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Par Cerise Maréchaud
Société.
Fatima Charbi. Rêves de retour
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Fatima Charbi, 20 ans, suit une
formation en centre dappel
à Casablanca mais espère
reprendre sa scolarité en France.
(C.M / TELQUEL)
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Expulsée de France après y avoir vécu sept ans, Fatima Charbi, lycéenne, attend depuis huit mois à Casablanca le dénouement de son dossier, entre soutiens et solitude, confiance et désillusions.
Déjà menue, Fatima Charbi lapparaît davantage en sortant de cet imposant immeuble planté sur le Boulevard Moulay Ismaïl, lune des grandes artères casablancaises. Cest là quelle suit, depuis quelques semaines, une formation pour un centre dappels français délocalisé. De quoi patienter et ne pas perdre la langue, positive la jeune fille |
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aux yeux noisette, soulignés de khôl, deux grands anneaux se balançant autour de son visage. Et de quoi se sentir, par coups de fil interposés, un peu en France, pays quelle attend de retrouver depuis son expulsion, il y a huit mois.
Le 13 novembre dernier, Fatima Charbi était refoulée par avion vers le Maroc depuis Paris, après sept ans de vie à Montluçon, ville moyenne du centre de la France. Née à Casablanca, elle a douze ans quand son frère jumeau et elle accompagnent leur père en France, où il réside légalement - mais par intermittence - avec une carte de séjour longue durée. Leur mère, elle, est restée à Casablanca. Dès 2002, il a tenté le regroupement familial, plaide Fatima, mais on le lui a refusé pour cause de ressources insuffisantes. Handicapé depuis un grave accident de travail en 1977, le père touche en effet une pension dinvalidité de 500 euros (environ 5500 DH) par mois.
17 jours en centre de rétention
Le 20 juin 2006, le même motif est invoqué pour refuser à Fatima et son frère une énième tentative de régularisation. Mais cette fois, ils ont sept jours pour faire appel
avant de quitter le territoire français. Son frère à Paris, son père au Maroc et son avocat en congé, Fatima, livrée à elle-même, laisse passer les jours et les semaines. Quatre mois plus tard, au matin du 26 octobre 2006, quatre policiers sonnent à la porte de lappartement et emmènent Fatima, menottée, au centre de rétention de Lyon.
Dans une cellule avec quatre autres femmes, sans effets personnels, la jeune fille y reste dix-sept jours, durant lesquels une mobilisation citoyenne et médiatique gonfle, menée par le Réseau éducation sans frontières (RESF) : Fatima vient dentamer une première Bac pro chimie au lycée Paul Constans de Montluçon. Mais articles, manifestations, pétitions et courriers nempêchent pas larrêté de reconduite à la frontière de tomber. Retour à la case Casablanca. Sous la houlette de RESF-Maroc, une lettre est adressée en janvier à lancien président Chirac, puis une seconde à lambassadeur de France à Rabat, lue en sa présence et en public, par Fatima lors de la présentation de son livre par lavocate Gisèle Halimi.
Lambassade nest pas compétente pour trancher dans ce dossier, clarifie son conseiller de presse, David Portal. Et le dossier stagne depuis huit mois. Il y a eu beaucoup de promesses, et puis plus rien, soupire Fatima, la confiance entamée, derrière un sourire faussement insouciant. En février, elle a pu rencontrer le consul général, Gilles Bienvenu. Ce quelle mexposait mapparaissait sincère et jai été sensible à sa situation, assure ce dernier. Vu la délicatesse de son dossier (demande de visa long séjour étudiant), déposé en avril, le consulat préfère le transférer aux autorités centrales. Réponse : un refus, non motivé.
Un dossier sensible
Selon différentes sources, la procédure butterait sur plusieurs points sensibles : lentrée irrégulière de Fatima en France, le fait que toute sa famille vive au Maroc, le manque de ressources financières, une scolarité un peu difficile (doù le peu dattention donné au volet droit à léducation dans linstruction de son dossier), et les démêlés qua eus son frère avec la justice hexagonale. Fatima ne paie pas pour son frère, assure-t-on solennellement dun côté, tandis que de lautre, on sous-entend que cela na pas dû plaider en sa faveur.
