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Par Chadwane Bensalmia
Coup de cur. Un Ziad lumineux
Au bout de quinze ans de fusion, Karim Ziad signe Dawi, lalbum de la maturité. Onze titres qui redonnent envie de se réconcilier avec un genre musical galvaudé, à force de déjà entendu.
Écouter un album de fusion gnaoua, quelques jours après la fin du Festival dEssaouira, cest prendre le risque dune petite indigestion auditive, accompagnée dune inévitable sensation de déjà entendu. Mais cette probabilité sapproche du zéro dans les productions de Karim Ziad. Lartiste a suffisamment pratiqué le genre pour en connaître - et éviter - les pièges. Le percussionniste koyo quil était il y a une |
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quinzaine dannées, en samourachant de ses origines musicales nord-africaines, accède désormais au rang de maâlem, à sa manière. Cest ce que prouve Dawi, un nouvel album composé de onze titres, comme autant de portes à ouvrir dans lordre, à respecter religieusement comme dans une lila.
Retour aux sources
Dawi démarre loin dans lHistoire, quelque part dans lAlgérie du VIIème siècle, quand les Aït Slimane, confrérie kabyle et originelle de son grand-père, ont fui linvasion idrisside pour aller se réfugier à Bejaïa. Cest à leur gloire que Ziad a composé un Selmani, bercé par ses origines kabyles, nourri de tagnaouite et aguerri de jazz. Une entrée en matière nostalgique, tendrement cuivrée, un guembri discret et sporadique, juste assez pour rappeler que, sans en afficher la prétention, Ziad est également un grand interprète. Suffisamment pour faire monter la tension crescendo jusquà son évanouissent subit, laissant la place au frénétique et cher à son cur Lalla Aïcha. À tout seigneur, tout honneur : ce dernier arrive par la voix de deux maâlems complices du batteur, Abdelkébir Merchane et Hamid El Kasri. Deux maîtres sur un même titre, ce nest pas très fréquent, mais ne parle-t-on pas de fusion ici ? Il faut dire aussi que larrangement a été savamment pensé pour trouver une place - de choix à un solo de guitare signé Nguyen Le, guitariste fétiche et co-compositeur de lalbum.
Aïcha meurt et Jilala naît, avec le guembri et les vocalises de Merchane. En ces temps où fusion gnaoua rime avec effort minimum, on ne peut quapprécier la richesse instrumentale du titre, après le remaniement de Ziad. On en retient cependant cette délicieuse intrusion de violon mi-berbère mi-oriental, touche du maître, qui finit de donner toute sa cohérence au discours musical dactualisation prôné par Karim Ziad.
Bousculer, retoucher, réarranger
On le sait, lhomme nhésite pas à bousculer, retoucher, réarranger, mais noublie pas pour autant doffrir un peu de bonheur aux plus puristes de la percussion gnaouie. La deuxième partie de Selmani est simplement physique, et arrive à temps pour assurer le passage de Jilala à Dawi. Morceau titre de cet album, un classique du répertoire gnaoui quil a mêlé de rap. On ne peut sempêcher de penser à une certaine vérité servie par Ngûyen Le, selon laquelle la vraie World Music est en fait celle de la génération des enfants d'immigrés. Des enfants malades de mélange, et cest tant mieux. Lexpérience Dawi est doublement digne du Sehha dû aux maîtres et du respect servi aux rappeurs, réunis ici sur un fond funk pour chanter Salam, Allah ya moulana et espérer lacceptation de lautre dans toute sa différence.
Et en parlant de différence, elle a vite fait de simposer à loreille avec le sixième titre. Had Zmen saffranchit totalement des rythmiques gnaouies, leur préférant une distribution minimaliste où la voix de Ziad navigue entre le souvenir de Dehmane El Harrachi et les airs larmoyants dun Mohamed Rouicha bien de chez nous. Un petit intermède mélancolique qui ne dure quun temps. Et déjà, avec Houaria, Ziad retrouve sa pêche et sa curiosité sonores, aux côtés des autres invités de cet album, les Armenian Navy Band ou les allemands WDR. De la fusion gnaouie, il ne reste que le mot fusion dans ce troisième tiers. Et quitte à gâcher la surprise, cest là que se cache la véritable perle de cet album, en avant dernière place, portant le nom de Jazzayer. Un instrumental trépidant, fier et vivant, comme lAlger de sa jeunesse. |
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