Presse. L'affaire Ariri
Politique. Les adieux de Jettou
Terrorisme. L'Etat est-il "responsable" ?
Droits de l'homme. Les embastillés de Tagounit
Élections. Mais où sont les femmes ?
Sport. Chez Ali "baballe"
Fatima Charbi. Rêves de retour
Société. Divorcer ? Pourquoi pas !
France. Les soucis de Rachida Dati
Bourse. CGI, le tube de l'été ?
Hip Hop. De rap et de rage
Internet. Salé sur Web
Portrait. Osfour de metal
Coup de coeur. Un Ziad lumineux
N° 283
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Majdoulein El Atouabi
et Hassan Hamdani

Les photos illustrant ce dossier n’ont pas de relation avec les faits qui y sont relatés.


Reportage. Nuits de folie à Marrakech

(AFP)

Faire la bringue à Marrakech est un classique des fêtards en tout genre. Qualités requises : une tolérance à l'alcool certaine, une capacité à enchaîner les nuits blanches et un portefeuille bien garni pour succomber à toutes les tentations. Dans la ville ocre, la nuit tous les chats sont… grisés.


14 juillet. 23h30. Jad Mahal. Ce n'est pas la foule des grands soirs. Une bonne partie des habitués du Jad Mahal est ailleurs, dans l'enceinte du consulat de France, où l'on célèbre en grande pompe la fête nationale française. À l'entrée, les videurs vous scannent pour la
forme, leur tamis n'est pas sécuritaire mais de nature vestimentaire. Le regard de l'un des malabars scrute vos pieds afin de vérifier si vous ne portez pas de sandales. Si ce n'est ce petit détail rédhibitoire pour la quasi-totalité des lieux nocturnes marrakchis, le client passe comme une lettre à la poste, pour peu qu'il soit habillé correctement. Une fois oblitéré par le videur, l'hôtesse d'accueil peut entrer en scène. “C'est pour dîner ?”, demande-t-elle. “Non, c'est pour boire un verre”, lui rétorque un client. La réponse semble la satisfaire. Elle sait bien qu'à Marrakech, un verre en appelle forcément beaucoup d'autres. Car une fois englué dans l'ambiance festive de la ville, les calculs n'ont plus droit de cité. En particulier au Jad Mahal, où l'apparat appelle l'argent. Avec sa décoration d'inspiration indienne et ses danseuses orientales, l'antre de la fête se situe aux confluents du Gange et du Nil, abreuvant les clients aux mamelles de l'oriental chic et choc, cet ailleurs où tout n'est que luxe, calme (mais, point trop n’en faut) et beauté.

Tout juste sortis de la soirée au consulat, des Français y sont venus fêter la victoire de la plèbe sur la noblesse et ses privilèges. Attablés en couple, à proximité du bar, tournant le dos au groupe de musique “live”, les hommes ont l'inévitable french touch marrakchie : des chemises blanches en lin. C'est le signe de détachement suprême du type qui s'apprête à tout moment à embarquer pour une croisière méditerranéenne. Et comme, aux dernières nouvelles, il n'y a point de port à Marrakech, la concentration de chemises en lin évoque davantage une semaine du blanc à Marjane. Il n'y a pas de matelots non plus à Marrakech, mais quelques filles à matelots tout de même. Trop classe et trop belles, cependant, pour les deuxième classe de la Marine royale. Trois d'entre elles sont d'ailleurs attablées devant une bouteille de vin et quelques plats maison, conformes à des femmes apprêtées pour s'amuser et nullement à des pros venues harponner le consommateur d'amour tarifé. Cependant, leurs regards discrets, jetés à deux clients installés à quelques mètres, lèvent le voile sur une infime partie de la réalité. “Beaucoup de lieux nocturnes font des ristournes aux prostituées ou ne les font pas payer, pour la simple raison qu'elles attirent de la clientèle”, explique, sans fioritures, l'ex-gérant d'une boîte de nuit de la ville. C'est la technique de l'hameçon où chacun trouve son compte : de la boîte au micheton fortuné, en passant par les filles de joie. À une autre table, assise à un endroit stratégique où elle ne peut rater aucun nouveau venu, une créature au décolleté plongeant scanne les hommes passant dans son périmètre d'action. La tigresse attend un hamster en mal d'amour pour le dévorer tout cru.

