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Coup de coeur. Un Ziad lumineux
N° 283
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia

Coup de cœur. Un Ziad lumineux

Karim Ziad
(DR)

Au bout de quinze ans de fusion, Karim Ziad signe Dawi, l’album de la maturité. Onze titres qui redonnent envie de se réconcilier avec un genre musical galvaudé, à force de “déjà entendu”.


Écouter un album de fusion gnaoua, quelques jours après la fin du Festival d’Essaouira, c’est prendre le risque d’une petite indigestion auditive, accompagnée d’une inévitable sensation de “déjà entendu”. Mais cette probabilité s’approche du zéro dans les productions de Karim Ziad. L’artiste a suffisamment pratiqué le genre pour en connaître - et éviter - les pièges. Le percussionniste koyo qu’il était il y a une
quinzaine d’années, en s’amourachant de ses origines musicales nord-africaines, accède désormais au rang de maâlem, à sa manière. C’est ce que prouve Dawi, un nouvel album composé de onze titres, comme autant de portes à ouvrir dans l’ordre, à respecter religieusement comme dans une lila.

Retour aux sources
Dawi démarre loin dans l’Histoire, quelque part dans l’Algérie du VIIème siècle, quand les Aït Slimane, confrérie kabyle et originelle de son grand-père, ont fui l’invasion idrisside pour aller se réfugier à Bejaïa. C’est à leur gloire que Ziad a composé un Selmani, bercé par ses origines kabyles, nourri de tagnaouite et aguerri de jazz. Une entrée en matière nostalgique, tendrement cuivrée, un guembri discret et sporadique, juste assez pour rappeler que, sans en afficher la prétention, Ziad est également un grand interprète. Suffisamment pour faire monter la tension crescendo jusqu’à son évanouissent subit, laissant la place au frénétique – et cher à son cœur – Lalla Aïcha. À tout seigneur, tout honneur : ce dernier arrive par la voix de deux maâlems complices du batteur, Abdelkébir Merchane et Hamid El Kasri. Deux maîtres sur un même titre, ce n’est pas très fréquent, mais ne parle-t-on pas de fusion ici ? Il faut dire aussi que l’arrangement a été savamment pensé pour trouver une place - de choix – à un solo de guitare signé N’guyen Le, guitariste fétiche et co-compositeur de l’album.

Aïcha meurt et Jilala naît, avec le guembri et les vocalises de Merchane. En ces temps où fusion gnaoua rime avec effort minimum, on ne peut qu’apprécier la richesse instrumentale du titre, après le remaniement de Ziad. On en retient cependant cette délicieuse intrusion de violon mi-berbère mi-oriental, touche du maître, qui finit de donner toute sa cohérence au discours musical “d’actualisation” prôné par Karim Ziad.

Bousculer, retoucher, réarranger
On le sait, l’homme n’hésite pas à bousculer, retoucher, réarranger, mais n’oublie pas pour autant d’offrir un peu de bonheur aux plus puristes de la percussion gnaouie. La deuxième partie de Selmani est simplement physique, et arrive à temps pour assurer le passage de Jilala à Dawi. Morceau titre de cet album, un classique du répertoire gnaoui qu’il a mêlé de rap. On ne peut s’empêcher de penser à une certaine vérité servie par N’gûyen Le, selon laquelle “la vraie World Music est en fait celle de la génération des enfants d'immigrés”. Des enfants malades de mélange, et c’est tant mieux. L’expérience Dawi est doublement digne du Sehha dû aux maîtres et du respect servi aux rappeurs, réunis ici sur un fond funk pour chanter “Salam, Allah ya moulana” et espérer l’acceptation de l’autre dans toute sa différence.

Et en parlant de différence, elle a vite fait de s’imposer à l’oreille avec le sixième titre. Had Zmen s’affranchit totalement des rythmiques gnaouies, leur préférant une distribution minimaliste où la voix de Ziad navigue entre le souvenir de Dehmane El Harrachi et les airs larmoyants d’un Mohamed Rouicha bien de chez nous. Un petit intermède mélancolique qui ne dure qu’un temps. Et déjà, avec Houaria, Ziad retrouve sa pêche et sa curiosité sonores, aux côtés des autres invités de cet album, les Armenian Navy Band ou les allemands WDR. De la fusion gnaouie, il ne reste que le mot fusion dans ce troisième tiers. Et quitte à gâcher la surprise, c’est là que se cache la véritable perle de cet album, en avant dernière place, portant le nom de Jazzayer. Un instrumental trépidant, fier et vivant, comme l’Alger de sa jeunesse.

 
 
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