Du côté des soutiens de Fatima Charbi, à linstar dEric Lafont, SG de la CGT Montluçon, on rappelle que lorigine des faibles revenus du père est un accident survenu dans une usine française, probablement dû aux mauvaises conditions de travail et que cest à cause des refus successifs de régularisation familiale quil sest trouvé contraint à des allers-retours entre la France et le Maroc. Laccident du père est incontestable, mais il na pas été socialement abandonné par lEtat, précise le consul général, Gilles Bienvenu, concédant que Fatima nétait peut-être pas dans les meilleures conditions pour bien suivre ses études. Mais à son interpellation, elle venait de se réorienter et de changer de lycée, encadrée par un contrat jeune majeur (aide financière en échange de son assiduité). Cest donc au moment où Fatima entamait un nouveau départ dans sa scolarité quelle a été expulsée. Lessentiel pour moi est de finir mes études, clame Fatima, rappelant que le BTS quelle vise (préparation en pharmacie) nexiste pas au Maroc.
Cest un gâchis, déplore Lucille Daumas, membre de RESF-Maroc, perplexe devant ce cas quelle pensait facile à défendre. Cest la machine administrative qui sest mise en branle : 25 000 expulsions ont été annoncées dici fin 2007. De son côté, Fatima fait confiance au cas par cas promis par le président Nicolas Sarkozy. Il veut des étudiants, se rassure-t-elle, espérant un dénouement en concomitance avec la rentrée scolaire. Un matin, au centre dappels, une mamie cherchait une pharmacie à Montluçon, raconte Fatima, mi-amusée mi-émue. En la renseignant, elle voyait les rues familières de sa ville défiler dans sa tête.
Marocaine, mais pas chez moi
Des fois, je pense pouvoir mhabituer au Maroc, hésite Fatima, mais je ne peux pas imaginer recommencer ma scolarité ou faire un travail que je naime pas !, salarme-t-elle, fatiguée de ses difficultés dadaptation, de sa solitude. Je ne sors pas, dit-elle, à la fois contrainte et rassurée de rester dans le trois-pièces de Hay Mohammadi, où elle vit avec ses parents et ses frères restés au Maroc, dont elle dit ne pas se sentir très proche. Je me sens Marocaine, mais pas chez moi, poursuit-elle. MSN avec les copains du quartier et du lycée, SMS de soutien, appels hebdomadaires dune radio locale de Montluçon qui suit sa situation
Fatima a la tête en France, ne comprenant toujours pas pourquoi on la bercée, pendant huit ans, de lillusion quelle pouvait y vivre pour la virer un an avant son Bac.
Aux dernières nouvelles, lhorizon semble séclaircir dans son dossier. De passage à Montluçon, il y a un mois, Brice Hortefeux, le nouveau ministre de lImmigration, de lintégration et de lidentité nationale, a assuré au comité de soutien de Fatima quil insisterait sur une instruction bienveillante de son cas, comme la confirmé son attachée de presse, Nadia Angers-Diebold. Jai eu des appels de personnalités en ce sens, mais il ny a encore rien de formel, tempère le Consul casablancais. Ladministration nest pas si inhumaine, se défend-il, mais nous refusons daccorder un visa, si cest pour que le demandeur se retrouve ensuite en situation de précarité, poursuit-il. Que serait-il arrivé si on avait accordé à Fatima un visa dun an en avril ? sinterroge Claire Debabèche, consul adjoint chargée des visas. Où aurait-elle vécu ? Avec quels moyens et quelles garanties pédagogiques ?.
Aujourdhui, le président du Conseil général de lAllier aurait accepté de renouveler le contrat jeune majeur de Fatima à partir de fin août. Si en amont, le terrain est favorable à son accueil, il ny aura pas de problème, conclut le consul. Mais si aujourdhui son nom est scandé dans les manifestations, pour quelle se retrouve demain en France, livrée à elle-même, peut-être mieux vaut-il quelle soit ici avec sa famille pour reprendre des études. |
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RESF-Maroc. Léducation sans frontières
La branche marocaine du collectif associatif français Réseau éducation sans frontières, regroupe des membres de lAMDH, de lOMDH, dATTAC Maroc et de syndicats denseignants français. RESF-Maroc sest constitué dès septembre 2006, pour soutenir un premier cas dexpulsion. Il sagissait de Latifa, une Marocaine partie étudier en France, qui sy est mariée et a eu un enfant, avant que son divorce et lannulation de sa carte de séjour en fin détudes ne la rendent expulsable. Le dossier de la jeune femme, qui vit aujourdhui à Tanger, fait partie des trois cas sur lesquels RESF-Maroc planche actuellement, à côté de celui de Fatima Charbi et de celui dun jeune Marocain refoulé il y a un mois. Ce dernier, parti suivre des études en France et vivant auprès de son oncle et de sa tante, sorientait vers un BTS hôtellerie-restauration, avant de recevoir un avis dexpulsion à sa majorité. |
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