1h00. Jad Mahal. Ce dommage collatéral, inévitable dans le monde de la nuit, ne doit pas masquer un fait : beaucoup de gens sont là juste pour faire la fête, au son du groupe maison. Ils dansent, boivent, crient à tue-tête pour encourager les reprises de classiques disco, funk et rock du Jad Mahal's Band. On se mélange entre Français et Marocains dans un tutti frutti bleu-blanc-rouge et vert. Ce cocktail en quadrichromie est devenu une spécialité de la ville ocre depuis que Marrakech est la grande banlieue de Paris et la petite banlieue de Casablanca. Le seul critère de différenciation devient la capacité à se lâcher avec naturel et aisance. Et sur ce point, le grand écart est au rendez-vous ce soir. Faisant face au groupe, directement au front entre le zinc et la scène, des couples d'habitués se déhanchent en rythme, sans gêne aucune, si ce n'est celle des tables des VIP où s'amoncellent les trophées du soir : bouteilles de champagne et de vodka. Les serveuses du bar chauffent à blanc l'ambiance, maîtrisant aussi bien l'art du cocktail que de la danse. Dans tous les cas, beaucoup mieux qu'un groupe de touristes français que l'on soupçonne en congés payés, téléportés de la tristesse d'une ville de province aux fastes marrakchis par la grâce d'un tour opérateur discount. Moins show-off, cet essaim s'est réfugié dans un couloir discret pour dansouiller approximativement, loin de cette jeunesse à vous filer des complexes de vieux beaux sur le retour. Et notamment à un type en chemise rose de comptable. Il se trémousse avec une souplesse de bassin digne de la danse des canards, ce tube des années 80 qui a entaché pendant longtemps tous les discours sur la grandeur de la France. Deux noctambules casablancais, atterrés par ce spectacle désolant, en ont presque dégrisé malgré les petits verres successifs. Ils décident de plier bagage pour le Pacha, boîte incontournable où l'on est certain de croiser des Rihanna ou des Danii Minogue en pleine adolescence survoltée.

1h30. Le Pacha. Le labyrinthe de barrières métalliques, cassant la foule habituelle massée chaque week-end devant l'usine de la fête marrakchie, est superflu ce soir. Mais où est donc toute cette jeunesse insouciante, clientèle habituelle du lieu ? Ailleurs, mais pas chez ses parents. Personne ne semble prêter attention à l'alerte générale décrétée dans tout le Maroc, ni craindre les kamikazes désirant remettre sur la voie de Dieu les fêtards en remplaçant l'éclate par l'explosion pop corn. “On a été très discrets sur les risques d'attentat pour ne pas effrayer les touristes en vacances à Marrakech”, explique un officier de police. En fait, si le Pacha n'a pas fait le plein, c'est davantage à cause de la concurrence du Théâtro, qui a programmé au même moment le DJ David Vendetta. Le Théâtro joue ainsi sur du velours, assuré de faire boîte comble grâce à cette pointure de la nuit internationale. “Il n'y a pas que des clubbers attirés par les grands DJs. On retrouve aussi des fêtards en quête de souvenirs pour frimer le lundi auprès des copains sur l'air du 'j'y étais' !”, se lamente une bonne connaisseuse du monde de la nuit. Le Pacha, se sachant bousculé ce soir, fait dans le discount : le prix de l'entrée est fixé à 200 dirhams au lieu des 300 habituels quand une star des platines s'y produit. Malgré les soldes, la piste gigantesque du Pacha est devenue trop grande pour la foule clairsemée des djeun's, population cible du lieu. En effet, le Pacha ne déroge pas à la règle qui régit les boîtes de nuit marrakchies : “La tolérance vis-à-vis de l'âge de la clientèle est obligatoire pour nous. Ce sont les jeunes qui sortent majoritairement. Les refouler à l'entrée, c'est l'assurance d'avoir une boîte vide”, explique le gérant d'un lieu nocturne ayant requis l'anonymat. Un anonymat presque superflu face à un secret de polichinelle. La politique marketing des clubs est connue de tous. Il suffit de traîner devant un lycée marrakchi pour se faire tendre un flyer annonçant la prochaine soirée à ne pas rater. Et comme chacun doit s'adapter au budget de sa clientèle, les jeunes aux porte-monnaie exigus ont même droit à des ristournes sur le prix des bouteilles.

