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Portrait. Osfour de metal
Coup de coeur. Un Ziad lumineux
N° 283
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

Portrait. Osfour de metal

Jalal Osfour
(DR)

Petit-fils du cinéaste Mohammed Osfour, c’est pourtant la musique que Jalal choisit, dans une forme pour le moins originale : du rock metal 100% darija. Rencontre.


“Je n’ai pas pris de vacances depuis dix ans, mais je pense que le jeu valait la chandelle”, plaisante Jalal Osfour, encore tout excité d’avoir présenté, sur les ondes de la radio, quelques titres de sa compilation Marock mad Volume 1, dont la sortie est programmée pour août prochain. Installé en Suisse depuis l’âge de 7 ans, ce trentenaire gardera de ses années sous le ciel vert et rouge le souvenir de sa
grand-mère allemande Léna Osfour, amatrice de piano. “C’est elle qui a introduit la musique dans la maison, poursuit Jalal. Elle a contaminé toute la famille. Et pour me faire pousser la chansonnette, mes oncles avaient l’habitude de me promettre un yaourt”.

Ce chantage lactique aura contribué à pousser Jalal vers la musique, encouragé par une maman fan de Paco de Lucia et de Faïrouz. À l’âge de 15 ans, il découvre Steve Vai dans le film de série B Le chemin de la gloire. Littéralement ensorcelé par la virtuosité du guitariste rock américain, l’ado a trouvé sa vocation. Il se fait offrir une guitare et fonde, quelques mois plus tard, son premier groupe, baptisé les Black Hills.

Au bout de six mois de répétition, les “Collines noires” donnent un premier concert à Monthey, ville de résidence du groupe. “C’était un fiasco. Depuis ce jour, je me suis promis de ne plus monter sur scène tant que je ne maîtrisais pas mon sujet”. Jalal entame alors son apprentissage, enchaînant de 6 à 8 heures de guitare par jour : riffs, solos, rythmiques… tout y passe. “Faute de réviser ses cours, il a préféré réviser ses gammes”, s’amuse Yassine Barry, son manager.

Un prof de prestige
Quelques années plus tard, le gamin un peu grunge a fait du chemin. Il a quitté le domicile parental depuis quelques années déjà pour emménager à Montreux. Dans la ville rendue fameuse par son Festival de jazz, Jalal travaille dans un magasin de musique. Forcément. “ça me permettait de travailler et d’utiliser du matériel dernier cri”. Entre autres trésors, Jalal acquiert à moindre coût les vidéos pédagogiques du légendaire guitariste Joe Satriani. “J’avais le meilleur professeur du monde pour trois fois rien, lance-t-il. Et je pouvais l’interrompre autant de fois que je voulais”.

Plus aguerri, le jeune homme crée son propre label, Ethnometal Records et retente l’aventure du band. En 1998, il monte avec des amis Kénitra (petit pont en arabe, rien à voir avec la ville), un groupe metal… arabophone. L’idée est soufflée par sa mère, incontestablement visionnaire.

En parallèle, via son métier de vendeur, Jalal avait fait la connaissance du producteur David Richards, résidant également à Montreux, qui a notamment travaillé avec Queen, Michael Jackson et les Rolling Stones. Au culot, le jeune homme lui propose de venir écouter son album. “Au bout de deux chansons, il était partant pour nous produire. Mais l’histoire a tourné court car, en plus de céder mes droits d’auteur, je devais financer la production”. Jalal choisit finalement de mettre son argent dans l’aménagement et l’équipement d’un studio d’enregistrement.

Mélange des genres
D’enregistrement en concert, Jalal finit cependant par se lasser des sonorités raï, dont il commence même à contester la créativité. “Nous ne faisions que de l’assemblage : il ne suffit pas de placer des textes en arabe sur un son rock pour prétendre innover”, commente-t-il, lucide. Direction : un pas de plus dans l’expérimentation, vers un mélange de rap arabophone et de metal. Pour entrer en contact avec des rappeurs marocains, il choisit de déposer une annonce sur Internet. Cette bouteille à la mer cybernétique sera interceptée par Askri Dlam (littéralement “soldat de l’ombre”) et Colonel, deux rappeurs correspondant au profil recherché. Le trio, baptisé El Mizane, confectionne à distance “Style Jdid”, le premier de cinq titres enregistrés. Sur cette chanson, les rimes des deux rappeurs se posent sur les riffs métalliques de Osfour, créant une rare fusion de styles dans la nouvelle scène musicale marocaine.

Les choses s’enchaînent pour Osfour junior, qui multiplie les concerts de sa dernière production, Magic Finger Project, un album live enregistré en 2006. Cette même année, Jalal rencontre Soufiane, 20 ans à peine et une “golden voice en puissance”, s’enthousiasme Jalal. Soufiane prête ses textes et sa voix aux rythmiques du groupe Kénitra pour son prochain album, prévu pour début 2008. “Certains mettent plus de temps à trouver ceux qui vont vendre leur musique qu’à la faire. Pour moi, c’est le contraire”, conclut-il, résumant avec humour ses dix ans de carrière.

 
 
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