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Par Youssef Belarbi
Politique. Les adieux de Jettou
Plus quune présentation de bilan, la sortie de Driss Jettou, devant les quelques députés qui ont daigné faire le déplacement, a surtout servi à cadrer des orientations avec lesquelles le prochain gouvernement devra, bon gré mal gré, composer.
Jusquau bout, Driss Jettou sera resté fidèle à lui-même. Cinq ans (moins quelques mois) après sa nomination à la tête du gouvernement, lhomme a adopté, mardi dernier, lors de la présentation du bilan de son équipe, la posture quon lui connaît, devant la Chambre des |
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représentants. Discours sobre, chiffres à la pelle et mise en avant des priorités gouvernementales, qui se confondent largement avec les orientations royales. Annoncée depuis plusieurs semaines, la sortie de Jettou était évidemment très attendue. À ce rendez-vous, qui sonne comme le baisser de rideau de lactuelle législature, pratiquement tout le gouvernement a répondu présent, alors que du côté des députés, lhémicycle était à moitié désert ! Préparatifs pour la campagne électorale obligent, même les quelques présents exhibaient un air absent.
Cest donc dans un mélange de sérénité et de nonchalance que Jettou a entamé lénoncé de son bilan, quil a ouvert par un constat prévisible, celui de sa grande satisfaction quant au chemin parcouru depuis 2002. Pour le premier ministre, le gouvernement est allé au-delà de ses engagements. Et détayer ses propos par une série de superlatifs pour qualifier laction gouvernementale dans les domaines politique, économique et social, émaillant son exposé de renvois à limplication personnelle du roi dans tous les chantiers de démocratisation, de développement et de modernisation du pays.
Exercice dautosatisfaction
Et sil est un volet pour lequel Jettou a trouvé le plus darguments pour défendre son bilan, cest bien celui de léconomie. Le premier ministre est ainsi revenu en détail sur les réussites enregistrées dans le secteur touristique. À l'exécution avancée du plan Azur, via la concession de cinq stations à Saïdia, Larache, Taghazout, El Haouzia et Essaouira, sajoutent les nouvelles initiatives portant sur les stations de Tamouda Bay près de Tétouan et dOued Chbika près de Tan Tan. Ces efforts d'infrastructure, conjugués à l'ouverture du ciel national et au renforcement de la promotion de la destination Maroc, ont porté le nombre de touristes à 6,6 millions en 2006, pour des recettes de 55 milliards de dirhams contre 29 milliards en 2002, a-t-il rappelé, en soutenant que la concrétisation de la vision 2010 (10 millions de touristes et 80 000 emplois directs) est désormais à la portée.
Les chantiers dinfrastructure sont une autre source de fierté pour le premier ministre, qui a mis en relief le rythme de réalisation des autoroutes, lavancement des travaux de construction de la rocade méditerranéenne, le démarrage des travaux de nouvelles lignes ferroviaires et la modernisation du réseau aéroportuaire national. Il na bien évidemment pas oublié de citer le complexe portuaire Tanger Med (16 milliards de dirhams dinvestissement, pour une capacité de d'accueil de 3,5 millions de conteneurs et la création de 100 000 emplois). La création à venir de Tanger Med II, d'une capacité supérieure à 5 millions de conteneurs, permettra au Maroc d'être leader dans l'espace euro-méditerranéen et 15ème au niveau international dans le domaine des échanges maritimes, a souligné Driss Jettou.
À ces deux grands axes de développement, il a ajouté toutes les politiques sectorielles menées par son équipe, dont certaines commencent à porter leurs fruits. Cest le cas du plan Emergence, dont les volets offshoring, automobile et aéronautique drainent déjà des investissements étrangers. Lensemble des projets prévus permettront, daprès le chef du gouvernement, de faire progresser le PIB de 1,6% par an, mais aussi de réduire le déficit commercial de 50% et de créer plus de 400 000 emplois à lhorizon 2015. Dernier succès, celui du logement social, où lobjectif des 100 000 unités par an est désormais atteint.
Les questions qui fâchent
Pour autant, tous les indicateurs ne sont pas au vert. Lagriculture en est lexemple le plus parlant. Le premier ministre a soigneusement évité daborder les questions qui fâchent (dépendance à la pluviométrie, absence de politique globale pour le secteur), se contentant dénumérer les quelques mesures adoptées ici et là (la promesse dun réaménagement de lespace agricole, la cession controversée des terres Sodea-Sogeta et la réforme du Crédit agricole), ainsi que les programmes tendant à améliorer le vécu des populations rurales, comme lélectrification rurale (taux de couverture de 90%), laccès à leau potable (79%) et les routes rurales (désenclavement de 60% des populations concernées).
Autre dossier dans lequel Jettou a eu du mal à convaincre : celui de lenseignement et de la formation. Les chiffres annoncés expriment des améliorations quantitatives notables. Le taux de scolarisation a ainsi été porté à 94% dans le primaire et à 75% dans le premier cycle de l'enseignement secondaire. Mais la faible qualité de lenseignement dispensé est un mal auquel le département de Habib El Malki a apporté peu ou pas de remèdes.
Dans le domaine de la formation professionnelle, le Premier ministre a préféré là encore concentrer son discours sur les grands effectifs attendus dès la rentrée prochaine (162 000 stagiaires, contre 54 000 en 2002-2003), plutôt que de souligner le malaise ressenti dans ce secteur et le manque de débouchés patent dans plusieurs filières. Sans parler de luniversité, sujet que le premier ministre na fait queffleurer, lui préférant lannonce de la formation, dès septembre prochain, de 15 000 ingénieurs et de 3 000 médecins par an.
Un bilan davenir ?
Paradoxalement, dans cet exercice de solde de tout compte, ce sont surtout des projections dans lavenir qui ont été citées par le chef dun gouvernement (en principe) partant. Ce fut le cas pour le secteur touristique, avec lannonce de la création des futures stations de la Plage Blanche à Guelmim et de Cala Iris près d'Al Hoceïma, ou de celui de lénergie, avec la volonté dassurer à moyen terme 20% des besoins du pays par les énergies renouvelables. Le secteur de lhabitat nest pas oublié. Jettou parle désormais dun objectif annuel de 150 000 unités de logement social à lavenir, qui permettra, par effet dentraînement, la création de 70 000 nouveaux emplois et de doubler, en 2010, la production nationale en ciment. Driss Jettou fixe aussi à cette échéance léradication totale des bidonvilles et, pour fin 2007, loctroi du label Villes sans bidonvilles à 11 villes. Certaines visions sétalent même jusquen 2015 (artisanat) ou 2020 (le programme Rawaj pour le commerce intérieur).
Cela sous-entend que même sans Jettou, le prochain gouvernement aura à travailler sur la base des chantiers quil a lui-même enclenchés. Et, probablement, avec des ministres qui font partie de léquipe actuelle. |
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Économie. Les chiffres de Si Driss
Histoire de laisser le meilleur pour la fin, Driss Jettou a préféré clore son discours par une présentation de lévolution des indicateurs macro-économiques du pays, avec une satisfaction non dissimulée. Ainsi, le taux de croissance moyen est passé à 5% entre 2002 et 2006, contre 3,3% entre 1999 et 2001. Les investissements directs étrangers ont atteint 25 milliards de DH, contre à peine 5,8 milliards en 2002. Et rien que pour les six premiers mois de 2007, les conventions dinvestissement déjà signées se chiffrent à quelque 59 milliards de DH. Le déficit budgétaire a été, lui, maintenu à 1,7% en 2006 au lieu de 4,1 % en 2002. Et si le chômage a été réduit, daprès les chiffres de Jettou, à 9,7% en 2006, ce dernier promet son recul à 5% seulement lors de la prochaine décennie. Le seuil de pauvreté, lui, est passé de 19% en 1998 à 11% en 2006 et le taux de couverture médicale est passé de 17 à 34%. Le Maroc est désormais capable de franchir un nouveau palier de développement, a affirmé le premier ministre, comme pour dire que sa mission - celle de mettre à niveau le pays - était accomplie. |
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