2h30. Le Pacha. Au milieu d'adolescents marrakchis et de jeunes Casablancais, des touristes étrangers traînent leurs guêtres sans pour autant connaître la ville ocre comme leur poche : “Le Pacha reste la référence suprême, connue même des étrangers qui n'ont jamais mis les pieds à Marrakech”, explique Isabelle Issa, journaliste évènementiel pour le site maroceve.com. Un peu comme la Tour Eiffel pour Paris. Sauf qu'ici, comme dans tout le Marrakech by night, des professionnelles de l'amour traînent dans leur sillage des clients harponnés ailleurs qu'au Pacha. Ces derniers, quinquagénaires en cure de jouvence à Marrakech, s'achètent un sauf-conduit vers le 7ème ciel. Mais, avant ça, ils doivent suer sang et eau sur de la techno plus vraiment de leur âge, trop rapide pour leurs palpitants. Condamnés à souffrir le martyre sur un beat servi par le DJ, perché dans sa loge tel un prophète des temps modernes. Le messie des platines doit pourtant corriger, parfois, ses évangiles pour faire plaisir aux fidèles les plus nantis qui communient dans les coins VIP. Fiefs attitrés d'une certaine jeunesse plus dorée que rouillée, les bons clients s'y enivrent solennellement et ostensiblement au champagne et au whisky 12 ans d'âge. Si proches et à la fois si loin de la plèbe du Pacha, ces derniers font la fête, protégés par une frontière invisible gardée par un agent de sécurité, alimentés en bouteilles par des serveurs attitrés. Pour ces derniers, ce poste de boy est très recherché à cause des pourboires généreux. Au milieu de cet espace VIP, une jeune fille danse en mini-jupe et top court, embrassant son copain à pleine bouche sans peur du qu'en-dira-t-on. D'ailleurs, personne n'y trouve à redire, à l'exception d'un touriste surplombant la scène. Il s'étonne de tant de liberté affichée, s'imaginant, sans doute, qu'au Maroc, les femmes ne portent que des jellabas pour marcher tête baissée derrière leur mari. On ose à peine imaginer ce qu'il aurait pu penser s'il avait mis les pieds au Théâtro.

3h00. Le Théâtro. La rumeur enflait depuis le début de la soirée : David Vendetta mettait le feu à Marrakech. Dans l'ambiance de folie promise, un jeune éméché s'est d'ailleurs oublié. Il est prestement porté à l'extérieur par deux videurs tel un vulgaire sac de patates sur une cinquantaine de mètres, avant d'être déposé devant le portail de sécurité où il pourra cuver son vin tout à loisir. Passé ce petit incident, le Théâtro recouvre son calme. Juste en apparence car, derrière les lourdes portes, la rumeur n'avait pas menti : c'est la foule des grands jours. Même les filles, exonérées d'habitude du billet d'entrée, sont priées de payer leurs 300 dirhams à la caisse, gérée d'une main de fer par l'intraitable Leïla. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Oui, pour toutes les ouailles de Vendetta qui ont envahi l'arène du Théâtro. Alignés en étages superposés, les fêtards sont pris d'une transe communicative comme dans un colisée où le DJ aurait remplacé les gladiateurs. Vendetta, concentré sur ses platines, toise tel un rex imperator, tous ces jeunes qui semblent le saluer d'un symbolique “morituri te salutam”. Une mort par fatigue à force de danser. Les corps bougent, se frôlent et se collent les uns aux autres dans une joyeuse mixité. Et puis, se régénèrent au Red Bull et au Burn tout en snobant superbement, du haut de leur jeunesse dénudée, quelques piliers de comptoir bien éméchés. “Pourquoi il débarrasse mon verre, celui-là ?”, demande l'un d'entre eux. “Celui-là” prend subitement d'assaut le zinc avec ses six acolytes des “Nuits blanches” du Théâtro. Anciens troubadours à Jamaâ El Fna, les sept mercenaires de la nuit se sont métamorphosés en artistes post-apocalypse, accoutrés à la Mad Max et maquillés outrageusement. Debout sur le comptoir, postés entre trois cracheurs de feu et une danseuse, deux membres de la troupe font grincer une meule électrique, inondant le public d'un déluge de feu et d'étincelles. Au bord du comptoir, en costard cravate et extincteur à la main, un videur tente en vain de faire respecter un périmètre de sécurité de quelques centimètres. Trop tard, il ne fallait pas tenter le diable. Les étincelles survolent la foule et viennent lécher des chevelures, sans calvitie précoce, imprudemment scotchées au premier rang. L'espace d'une nuit, le monothéisme monolithique passe aux oubliettes, battu en brèche par de nouveaux barbares, adeptes du paganisme du solstice d'été et de son feu purificateur. Ce n'est assurément pas une nuit à mettre un barbu dehors. Il en reviendrait rouge de rage et vert de dégoût.
4h30. Snack Bejguenni. Le snack est le lieu où se déversent tous les fêtards pris d'un creux d'avant dodo. C'est bien connu, l'alcool donne faim passée une heure raisonnable, que l'on soit client du Rotana, cabaret oriental, ou des boîtes plus hypes à l'image du Théâtro ou du Pacha. Bejguenni est l'endroit où se rencontrent toutes les cultures nocturnes, le lieu où se déclarent les vrais chocs de civilisations entre Marocains pur jus. Entres deux commandes, un serveur doit séparer deux clients qui, plus tôt en boîte, se sont toisés méchamment. Règlement de comptes en cours, au point d'eau, des fauves imbibés comme des éponges : “Tu m'as bousculé tout à l'heure. C'est quoi ton problème ?”, balance un quidam marrakchi à la face d'un autre. “Ok, on règle ça à l'extérieur”, lui rétorque l'autre. Ce dernier est casablancais, venu le temps d'un week-end oublier le stress de la ville blanche. C'est raté. Tout rentre dans l'ordre. Comme souvent dans ces affaires d'ego dopé au taux d'alcoolémie, il y a plus de bruit que de fureur. Une prostituée, qui a raté sa chasse nocturne sur toute la ligne, tente une séance de rattrapage avec le digne représentant du Maroc utile. Il la renvoie dans les cordes : “Tente le coup avec mon voisin, tu auras plus de chances qu'avec moi !”. Le voisin n'a pas l'air plus tenté. La prostituée s'accroche vaille que vaille au Casaoui. Mais ce dernier n'a plus la tête à la bagatelle. L'accrochage l'a déssoûlé plus sûrement qu'un litre de café bouillant. Il n'a plus qu'une envie : dormir. Demain, il a d'ailleurs un dimanche chargé : c'est séance piscine au Nikki Beach.

