Société. Divorcer ? Pourquoi pas !
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Seule, plutôt que mal mariée.
(DR)
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Elles sont de plus en plus de femmes à préférer le divorce à un mariage tronqué. Quitte à supporter le regard peu amène que porte sur elles la société.
Lhistoire damour de Dalila et Saïd a commencé devant la porte du lycée, pour durer quelques belles années et se concrétiser par un mariage. Lavenir sannonçait sans nuage aux yeux de Dalila, malgré les petites disputes que connaissent toutes les relations naissantes. Mais il arrive que même lamour suse, et, pour paraphraser Brel, quil craque en deux parce quon la trop plié.
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Au bout de six mois, Saïd navait déjà plus rien de lamoureux transi qui venait lattendre devant la porte du lycée. Cétait un autre homme, pas celui que javais aimé. Les deux tourtereaux décident de prolonger leur mariage, malgré son inconsistance et les divergences devenues de plus en plus fréquentes. Au bout de deux ans, raconte Dalila, jétais convaincue que notre relation était un échec. Mais jai décidé de la prolonger, pour sauver, vaille que vaille, ce qui pouvait encore lêtre. Lune des raisons probables à cette transformation était que Saïd ne pouvait concevoir et cela, il ne pouvait laccepter.
Dalila a tout essayé, en vain, pour le pousser vers le médecin, qui a préconisé une opération chirurgicale
que Saïd refusa, de crainte que le bistouri ne fasse des dégâts collatéraux sur sa virilité. Pour ne rien arranger, les tempéraments des deux époux étaient à lopposé lun de lautre. Pendant que Saïd était introverti et plutôt casanier, Dalila aimait plus que tout les sorties et les voyages. Je me mentais à moi-même en pensant que le mariage pouvait arranger les choses. Je voulais tellement que nous vivions les meilleures expériences possibles, ajoute Dalila, mélancolique. Elle reconnaît aujourdhui son erreur : avoir pensé que le mariage pouvait changer une personne. Saïd ne mavait jamais demandé, avant notre mariage, de passer une nuit avec moi. Jattribuais cela au respect que doit un fiancé à sa promise, mais je suis convaincue aujourdhui que cétait une erreur, encore une, de ne pas se connaître sur le plan sexuel avant de convoler en justes noces. Et ce qui devait arriver arriva. Au bout de quatre ans dun mariage, quelle décrit comme un calvaire, Dalila décide de quitter son mari pour retourner chez ses parents. Javais préféré la tristesse des mois post-divorce à la souffrance de toute une vie, explique-t-elle. Jétais agréablement surprise quand je me suis rendu compte que quelques jours après, je riais aux éclats, jétais de nouveau heureuse. Jétais enfin redevenue moi-même. Cest étrange, mais je me sens plus équilibrée divorcée que mariée.
Mariage sans amour
Lhistoire dAhlam est différente. Son destin allait croiser celui dun collègue de travail, qui la demandée en mariage après quatre mois dune relation où lamour navait pas son mot à dire. Ce trop de précipitation a accéléré son mariage, mais aussi son retour chez ses parents, avec un enfant de deux ans à charge. Je ne regrette rien car nous nétions pas heureux. Tout de suite après le tribunal, je me suis dirigée vers mon bureau. La vie continue, raconte Ahlam, reconnaissant quil ne fut pas facile de réapprendre à vivre chez les parents.
Les exemples de Dalila et Ahlam sont loin dêtre des exceptions. Les chiffres officiels sont là pour étayer cette nouvelle donne sociale. Dans une allocution consacrée à la Moudawana, un an après son entrée en vigueur, le ministre de la Justice, Mohammed Bouzoubaâ, a déclaré que les demandes de divorce introduites par les maris ont reculé de 42,7%, alors que celles provenant des femmes ont cru de 58,57%. Preuve irréfutable quelles sont plus nombreuses à vouloir sémanciper de la tutelle dun mari trop autoritaire ou dune vie quelles ne veulent plus tolérer, sans pour autant considérer leur situation comme une catastrophe.
Et la société dans tout ça ? Accepte-t-elle plus facilement une femme divorcée ? Pas si sûr. Ahlam reconnaît que son père a été compréhensif, contrairement à sa mère, qui a vécu son divorce comme un échec personnel. Le regard de lentourage est encore plus réprobateur. Ahlam, Dalila et dautres encore tentent de faire avec, au sein dune société peu encline à la compréhension envers des femmes dont le seul délit est davoir refusé de poursuivre une expérience conjugale condamnée. Quoi que tu fasses, les gens auront toujours le mot de trop. La célibataire est une vieille fille, la divorcée na pas su garder son mari, etc. Mais au final, ce qui compte, cest de vivre sa vie comme on lentend et non comme le veulent les autres, se console Ahlam.
Même son de cloche auprès de Dalila : Cacher lévidence est stupide. Le divorce fait aussi partie de la vie. La société na pas à faire mon procès, car jétais bien seule avec mes problèmes et mes nuits blanches à ruminer tout ce qui marrivait. Je leur dis aujourdhui que je suis fière davoir osé franchir le pas et je ne men porte pas plus mal.
Réapprendre à vivre
Le divorce, cest aussi une étape délicate à gérer. Ahlam a désormais la charge dun enfant, pour le bien duquel elle veille à garder de bonnes relations avec le père. Même après son remariage, jai veillé à garder de bonnes relations avec son épouse et sa fille, pour léquilibre de notre fils. Car léquilibre des enfants tient dans la réussite du divorce de leurs parents, à défaut de se nourrir de la réussite de leur mariage. Leur présenter la situation comme une catastrophe ne fait qualimenter leur haine envers le parent, désigné comme coupable. Ce qui mirrite le plus, cest dentendre certains dire quil est préférable de maintenir une relation au bord de la rupture pour le bien des enfants. Ce nest pas leur rendre service, bien au contraire, poursuit Ahlam.
Et aujourdhui ? Eh bien, la vie continue, autant pour Ahlam que pour Dalila, qui se sont lancées dans de nouvelles relations, sauf quelles sont devenues plus exigeantes, un tantinet plus méfiantes et certainement plus indépendantes. Je peux aujourdhui refuser tout ce qui ne me convient pas, sans en éprouver la moindre gêne. Je ne vois aucune nécessité à retoucher ma personnalité pour lui plaire. Lessentiel est de bien définir les limites de ce que je peux accepter et jusquoù je peux aller, énonce Dalila. Ahlam, quant à elle, est restée une incorrigible romantique : Jaimerais rencontrer quelquun qui puisse inspirer la sécurité et prodiguer la tendresse. Et surtout quil soit disposé à partager, aussi bien les moments difficiles que les instants agréables. Est-ce trop demander, messieurs ! |