Le bilan dun honnête homme
|
M. Jettou sest occupé de ce dont on la laissé soccuper. Mais il la fait fidèlement et loyalement.
En cette période pré-électorale, jai eu le privilège dassister, mardi soir, au dernier bilan détape du premier ministre Driss Jettou, délivré en cercle restreint, à son domicile rbati. Je dis privilège par considération pour M. Jettou, pas pour signifier que ce point de presse était exceptionnel. Il ne létait pas. Pas plus que les nombreux points de presse donnés par M. Jettou depuis sa nomination. Un détail qui ne trompe pas : parmi mes estimés confrères, les directeurs des plus
|
|
grands journaux du pays manquaient tous à lappel, et quasiment aucun Casablancais ne sétait donné la peine de se déplacer. Cest à ce genre de petites choses que se mesure le pouvoir dans notre pays. Le même briefing aurait été organisé par un membre du cabinet royal, tout le monde aurait accouru, et même ventre à terre.
Triste sortie, donc, que celle de M. Jettou. Comme à chaque fois, pourtant, il a fait de son mieux. Comme à chaque fois, il a tenu un discours non pas de premier ministre, mais de super ministre de léconomie, du commerce et de lindustrie. Il sest montré incollable sur la restructuration de la BNDE, la remise à niveau de la SODEA/SOGETA, le plan Emergence, laccord multifibres et même le terminal Ro-Ro (si !) de Tanger Med. Sur le fait que le système judiciaire est une indignité nationale et quil ny peut rien, en revanche, il a répondu avec un sourire navré : Je ne peux pas affirmer que notre justice soit parfaite. Lart du pléonasme
Quant au Sahara, il a affirmé que cétait le domaine réservé du chef de lEtat, comme ça se fait aussi en France. Pourquoi une référence extérieure, si ce nest pour évacuer un malaise
Mais pourquoi, surtout, torturer davantage M. Jettou ? Il soccupe de ce dont on le laisse soccuper, fidèlement et loyalement. Et quand on lui dit que tel sujet ne le regarde pas, eh bien il ne se le fait pas dire deux fois. Va-t-on, pour cela, lui reprocher dêtre un couard, un mou ? Ne comptez pas sur moi pour le faire. Au contraire, je considère M. Jettou comme un patriote, un authentique brave homme qui a géré ce quil a pu en bon père de famille (il en a dailleurs le look). Ce mardi soir, il a déclaré : Tout ce sur quoi nous nous sommes engagés a été réalisé. Cest bien possible : du DVD au RAMED, sans oublier le Ro-Ro, tout roule, tout ronronne. Mais sur les problématiques politico-institutionnelles sérieuses, il ne faut pas attendre grand-chose dun premier ministre moins puissant que son ministre délégué à lIntérieur. Il ne faut pas espérer beaucoup dun premier ministre qui na aucun pouvoir sur les (nombreuses) institutions parallèles créées par le roi, qui saccaparent des larges pans de laction publique et qui sont, en général, à lorigine de tout ce qui bouge vraiment (IER, HACA, etc.). Il faut, au contraire, savoir gré à M. Jettou davoir vécu en harmonie avec un tel système sans disparaître, dêtre parvenu malgré tout à se rendre utile (on se moque de Ro-Ro et de ses amis, mais cest vraiment important, les infrastructures
), davoir gardé suffisamment de rondeur et de bonhomie pour rassembler tout le monde autour dune sympathique hypocrisie fondatrice : celle qui consiste à fondre lactivisme technocratique royal, la soif de concret de quelques ministres atypiques, et le dynamisme du secteur privé qui ne doit rien à personne, en une formule unique et magique : Tel est le bilan de mon gouvernement. Cest un doux mensonge, destiné à faire croire que le Maroc est un pays démocratique comme un autre. Mais on nen veut pas à son auteur, parce quil le fait de bonne foi, sans mépris, et avec le sourire. Ou lfahem yefhem
|