15h00. Nikki Beach. Palmeraie de Marrakech. Étrange sensation passée l'entrée du Nikki Beach. Celle d'être plongé dans une scène de transition de Miami Vice où l'hédonisme est érigé en principe de vie. Ici, le blanc immaculé des transats règne en maître, les serveurs sont bodybuildés et castés pour leur physique, souvent plus avantageux que celui de la clientèle elle-même. Cela devrait faire fuir les gens, leur filer des complexes ou des envies de régime. Eh bien non. Même les ventrus et les carrures de “Monsieur tout le monde” traînent leurs imperfections anatomiques au bord de la piscine. Parlons-en de cette fameuse piscine. Grande comme une baignoire, elle ne vous autorise aucune imitation de Flipper le dauphin. Tout au plus de barboter comme ces deux clients qui devisent, une Budweiser à la main, avec en arrière plan une débauche de bouteilles de champagne et un fond musical proche de la boîte de nuit. “Le DJ dédicace un morceau aux clients qui commandent un Balthazar (ndlr : bouteille de champagne de 6 litres)”, signale le barman à deux hommes attablés au comptoir. Deux couples bronzant au bar, situé au milieu de la piscine, en sont à leur deuxième Balthazar. Les deux hommes les observent, envient leur insouciance et même leur pointe de frime. Alléchés par la proposition du barman, ils vérifient le prix de cette fameuse bouteille qui rend heureux : 13 500 dirhams… Ce n'est pas aujourd'hui que le DJ prononcera leurs noms. Les deux acolytes se rabattent sur leur Ricard blanchâtre, sous le regard suspicieux du barman. Cette boisson cheap, en ce lieu, ne présage rien de bon quant au pourboire. “Et vous boirez quel vin ? Je vous propose un cru étranger”, insiste le barman. “Non, on va prendre un Guerrouane rosé”, reçoit-il comme réponse. Nouvelle moue dubitative du barman. Ce dernier a pour instruction de proposer les produits les plus coûteux de la carte. Mais aujourd'hui, il est tombé sur un os, en l'occurrence des petits joueurs égarés dans le monde du luxe. À côté, trois hommes s'emploient méthodiquement à faire grimper leur taux d'alcoolémie, au whisky, par 40° à l'ombre. C'est mieux vu dans cet univers de plaisir où l'on se sent confortablement blotti dans de la ouate, à observer des gens qui vous observent en retour. Discrètement, du coin de l'œil, pour que chacun puisse faire son m'as-tu-vu sans tomber dans le tberguig populaire. Le regard d'un des acolytes s'égare sur le postérieur d'une fille. Pas bon pour le standing tout ça. Pas plus que la facture des deux hommes : 900 dirhams. L'un des hommes regarde sa montre. Il est déjà 19 heures, l'heure de reprendre la route pour Casablanca. Le barman jette un coup d'œil dédaigneux au pourboire laissé par les compères, tout juste 100 dirhams. Il en devient limite compatissant. Sans pitié pour ces touristes casablancais au porte-monnaie vide à force de boire jusqu’à plus soif…



