Europe. La Colombie reste le premier pays producteur (600 tonnes en 2006). Pourtant, l’éradication des surfaces (29% entre 2000 et 2006) atteint ses limites face aux nouvelles techniques de production et aux labos de transformation.

Pour l’héroïne, en revanche, le marché explose. Malgré une baisse de 10% des surfaces cultivables, la production a atteint le chiffre record de 6610 tonnes, soient 43% de plus qu’en 2005. La production s’est concentrée sur l’Afghanistan. La culture du pavot y a progressé de telle manière qu’elle a éclipsé l’éradication des autres sources d’approvisionnement d’Asie du Sud-est. L’Afghanistan, c’est 92% de la production mondiale d’héroïne ! “Guérir la province de Helmand de son cancer de drogue débarrasserait le monde de la source du plus dangereux des stupéfiants”, note le rapport.

Quant au marché des drogues de synthèse, type ecstasy, il marque le pas, à 480 tonnes. La consommation d’“ecsta” recule nettement en Amérique et même en Europe.

D’après l’Onudc, la répression du trafic a aussi joué un rôle : les saisies ont retiré du marché 45% de la production mondiale de la cocaïne et 26% de celle d’héroïne. Résultat : les trafiquants recherchent aujourd’hui de nouveaux itinéraires. “L’Afrique est la cible des trafiquants de cocaïne qui viennent de l’Ouest (Colombie) et des trafiquants d’héroïne qui viennent de l’Est (Afghanistan)”, relève le rapport. On pourrait alors assister à une reconfiguration de la carte des trafics.

La bataille contre la drogue semble difficile à gagner. Les sommes en jeu sont folles : le marché de la drogue a généré 322 milliards de dollars en 2005 ! “Le trafic de drogues génère plus de profit que n’importe quel autre trafic”, rappelle l’Onudc.

 
 
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