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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Majdoulein El Atouabi

Sport. Chez Ali “baballe”

La formation du CACAS, qui officiera
la saison prochaine au GNF II.
(DR)

Chez Ali, le temple du tourisme marrakchi, n’est plus seulement synonyme de fête folklorique. C’est également le nom d’un fringant club de foot, aussi atypique qu’ambitieux.


En ce dimanche 24 juin 2007, au Stade municipal El Massira à Safi, Karim Benfellah, fils de feu Ali Benfellah et patron du fameux complexe touristique marrakchi Chez Ali, n’en croit pas ses yeux. Le club de football qu’il a fondé en 2001- “juste pour le fun”, comme il se plaît à le répéter - vient de remporter une victoire décisive contre le mythique club casablancais du TAS. Surtout, cet exploit lui permet de se hisser parmi l’élite nationale, quoiqu’en GNF II (deuxième division).

Humiliés, l’honneur égratigné, joueurs et dirigeants du club de Hay Mohammadi sont au bord de la crise de nerfs. Forcément déçus par cette déconvenue, qui les relègue automatiquement en ligue amateur, ils contestent violemment le résultat du match, invoquant une hypothétique irrégularité technique. Mais en réalité, les Casablancais sont surtout ulcérés par les commentaires acides qui leur parviennent depuis les gradins archi-combles : “Chouhtkoum, Esserbaya dial Ali Ghelboukoum (Honte sur vous, les serveurs de Ali vous ont foutu une raclée)”. Mais à y regarder de plus près, les joueurs casaouis n’avaient pas forcément de quoi avoir honte. En face d’eux, ils avaient une équipe bien plus coriace que son patronyme insolite ne le laisse penser.

“Juste pour le fun”
L’histoire de Chez Ali Club Athlétique de Sport (CACAS) débute à la fin des années 90. Passionné de football à ses heures perdues, Karim Benfellah sélectionne parmi les salariés de son établissement une équipe d’une vingtaine de joueurs. Chargée de représenter Chez Ali durant les nombreux tournois d’entreprises organisés ici et là à Marrakech, la nouvelle formation détonne par sa composition, pour le moins insolite. On y retrouve pêle-mêle des serveurs, des cuisiniers, mais également des cavaliers, des cracheurs de feu et des artistes issus des nombreuses troupes folkloriques qui se produisent devant les touristes durant les fastueux dîners-spectacles de Chez Ali. Un team atypique composé de footballeurs à mi-temps qui, chaque soir, abandonnent maillots et godasses pour se muer en intermittents du spectacle. Une singularité qui ne les empêche nullement d’aligner victoire sur victoire.

Voyant ses poulains s’aguerrir jour après jour, Karim Benfellah décide en mai 2001 d’affilier son équipe au championnat de la ligue du Sud. Là aussi, le succès est au rendez-vous. Le Chez Ali CAS décroche haut la main la première place du classement du championnat de la ligue d’honneur et accède au championnat de la ligue Sud 2ème amateur. Coachée jusque-là par l’un de ses joueurs, qui porte la double casquette d’avant-centre et d’entraîneur, l’équipe recourt en 2002 aux services d’un entraîneur professionnel. Le choix est fixé sur Hsina, ex-joueur du Mouloudia de Marrakech, dont la touche se fait aussitôt ressentir. Le CACAS termine la saison 2002-2003 en tête du classement, et gravit une marche supplémentaire dans la hiérarchie footballistique en accédant au championnat de la ligue Sud 1er amateur.

Une année plus tard, Chez Ali s’offre les services d’un nouvel entraîneur en la personne de Moulay Hassan, alias Chicha, ancienne gloire du CODM. Galvanisée par son nouveau coach, l’équipe atteint une certaine maturité et parvient à se classer parmi les cinq premiers clubs du championnat amateur trois années de suite. Désormais, le GNFE II est dans la ligne de mire du club, qui l’inscrit dès 2006 comme l’objectif numéro 1. Du coup, ses dirigeants consentent à renforcer l’effectif de l’équipe par de “vrais” footballeurs, en provenance de divers clubs du championnat national… mais également de l’étranger. Une période douloureuse, où le CACAS se sépare prestement d’une partie de son ancienne garde, priée de céder la pelouse à de nouveaux venus dont un certain Hamada, révélation de l’émission de télé-réalité “Al Qadam Addahabi”. Les anciens joueurs du CACAS, mais toujours employés de Chez Ali, sont naturellement piqués au vif. Ils s’empressent alors de créer leur propre équipe. Baptisée Chabab Tahennaout, du nom d’un quartier périphérique de Marrakech d’où sont issus la plupart des joueurs. La jeune formation parvient même à terminer la saison 2006/2007 à la troisième place de la ligue d’honneur.

Un complexe sportif dédié
De son côté, le CACAS ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il continue à affûter ses crampons en vue de jouer les premiers rôles durant la prochaine saison du championnat de seconde division. Des pourparlers sont ainsi en cours avec plusieurs clubs étrangers, dont le Sénégalais Jeanne d’Arc de Dakar, afin de s’attacher les services de nouveaux joueurs professionnels. Et les ambitions du club vont même plus loin : le staff dirigeant, chapeauté par Karim Benfellah, projette de construire un complexe sportif dédié au CACAS, qui sortira de terre courant 2008, sur un terrain de six hectares… attenant au complexe touristique Chez Ali. Folie des grandeurs ? Pas vraiment. C’est que, privée de terrain, l’équipe s’entraîne et dispute depuis deux ans ses matchs dans le Stade municipal de Sidi Youssef Ben Ali. Un stade qui jure désormais avec les prétentions et la popularité grandissantes du club.

Mais déjà, le CACAS a bouclé sa mise à niveau administrative, en se dotant d’une organisation administrative et footballistique qui n’a plus rien à envier à celle des clubs de l’élite. Le club compte en effet plusieurs catégories de joueurs, allant de celle des seniors (avec 61 licenciés) jusqu’aux minimes, qui rassemble déjà 45 petites têtes brunes. Et devinez d’où viennent les jeunes poussent qui alimenteront, dans l’avenir, les effectifs du club ? En grande partie, il s’agit des rejetons des salariés de Chez Ali ! C’est ce qu’on appelle de la cuisine (marocaine) interne…

 
 
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