Concurrence nocturne. Casa vs Marrakech

Tous les responsables de lieux festifs vous le diront : il existe une véritable rivalité entre l'industrie du loisir de la capitale économique et celle de la capitale touristique. Mais entre Casablanca et Marrakech, qui concurrence qui ? De l'avis de plusieurs professionnels marrakchis, mais également casablancais, la ville ocre a de tout temps exercé un réel pouvoir d'attraction sur les fêtards de la cité blanche. Et l'ouverture de l'autoroute reliant les deux villes en avril 2007 n'a fait qu'accentuer cette tendance. “Auparavant, ils venaient surtout pendant les week-ends et les jours fériés. Depuis l'ouverture de l'autoroute, de plus en plus de Casablancais n'hésitent plus à prolonger leurs week-ends jusqu'à lundi matin. Il arrive même que certains, notamment les amateurs de casinos, viennent en milieu de semaine et retournent le jour même à Casablanca”, explique le gérant d'une boîte de nuit de Marrakech. Dans la ville ocre, les Casablancais cherchent le dépaysement dans des lieux de loisirs différents de ceux que leur offre leur ville. En tête de ces lieux, des discothèques comme le Pacha et le Théâtro figurent parmi les établissements les plus plébiscités. Viennent ensuite des pubs branchés comme le Comptoir Darna et le Jad Mahal. Mais ce sont surtout la Mamounia et Es-Sâadi, les deux Casinos de Marrakech, qui font réellement la différence. Pour la simple raison qu'ils n'ont pas leur équivalent à Casablanca. Il n'empêche, la capitale économique parvient malgré tout à se rattraper pendant l'été. Canicule Marrakchie oblige, les noctambules casablancais préfèrent fréquenter, pendant cette période, de l'année des lieux au climat plus clément et surtout, plus proches de leur ville de résidence. Leur préférence va naturellement aux multiples restaurants et boîtes de nuit en plein air qui fleurissent pendant la saison estivale dans la station balnéaire de Dar Bouazza. Le Beach Club de Bouznika et le Platinium de Rabat font également partie des établissements les plus fréquentés par les Casablancais pendant l'été. Les moins hardis préfèrent, eux, rester dans le périmètre urbain de la ville blanche. Pour ceux-là, la corniche de Aïn Diab offre une multitude de lieux branchés tels que le Pulp, le Petit Rocher, le Mystic Garden et surtout l'Amstrong. Mais aux dernières nouvelles, ces deux derniers établissements auront très prochainement leurs répliques exactes à Marrakech, qui devrait également accueillir son Buddha Bar, calqué sur celui de Paris. Le processus de délocalisation de la fête ne fait que commencer.



Marrakech et les médias. Choc pas chic

Marrakech est devenue une star des médias depuis que s'y bousculent les télés étrangères, pour traiter aussi bien du phénomène people, de la pédophilie que de la prostitution organisée. Dernier cas en date, le numéro de mai du magazine français Choc Hebdo, qui a consacré sa Une à la ville ocre sous le titre “Fric, débauche et islam : Marrakech, la ville qui joue avec le feu”. Après avoir crispé et fait jaser tout le Maroc, le magazine s'est lui-même brûlé au feu qu'il voulait dénoncer de manière racoleuse. Suite à la plainte d'une des jeunes femmes prises en photo au Nikki Beach, piscine jet set de Marrakech, la publication a été condamnée, le 4 juillet dernier, par le Tribunal de première instance de Paris à lui verser la somme de 15 000 euros (environ 160 000 dirhams) pour “utilisation de droit à l'image sans l'accord de la personne”. “Je suis sous antidépresseurs depuis la publication de ce dossier. J'en ai même jeté de rage mon maillot de bain qui avait attiré l'œil des photographes de Choc Hebdo”, explique la plaignante. Mais l'affaire risque de rebondir, puisque Choc Hebdo a fait appel du jugement. “Ce ne sont pas des photos volées, mais des clichés pris avec le consentement des clients du Nikki Beach”, explique à ce propos Farouk Doukhi, journaliste à Choc Hebdo et auteur de l'article. Peut-être, mais que de dommages collatéraux suite à la publication du dossier. La mèche allumée par le magazine a embrasé Marrakech, où près de 200 filles ont été raflées par les forces de police en quelques jours. Les réactions du lectorat d'origine marocaine en France ont été également très vives. “L'association des mots islam, fric et débauche a choqué beaucoup d'entre eux. J'ai dû répondre à plus d'une centaine de courriers”, raconte Farouk Doukhi.
Et ce n'est pas fini. Le quotidien marocain Al Massae, qui en avait remis une couche en traduisant l'article de Choc, risque aussi d'en payer les frais. Le magazine français envisage de porter plainte contre la publication arabophone, qui n'a pas pris l'accord de Choc Hebdo pour reprendre le contenu de l'article. “Notre service juridique étudiera également s'il y a eu, dans l'article publié par le quotidien en question, des rajouts à mauvais escient”, conclut Farouk Doukhi.



