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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdeslam Kadiri,
correspondant en France

France. Les soucis de Rachida Dati

Rachida Dati, nouvelle Garde
des sceaux et ministre
de la Justice française.
(AFP)

Rachida Dati, la nouvelle ministre française de la Justice et l’un des personnages emblématiques du gouvernement Fillon 2, est en train de connaître ses premières difficultés place Vendôme…


Il y a quelques semaines, Le Nouvel Observateur lui consacrait sa “couv”, où elle posait tout sourire. “Rachida Dati : icône et dame de fer”. Le titre du dossier, comme son contenu, fait davantage dans l’éloge que dans la critique.

Et ce n’est qu’un aperçu de la fièvre médiatique qui entoure le
“phénomène Dati”, auquel plusieurs livres en préparation seraient d’ailleurs consacrés. Après avoir été la révélation de Nicolas Sarkozy, alors candidat aux présidentielles, Rachida Dati, 41 ans, savoure son accession à l’un des départements les plus importantes de la république : le ministère de la Justice. Un poste atteint après une ascension fulgurante.

Self made woman
S’il fallait résumer le personnage en deux mots, ils seraient “audace” et “détermination.” Fille d’un maçon marocain et d’une mère au foyer algérienne, elle dénote dans le paysage politique français. Plus que par des diplômes, elle a façonné sa carrière par des rencontres, souvent provoquées, et des opportunités saisies. Son histoire est celle d’une vraie “self made woman”, dans un pays où l’on ne jure que par concours étriqués, grandes écoles et cercles d’initiés.

Rachida Dati a pratiquement tout fait, mais jamais comme les autres. Elle grandit dans une famille de douze enfants dans un HLM de Chalon-sur-Saône (Centre-est de la France). Elle apprend la discipline et les vertus du travail lors de son éducation chez les religieuses. Pour payer ses études, elle multiplie les petits boulots, comme vendeuse au porte-à-porte ou aide-soignante. Elle suit des études de droit et d’économie. Parallèlement, elle envoie des dizaines de courriers spontanés aux plus grands dirigeants politiques et financiers. A l’esbroufe et au culot. Son caractère est déjà bien trempé, et la chance est de son côté. Elle croise plusieurs parrains sur son chemin : Albin Chalandon, ancien Garde des Sceaux, Jean-Luc Lagardère, patron de presse et puissant industriel, Simone Veil, l’ex-magistrate et femme politique, etc. Et sa carrière finit par prendre son envol. D’abord comptable chez Elf, elle s’occupe de l’audit chez Matra, avant de devenir assistante de Jacques Attali à la BERD puis contrôleur de gestion à la Lyonnaise des Eaux. Courtisée un temps par la gauche et par Bernard Kouchner, elle décline l’offre. “Je n’aime pas trop la politique des grands-frères, la charité chrétienne du PS”, dit-elle. La jeune femme a aussi son lot de souffrances. La disparition de sa mère et un mariage raté l’ont définitivement marquée.

Le miroir féminin de Sarkozy
Sur les conseils de Simone Veil, Rachida Dati entre en 1997 à l’Ecole nationale de la magistrature, pour en sortir diplômée deux ans plus tard. Elle fourbit ses armes comme auditrice de justice au Tribunal de grande instance de Bobigny, puis comme substitut du procureur à Evry. Mais déjà des dents grincent.

En 2002, elle écrit à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, pour le féliciter de son projet de loi sur la sécurité. La missive ne passe pas inaperçue. Nicolas Sarkozy lui propose alors un poste dans son staff : “Je n’ai aucune raison de me passer de vous”, lui écrit-il. Sarkozy reconnaît en elle une sorte de miroir féminin : travail acharné, rage de réussir, énergie débordante, voire côté caporaliste : “C’est moi le chef”. En un mot, cette femme menue l’épate. Et elle se met à le suivre partout : Place Beauvau puis Bercy. Elle se charge des relations avec les jeunes. En 2005, elle se voit confier le projet de loi sur la prévention de la délinquance, avant d’endosser la casquette de porte-parole du candidat Sarkozy. La suite, on la connaît. Nicolas Sarkozy élu à la présidence, Rachida Dati est bombardée ministre de la Justice, au nez et à la barbe de certains caciques comme Brice Hortefeux. Qu’importe ! Elle a toujours le soutien du président, mais aussi celui de son épouse Cécilia, qui ne tarit pas d’éloges sur elle : “C’est plus qu’une amie, c’est une sœur. Je ne la lâcherai jamais. Je connais tout d’elle, et je l’aime profondément. Elle est de la race des seigneurs”.

Le temps des difficultés
C’est la loi de la politique. Une fois ministre, on est dans la lumière. On n’échappe ni à la frénésie médiatique, ni aux critiques, coups bas, et autres rancoeurs. Rachida Dati ne déroge pas à la règle. Depuis quelques semaines, la Garde des Sceaux est dans l’œil du cyclone.

À peine formée, son équipe ministérielle se craquelle. Après le départ de son directeur de cabinet Michel Dobkine (officiellement pour des raisons privées), trois conseillers ont claqué la porte. Il s’agit de Philippe Lagauche, conseiller pour les questions pénales, Xavier Samuel, conseiller pour les libertés publiques et les questions constitutionnelles et Françoise Andro-Cohen, conseillère pour le droit des mineurs. Ces départs en cascade suscitent des interrogations sur l’ambiance régnant dans le ministère de Rachida Dati. On décrit la femme comme “cassante”, “autoritaire” et très exigeante. Les syndicats de la magistrature y voient le signe d’un malaise. Place Vendôme, on fait le dos rond, se contentant de répondre que “des mouvements, il y en a dans chaque cabinet”.

Mais Rachida Dati doit faire face à d’autres soucis. Deux de ses frères, Jamal et Omar, sont impliqués dans des affaires de trafic de drogue. Le premier a comparu mardi devant la Cour d’appel de Nancy après avoir été condamné en première instance pour trafic de stupéfiants. Quant à Omar Dati, il est placé sous contrôle judiciaire depuis juin 2005, après avoir été interpellé dans une affaire de trafic de cannabis en Saône-et-Loire.

Fatalement, les déboires judiciaires de ses frères éclaboussent la ministre, malgré la protestation des premiers concernés. “Elle, c’est elle. Moi, c’est moi”, répond Jamal Dati dans un entretien à l’Est républicain, espérant que son procès “ne rejaillira pas sur sa sœur”. Des associations de lutte contre la discrimination se sont jointes au frère pour condamner la polémique naissante. Dans les pages de Libération, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, explique que “Rachida Dati paie pour être une ministre atypique, parce qu’elle est jeune, femme et d’origine maghrébine. Ce profil crée des rancoeurs au sein d’une aristocratie républicaine attachée à ses privilèges et qui défend son pré carré”.

Toujours est-il que ces révélations tombent mal pour Rachida Dati, qui venait de défendre, mardi dernier, son projet de loi sur la récidive à l’Assemblée nationale. Ce texte controversé avait été adopté par le Sénat le 6 juillet. Critiqué par les syndicats de magistrats et les travailleurs sociaux, le projet de loi instaure une peine plancher (trois ans de prison) et écarte dans certains cas l’excuse de minorité pour les 16-18 ans. Il prévoit aussi l’injonction de soins, notamment pour les délinquants. Une centaine d’amendements ont été déposés pour ce projet que l’Exécutif espère voir définitivement voté le 3 août. Une première épreuve pour sa conceptrice, qui ne sera certainement pas la dernière.



Bio-express. De Chalon à la Place Vendôme

27 novembre 1965. Elle voit le jour à Saint-Rémy (Saône-et-Loire) et passe son enfance à Chalon-sur-Saône. Sa scolarité se déroule dans une école privée catholique puis au Lycée Mathias.

1980-1987. Enchaîne les petits boulots pour payer ses études et obtient une maîtrise de droit public et d’économie.

1987. Chargée d’étude auprès de la direction comptabilité-finance du groupe Elf Aquitaine, où elle est introduite grâce à Albin Chalandon, rencontré lors d’une réception à l’ambassade d’Algérie.

1990. Elle rencontre Jean-Luc Lagardère et se fait embaucher à la direction de l’audit chez Matra.

1997-1999. Sur les conseils de Simone Veil, elle entre à l’Ecole nationale de la magistrature, admise sur titre, sans passer le concours d’entrée. Ses premières armes, elle les fera ensuite à Péronne et à Evry.
Septembre 2003. Conseillère de Nicolas Sarkozy. Travaille sur le projet de loi sur la prévention de la délinquance.

2004-2006. Directrice générale adjointe des services du Conseil général des Hauts-de-Seine. Réintègre la Place Beauvau. S’inscrit à l’UMP en décembre 2006. Elle est nommée porte-parole de Nicolas Sarkozy le soir du 14 janvier 2007.

6 mai 2007. Entre au gouvernement Fillon 2, après la victoire de Sarkozy aux présidentielles. Elle devient la première femme d’origine nord-africaine à diriger un ministère aussi important que celui de la Justice.

 
 
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