Sécurité. Flics fêtards !

Ils sont jeunes, ils sont beaux et ils font la fête plusieurs fois par semaine aux frais du contribuable… ou presque ! Eux, ce sont les agents de la Brigade touristique et des Renseignements généraux (RG), chargés de veiller au respect de la loi dans les établissements nocturnes de certaines villes marocaines. À Marrakech, capitale touristique du royaume et destination de prédilection d'une clientèle cosmopolite venue des quatre coins du globe, ces flics clubbers sont partout. Hôtels, restaurants, casinos et, surtout, boîtes de nuit, rares sont les lieux qui échappent à leur vigilance. “Il ne se passe pas une soirée sans que notre établissement ne soit visité par des agents de police en mission. Ils viennent généralement en tandem, prennent place parmi les clients et surveillent leurs faits et gestes. Nous savons qui ils sont et, à moins qu'ils ne déclinent eux-mêmes leur identité, nous faisons semblant de les ignorer”, déclare le directeur d'une boîte de nuit réputée à Marrakech. Ce genre de dispositif n'est pas nouveau. Ce qui l'est en revanche, c'est le profil de ces policiers. “Désormais, on procède à de véritables castings pour choisir les éléments les plus aptes à se fondre dans l'environnement particulier des lieux nocturnes. Et leur profil varie en fonction de la clientèle de ces établissements”, nous confie un haut responsable de la police de Marrakech. C'est ainsi que dans les boîtes branchées, fréquentées par une jeune clientèle, on retrouve surtout de jeunes agents à l'allure branchée. Les hôtels, les restaurants et autres casinos sont, quant à eux, confiés à des quadragénaires. Et, fait nouveau, de plus en plus de femmes policières font désormais partie de ces contingents, dont la mission varie selon les contextes et les conjonctures. En plus des infractions traditionnelles liées à l'alcool (vente de boissons alcoolisées à des mineurs, non respect des horaires de fermeture), ces policiers surveillent les milieux de la prostitution et du proxénétisme. Ils traquent également les trafiquants et les consommateurs des diverses drogues disponibles sur le marché marocain. Une autre fonction, confiée notamment aux éléments des RG, consiste à surveiller et à rapporter le moindre comportement douteux enregistré dans l'un ou l'autre établissement. “Cela peut aller de l'homme politique qui fréquente des prostituées, jusqu'au simple banquier ou fonctionnaire qui fait des dépenses excessives. Il arrive fréquemment d'ailleurs que des affaires de détournement de fonds soient élucidées grâce à ce genre d'informations”, remarque un officier des RG de Casablanca. Pour cela, les agents noctambules disposent de réseaux étoffés d'informateurs dans les milieux des barmans et des serveurs, mais également dans celui des prostituées, qui leur fournissent de précieuses informations, en contrepartie d'une certaine “tranquillité”. Mais selon un professionnel du milieu de la nuit, “très fréquemment, des affaires liées aux mœurs, au non-respect de la législation sur l'alcool et à la prostitution sont étouffées en contrepartie d'enveloppes généreuses, versées par des tenanciers, mais également par des clients qui veulent échapper au scandale”. En revanche, nulle indulgence lorsqu'il s'agit d'affaires liées à la criminalité et au terrorisme. D'ailleurs, faits significatifs, depuis la vague d'attentats des mois de mars et avril 2007, ces policiers qui faisaient auparavant leurs rondes munis de simples menottes et de cartes professionnelles, sont aujourd'hui tenus de porter leurs armes. Heureusement, ils ont pour consigne de ne pas boire une seule goutte d'alcool !

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés